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Face aux épisodes de gel tardif, peut-on protéger les cultures agricoles ?

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Hélicoptères, bougies, braseros... Les agriculteurs ont tout tenté pour sauver leurs cultures face à un épisode de gel tardif.
Hélicoptères, bougies, braseros... Les agriculteurs ont tout tenté pour sauver leurs cultures face à un épisode de gel tardif.
© AFP - Arnaud Finistre / Hans Lucas

Après une "semaine noire" de gel, les agriculteurs dressent le bilan catastrophique sur leurs parcelles. Ils n'ont pourtant pas ménagé leurs efforts pour sauver leurs cultures, face à des conditions météorologiques imprévisibles.

Tout agriculteur le sait : tant que les Saints de glace ne sont pas passés, les 11, 12 et 13 mai cette année, il y a risque de gel sur les cultures. Mais en cette première semaine d'avril, un épisode de gel tardif a surpris les agriculteurs, provoquant 100% de pertes dans certaines régions. Et ce, malgré leurs efforts pour tenter de sauver leurs cultures, en parsemant leurs vignobles de bougies ou en aspergeant d'eau les vergers par exemple.

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La météo de plus en plus imprévisible menace les bourgeons

Les épisodes de gel tardif comme celui-ci sont de plus en plus fréquents, en raison du dérèglement climatique. S'ajoute une tendance à des hivers plus doux qui provoque un démarrage de la végétation plus précoce. Et c'est quand la vigne a commencé à débourrer et que les arbres bourgeonnent, que les dégâts sont colossaux. 

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Inutile de compter sur un deuxième bourgeonnement, car c'est un an avant que la vigne prépare ses grappes. Même si les vignobles de Saône-et-Loire, de Touraine ou de l'Aude faisaient de nouveaux bourgeons, ils ne seraient pas reproducteurs et ne donneraient des grappes qu'en 2022.

Quelles solutions pour les agriculteurs ?

Contre le gel, la première option est de réchauffer. Des exploitants ont allumé des braseros, des bougies ou les chaufferettes. Mais cette méthode ne fonctionne que jusqu'à - 2°. Une autre solution consiste en l'aspersion faible débit. Ce système permet de recouvrir le bourgeon d’une poche de glace, sans que l’eau dans les bourgeons ne gèle grâce au phénomène de surfusion. On peut ainsi protéger les bourgeons jusqu’à - 6°C.

Troisième solution : le brassage de l'air explique Inaki Garcia de Cortazar, directeur de recherche à l'INRAE dans l'unité AGROCLIM à Avignon. Comme l'air froid est plus lourd que l'air chaud, il stagne au sol et refroidit les plantes. Les agriculteurs installent parfois des éoliennes, quand ce ne sont pas des hélicoptères qui survolent les champs pour mieux répartir les couches d'air. Enfin, on peut recouvrir les vignobles ou les vergers de filets qui ont un effet parasol et protecteur du froid, ou bien encore tailler plus tard les arbres pour qu'ils ne soient pas à un stade trop avancé au moment du gel tardif.

Pourquoi ces solutions ne sont pas systématiquement utilisées ?

Ces solutions existent, mais elles ont un coût. Il faut y consacrer du temps et de l'argent pour s'équiper. Un investissement qui doit être rentable. Or, il est impossible de prévoir ces épisodes météorologiques extrêmes. Par ailleurs, il est impossible de tailler tout une exploitation en 15 jours, donc le travail est étalé.

Même en mettant en place ces techniques pour lutter contre le gel tardif, le dérèglement climatique rend désormais chaque année difficile en agriculture. Pour y faire face, il conviendrait d'adapter de nouvelles variétés. C'est d'ailleurs la piste privilégiée aujourd'hui par les chercheurs de l'INRAE. Mais on plante un verger pour 15 ans minimum, une vigne pour 30 ans. Autant dire qu'il ne faut pas se tromper pour adapter des abricotiers à la Bretagne ou des amandiers à la Bourgogne.  Gels tardifs et épisodes de grêle restent  des événements très destructeurs pour les exploitants agricoles.

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