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Garantie jeunes universelle : sur le terrain, des contours encore trop flous

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Le gouvernement doit annoncer prochainement quelle forme prendra son projet de « Garantie Jeunes Universelle » promise par la ministre du Travail Elisabeth Borne.
Le gouvernement doit annoncer prochainement quelle forme prendra son projet de « Garantie Jeunes Universelle » promise par la ministre du Travail Elisabeth Borne.
© Radio France - Claire Chaudière

Alors que l'exécutif doit annoncer prochainement une nouvelle mesure en faveur de la jeunesse, touchée de plein fouet par la crise, le dispositif de la Garantie jeunes monte en puissance dans les missions locales. Le réseau annonce le recrutement de 2 000 conseillers pour tenir les objectifs fixés par le gouvernement.

Le verdict n'est pas encore tombé, mais le calendrier des consultations s'accélère autour du projet de "Garantie jeunes universelle", dans les cartons du gouvernement, pour répondre aux conséquences sociales de crise sanitaire sur la jeunesse. L'exécutif planche sur différents scénarios, plus ou moins ambitieux : une extension du dispositif de la Garantie Jeunes, lancée en 2013, à quelques centaines de milliers de jeunes supplémentaires seulement... ou à près d'un million de jeunes sans emploi au total. Deux piliers : une allocation de près de 500 euros, et un accompagnement vers l'emploi renforcé. 

Difficultés à se nourrir, financer ses déplacements 

Hanane, Ruby, Mehdi, ou encore Gislain... Ils sont huit au total, entre 18 et 25 ans à signer ce jour-là leur engagement au sein du dispositif, à la mission locale de Nanterre, dans les Hauts-de-Seine. Une promotion parmi d'autres, car la cadence s'accélère depuis plusieurs mois. "On signe pour recevoir un versement et en échange on s'engage à respecter les règles : venir aux ateliers, et être dans une démarche de recherche d'emploi..." explique Hanane, 18 ans, qui a récemment passé des tests pour devenir conductrice à la RATP. Pendant un an, ils recevront 497 euros par mois et seront accompagnés, remotivés, suivis pas à pas... "Vous devez impérativement être en action ! Car l'allocation ne tombe pas comme ça", martèle Françoise, la conseillère qui anime cette séance collective. 

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Une allocation "qui compte vraiment" pour Ruby, en difficulté et en froid avec sa famille qui ne la soutient pas financièrement. La jeune fille, qui voudrait se lancer dans le secteur immobilier, raconte avoir du mal à se nourrir en se moment. À côté d'elle, Mehdi y voit surtout de quoi accélérer considérablement son insertion, après un CDD non renouvelé dans le secteur de la chocolaterie. "En trois mois, si tu économises, tu peux payer ton permis. Le permis ça permet de trouver un travail. C'est super utile. Et puis ici on est coachés.

Un dispositif déjà étendu "à marche forcée"

Au menu de cette matinée d'échanges avec les jeunes : un atelier intitulé "le trèfle chanceux" pour mettre en évidence les différents domaines à travailler dans l'élaboration d'une candidature. "On est en train de doubler nos effectifs. De plus en plus de jeunes rentrent en Garantie jeunes, et ce sont des jeunes avec un profil légèrement différent", précise Françoise, qui rappelle que le gouvernement a demandé aux missions locales de passer de 100000 en 2020, à 200000 jeunes accueillis fin 2021.

Depuis le début de la crise, on voit arriver - en plus des jeunes les plus éloignés de l'emploi - des BAC+2, BAC+ 3 qui auparavant travaillaient, ou étaient dans des parcours plus classiques !

Pour mener à bien cette montée en puissance, la mission locale de Nanterre vient de recruter une première conseillère supplémentaire, avant une deuxième arrivée prévue cet automne. L'Union nationale des missions locales (UNML) évalue les besoins à plus de 2 000 recrutements à travers la France dans les prochains mois. Mais les équipes appréhendent les annonces à venir. Pour Françoise : "Cette Garantie jeunes universelle est encore très floue. Pourquoi pas étendre cette allocation à un nombre plus important de jeunes. Mais comment faire suivre l'accompagnement ? Quelles ressources humaines pour tenir cette promesse ?" interroge cette professionnelle de l'insertion, pour qui le suivi et l'engagement des jeunes sont absolument essentiels. 

Ne pas dénaturer un programme et une aide qui fonctionnent

"Le risque, si on généralise totalement le dispositif sans mettre suffisamment de moyens, c'est qu'en réalité, on dénature ce qui existe déjà et qu'on le rende moins efficace", s'inquiète Claire Martine, la directrice de la Maison de l'emploi et de la formation de Nanterre dont dépend la mission locale, qui ajoute que selon elle "certains jeunes ne sont tout simplement pas prêts à rentrer dans un engagement. Leur donner 500 euros sans les faire rentrer dans un parcours ne serait pas pertinent."

Des jeunes qui eux aussi ont un avis sur la question. "Étendre cette aide serait une bonne chose, parce qu'on est nombreux à ne pas avoir le soutien des parents. Je connais pas mal de monde en train de décrocher en ce moment..." réagit Ruby. Mehdi, lui, est plus dubitatif : "Pas sûr que tous les jeunes aient besoin de cette aide. Donner à ceux qui ont déjà les moyens, qui sortent d'école ou qui ont des parents aisés, ça n'aurait pas de sens."