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Femme retrouvée morte lors d'un stage de jeûne : des participants racontent "l'hécatombe" pendant la cure

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L'entrée du Château de Brou à Noyant-de-Touraine (Indre-et-Loire) où se déroulait le stage
L'entrée du Château de Brou à Noyant-de-Touraine (Indre-et-Loire) où se déroulait le stage
- Capture Google Map

Néo-pratiquants ou plus expérimentés, des participants dénoncent l'absence d'accompagnement médical lors d'un stage de jeûne hydrique organisé en Indre-et-Loire cet été. Une femme a été retrouvée morte pendant cette cure et une information judiciaire pour "homicide involontaire" est ouverte.

Jean* et Frédéric* s'étaient inscrits pour un stage de quatre semaines, la "durée idéale pour un jeûne hydrique", leur avait-on promis. Une première pour Jean, tandis que Frédéric avait déjà pratiqué plusieurs fois cette expérience. D'ailleurs, ce n'est pas la pratique du jeûne qu'ils souhaitent dénoncer, mais bien les conditions dans lesquelles ils ont fait leur cure cet été, ainsi que l'absence de prise de conscience des encadrants après la mort d'une des participantes. Cette femme de 44 ans a été retrouvée sans vie dans sa chambre le 12 août, comme l'a rapporté France Bleu Touraine.

Selon Jean et Frédéric, cela faisait plusieurs fois qu'elle ne s'était pas présentée au point du matin avec l'équipe encadrante. C'est la famille de la victime qui, ne la voyant pas arriver à une fête de famille, a contacté le centre pour prendre de ses nouvelles.

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Un accompagnement parcellaire

Durant cette cure, les journées sont rythmées par le repos, les séances de méditation, de yoga, de respiration, les ateliers. Tous les matins à 9h, les participants ont rendez-vous avec un encadrant pour faire le point sur leur cure. Pour cela, ils doivent d'abord prendre, seuls - y compris pour les participants les plus âgés -, leurs "constantes" : "On se pèse, on prend nous-même notre tension, notre rythme cardiaque, on le note sur notre feuille et on doit le dire au point jeûne quotidien", raconte Jean à France Inter. 

Quand les effets secondaires du jeûne commencent à se faire sentir, les choses se compliquent : "Quand on ne venait pas parce qu'on n'était pas bien – la première semaine de jeûne est assez dure –, aucun des organisateurs ne prenait de nos nouvelles. On est vraiment livrés à nous-mêmes. Et quand on finit par venir de nouveau au point du matin et que l'on explique qu'on a été mal, qu'on cherche à comprendre, ils nous expliquent que c'est nous qui n'avons pas réussi à lâcher notre émotion, alors que c'était un mal être physique."

Même étonnement chez Frédéric, plus habitué des stages de jeûne, qui explique avoir été, lors d'autres expériences, accompagné par des naturopathes qui avaient une formation d'infirmière. 

Ne pas s'alimenter et ne boire que de l'eau durant 42 jours

D'autant que le jeûne hydrique, qui consiste à ne boire que de l'eau pendant une période donnée (jusqu'à 42 jours pour le stage proposé par l'équipe d'Eric Gandon), peut être éprouvant. "Tout le monde ne peut pas jeûner, il faut être suivi par un médecin", assure Jean. 

Au bout de quelques jours, pendant ce stage, c'était un peu l'hécatombe : les gens étaient dans un état de fatigue, voire d'extrême fatigue, certains avaient envie de vomir toute la journée, même l'eau. L'organisateur ne s'est jamais occupé d'eux.

Avec d'autres "curistes", Jean finit par prendre les choses en main quand il prend peur pour certains : "Il y avait une femme qui était gravement malade du foie. L'équipe lui disait de continuer à jeûner, mais elle était mal, je l'ai vue figée par terre, j'ai fini par contacter sa famille pour qu'elle vienne la chercher. Personne ne s'en est soucié". Frédéric raconte de son côté le cas de ce jeûneur, diabétique, qui a fini par être accompagné par un autre à l'hôpital. 

À réécouter : Le goût du jeûne
47 min

Menaces de poursuites en diffamation

Tous deux ont été choqués d'apprendre le décès de la participante, le 12 août, au 21e jour de son jeûne. Elle avait alerté de douleurs à la poitrine. "Personne n'a pris de ses nouvelles parmi les encadrants", s'insurge Frédéric.

Contacté, Eric Gandon, l'organisateur de ce stage dont le coût minimum est de 1.100 euros (sans  l'hébergement) et qui s'illustre aussi sur YouTube, assure à France Inter que les participants qui ne sont pas présents au point du matin doivent informer l'équipe par mail ou par téléphone. Il refuse par ailleurs désormais de communiquer sur cette affaire avant les résultats de l'enquête ; le parquet de Tours a ouvert une information judiciaire pour "homicide involontaire".

Il aurait expliqué à certains participants que c'est le vaccin contre le Covid qui est responsable de la mort de la femme de 44 ans. Elle n'était pas vaccinée selon certains jeûneurs. Eric Gandon menace de poursuivre en diffamation toute personne qui porterait atteinte à son image. 

*Les deux prénoms ont été modifiés