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Fin de la trêve hivernale : un niveau exceptionnellement élevé d'expulsions en perspective

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La fin de la trêve hivernale approche à grand pas. Dès demain mardi 1er juin, les expulsions vont pouvoir reprendre.
La fin de la trêve hivernale approche à grand pas. Dès demain mardi 1er juin, les expulsions vont pouvoir reprendre.
© Radio France - Claire Chaudière

30 000 ménages devraient être expulsés dans les prochaines semaines. Une augmentation qui s'explique principalement par le report des expulsions non réalisées l’an passé mais aussi par une hausse des impayés de loyers liée à la crise sociale. Des manifestations avaient lieu le week-end dernier un peu partout en France.

La trêve hivernale, exceptionnellement prolongée deux années consécutives, s'interrompt mardi 1er juin. Avec la reprise des expulsions, nous allons commencer à mesurer plus précisément le niveau d'impayés de loyers, engendré par l'arrêt de l'activité dans de nombreux secteurs. Si la hausse prévue cette année est en partie "mécanique" liée à la baisse des expulsions l'an dernier, des ménages précaires durement touchés par la crise s'apprêtent tout de même à quitter leur domicile sur ordre de la force publique. Certains sont en train de faire leurs valises et de solliciter leurs proches pour un hébergement alternatif, en attendant de trouver une solution pérenne. 

Bianca, guide touristique frappée par la crise, attend les huissiers 

Dix loyers de retard au total, soit 12 000 euros de dettes. Et une expulsion désormais immente pour Bianca, Italienne, guide touristique depuis des années à Paris et qui loge dans un petit studio dans la capitale. "Avant la crise, je gagnais très bien ma vie, avec jusqu'à 3 000 euros par mois. J'ai un petit appartement au loyer élevé - 1 200 euros - mais cela ne me posait pas de problème, jusqu'au premier confinement. Avec mon statut de vacataire, je n'ai pas touché de chômage partiel. Mon activité s'est complètement arrêtée. J'ai cherché, en vain, des petits boulots. Très vite, je n'ai plus pu payer. J'ai reçu mon commandement à quitter les lieux en avril. Je dois être partie le 21 juin 2021 au plus tard...", raconte cette quinquagénaire, accompagnée par la Fondation Abbé Pierre depuis l'hiver dernier. 

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Je suis inquiète la nuit. J'ai peur qu'on frappe à ma porte et qu'on me demande de quitter subitement les lieux. C'est très stressant.

Ironie du calendrier, Bianca retravaillera enfin lorsque les huissiers frapperont à sa porte : "Mon agence rouvre le 11 juin. Mais ça va reprendre très lentement au début car les touristes vont revenir au compte-gouttes. J'ai fait une demande de logement social et une demande d'aide financière car mes droits Pôle emploi s'arrêtent le mois prochain. J'espère pouvoir compter sur quelques amis pour m'héberger en attendant de rebondir. Mais cette situation me fait peur ! J'ai commencé à emballer quelques affaires.

Malgré tout, Bianca garde le sourire : "J'ai toujours été d'un tempérament optimiste. Je vais m'en sortir." Difficile pour elle d'envisager pour le moment rentrer en Italie, car son travail est ici, dit-elle

Hausse des impayés de loyer réelle mais encore modérée, autour de 5%

Une situation très compliquée aussi côté propriétaires, explique Dominique Grognard de l'UNPI, l'Union nationale des propriétaires immobiliers, plutôt soulagée de voir la trêve hivernale s'arrêter enfin. "Beaucoup de nos adhérents sont des commerçants, qui ont investi dans l'immobilier pour compléter leur retraite et leurs revenus. Or, là, ils se sont retrouvés sans revenus, et sans loyers, et parfois avec des prêts à rembourser ! La situation était devenue intenable", analyse ce représentant associatif. 

Pour autant, l'UNPI ne parle pas d'explosion des impayés de loyers, liée à la crise. "Nous avons sondé nos adhérents chaque mois. Nous avons constaté que le deuxième confinement a été plus douloureux que le premier, et globalement une hausse d'environ 5% par rapport à 2019, mais on est loin de la catastrophe annoncée", précise Dominique Grognard. 

Les associations de mal-logés, craignent, elles, une bombe à retardement… Comme après la crise de 2008-2009, avec un vrai risque de nouvelles personnes à la rue. Elles demandent aux préfectures de veiller à n’expulser personne sans solution de relogement. Le gouvernement a lui annoncé qu’il ne fermerait pas cette année les dizaines de milliers de places en hébergement d’urgence ouvertes cet hiver.