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Frédéric Péchenard : "Le risque terroriste est celui qui pèse le plus sur les JO, mais ce n’est pas le seul"

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Frédéric Péchenard a rejoint Valérie Pécresse à la tête de la région Île-de-France, après avoir dirigé la Police nationale
Frédéric Péchenard a rejoint Valérie Pécresse à la tête de la région Île-de-France, après avoir dirigé la Police nationale
© AFP - Serge Tenani / Hans Lucas

Ce lundi, à deux ans du coup d’envoi des Jeux olympiques de Paris, Emmanuel Macron organise une "réunion de chantier" pour faire un point sur la préparation de l’événement. Frédéric Péchenard, vice-président (LR) de la région Île-de-France, détaille les grands enjeux autour de la sécurité des Jeux.

Le 26 juillet 2024, Paris donnera le coup d’envoi de ses premiers Jeux olympiques depuis un siècle. Des jeux qui se veulent hors normes, avec des épreuves organisées au coeur de grands sites historiques et touristiques du coeur de Paris (la Tour Eiffel, le Grand Palais), et avec une cérémonie d’ouverture organisée en dehors d’un stade, le long de la Seine.

Deux ans avant l’ouverture, Emmanuel Macron réunit ce lundi une dizaine de ministres pour "faire le point" sur l’organisation de l’événement – sans que l’on sache réellement, pour le moment, si cette réunion est un simple point d’étape ou si elle augure une reprise en main des affaires par l’Elysée. L’ancien directeur général de la Police nationale Frédéric Péchenard, devenu vice-président LR de la région Île-de-France en charge de la sécurité, revient sur ce que représente cette organisation en termes de sécurité.

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FRANCE INTER : A deux ans des Jeux olympiques, où en sommes-nous sur le terrain de la sécurité ?

FRÉDÉRIC PÉCHENARD : "La première chose, c'est qu'on a encore, fort heureusement, un peu de temps. La deuxième, c'est qu'il y a évidemment un risque très important en termes de sécurité sur les Jeux olympiques. C'est essentiellement le risque terroriste qui pèse le plus - mais ce n'est pas le seul : on a pu voir aussi qu’il peut y avoir des mouvements de foule, des problèmes avec des voyous, des fausses billetteries, etc. Mais je pense tout de même que le problème de sécurité numéro un sera le poids du terrorisme. N'oublions pas que l'on attend près d'un milliard de personnes qui regarderont à la télévision la cérémonie d'ouverture : c'est évidemment une caisse de résonance incroyable pour un terroriste. Il faut s'en préoccuper tout particulièrement.

Laurent Nunez, qui vient d’être nommé préfet de police, sait que sans sa feuille de route, il aura pendant deux ans tout un tas de choses à faire, et notamment lutter contre la délinquance. Paris est devenue une capitale peu sûre, avec un niveau de saleté important : tout cela doit être considérablement amélioré avant les Jeux olympiques. Le préfet de police qui est aujourd’hui en place devrait normalement être encore là en 2024 pour les Jeux olympiques. C’est donc quelqu’un qui va prendre à bras le corps tous les problèmes de sécurité, dès l’ouverture et pendant le mois qui suit, avec les Jeux olympiques puis paralympiques."

Faut-il pour cela que les acteurs se parlent à nouveau ? On sait qu'à l'heure actuelle les relations entre la mairie de Paris et la préfecture de police sont plus que fraîches…

"Il faut que tous les acteurs, y compris à la mairie de Paris, aient une prise de conscience et se préoccupent de la sécurité. C’est vrai pour la mairie de Paris, pour la région - mais nous y sommes parfaitement prêts - et surtout pour l’État, parce que ce sera à lui de s’occuper de sécurité. Il faut que chacun se rende compte des difficultés techniques et humaines liées à la sécurité, et qu’après on fasse les Jeux les plus formidables et les plus spectaculaires qui soient. Quand on s’engage à recevoir les Jeux olympiques, il faut que ce soit une réussite mais cette réussite n’existera que si l’on arrive à avoir une sécurité maximum."

Vous disiez il y a quelques semaines avoir de grandes inquiétudes pour la cérémonie d'ouverture. Celles-ci semblent s'être un peu dissipées…

"Oui, parce que j’ai pu rencontrer les équipes de Tony Estanguet qui s’occupent de la sécurité. J’ai vu que c’étaient des professionnels, des gens sérieux, qui avaient bien anticipé ces choses-là. Ils n’ont pas encore la réponse à tout - et nous n’avons pour l’heure pu dialoguer que deux heures - mais ils ont répondu à un certain nombre de questions que j’avais, notamment sur les quais bas de la Seine qui me semblaient poser un problème en termes de gestion de foule. Une bousculade là-bas, ce sont 40 personnes qui tombent à l’eau, et un certain nombre d’entre elles qui se noient. J’ai pu constater que les choses avaient été vraiment bien préparées, car il y aura une billetterie pour entrer sur ces quais bas, et il y aura un certain nombre de personnes assises.

Après, se pose la question des quais hauts et du reste de Paris : comment sécuriser six ou sept kilomètres le long de la Seine, avec des athlètes, des représentants ou des chefs d’État de plusieurs dizaines de pays ? Cela veut dire qu’il va probablement falloir faire des contrôles, tenir tous les toits, etc. Il faudra également un énorme travail de renseignement : la lutte contre le terrorisme, c’est d’abord un travail de renseignement, car le sujet n’est pas tellement d’interpeller ou de condamner un terroriste après qu’il a commis l’acte. Il faut intervenir avant. Nos services de renseignement français font ça bien, et je pense que ce sera leur priorité. Dans les semaines, les mois qui vont précéder les Jeux, les services seront sur les dents, on va démanteler des cellules. Le risque numéro un, ce n’est pas tant la cellule avec plusieurs personnes organisées que le type isolé qui passera à l’acte avec un fusil d’assaut ou une bombe qu’il aura fabriquée, ou un camion comme à Nice.

Tout ça s’anticipe, tout ça se connait, mais cela va quand même demander de gros moyens humains et financiers en termes de sécurité : il ne faut pas s’en cacher, si on veut une sécurité optimale, cela veut dire beaucoup de policiers, de gendarmes, de militaires et de la sécurité privée. Tout cela se pense et doit se décider maintenant. On est tout à fait disposés à participer à toutes les réunions et à aider au maximum : on vient d’inaugurer le nouveau centre de coordination et de commandement de la police des transports. Il permettre à toutes les forces de sécurité dans les transports en commun d’avoir un seul centre de commandement où toutes les informations arriveront."

Un certain nombre d’acteurs s'inquiètent de la capacité et du potentiel humain qu'il sera possible de réunir avant les JO du côté de la sécurité privée. Y a-t-il un problème à ce niveau-là ?

"On a besoin de la sécurité privée : il y a aujourd’hui plus de gens qui ont une carte du Cnaps (l’organisme de certification et de contrôle du ministère de l’Intérieur qui délivre les cartes de sécurité privée) que d’agents de la police nationale. Il y a 150 000 policiers nationaux en France, et 170 000 cartes délivrées par le Cnaps. C’est donc quelque chose d’extrêmement important. Il y a des sociétés très sérieuses avec des gens qui ne tournent pas, comme celles qui travaillent dans les aéroports ; mais il y a d’autres sociétés qui sont moins regardantes. Le problème, c’est de trouver du personnel qui soit d’une part qualifié, et d’autre part qui ne pose pas de problème de sécurité.

On avait vu, sur les fanzones de l’Euro, des gens qui avaient été sélectionnés pour faire la sécurité et qui étaient fichés S, ce qui évidemment n’est pas une bonne idée. Donc, il y a un problème de criblage, parce qu’il faut que les gens de la sécurité privée aient un casier vierge et qu’ils ne soient pas connus des services de renseignement. Il y a aussi une question de formation et puis bien sûr, si l’on veut que ce soit attractif, il faut les rémunérer. Ce n’est pas un scoop de vous dire que la paie de la sécurité privée n’est pas très élevée. Je pense même qu’on aura du mal à atteindre l’objectif, et qu’il faudra compenser notamment avec la police ou la gendarmerie. Et on aura aussi besoin des militaires."