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"Génération Covid" : les pistes de Terra Nova contre le décrochage des jeunes

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Contre le décrochage des jeunes, Terra Nova recommande de miser sur l'apprentissage.
Contre le décrochage des jeunes, Terra Nova recommande de miser sur l'apprentissage.
© AFP - Pascal Avenet / Hemis.fr

Dans un rapport publié ce mercredi, le centre de réflexion Terra Nova lance des pistes pour améliorer l'accès aux formations, afin de lutter contre le décrochage des jeunes frappés par la crise du Covid. Les auteurs recommandent de miser sur le déploiement massif de l'apprentissage dans les territoires.

Perte de contact, problèmes de connexion aux outils numériques, limitation des perspectives de stage et de places en alternance, découragement… Dans un rapport intitulé "Agir pour la réussite des jeunes en difficulté, dans leurs territoires", publié ce mercredi, le "think tank" proche du centre gauche Terra Nova dresse le constat des difficultés vécues par les jeunes face à la formation, approfondies par la crise du Covid. 

Pour lutter contre le décrochage, les auteurs recommandent un déploiement massif de l'apprentissage sur le territoire, au plus près des lieux de vie des jeunes et des besoins des entreprises, notamment grâce aux outils numériques.

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Le "spectre d'une génération covid"

"Le paradoxe de la pandémie est que les jeunes auront été à la fois physiologiquement les plus protégés contre le virus et socialement les plus exposés aux ravages économiques qu'il a engendrés", écrivent les auteurs, Olivier Faron, du Conservatoire national des Arts et Métiers, et Marc-François Mignot Mahon, président de Galileo Global Education, un leader européen de l'enseignement supérieur privé.

Ils en déduisent que "le spectre d'une "génération Covid" est bien présent", car "la pandémie est venue renforcer des difficultés déjà sensibles : 13,5% des jeunes âgés de 15 à 29 ans ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation", notent-ils, citant une étude de l'Insee sortie en mars. Les jeunes "fragilisés" pendant la crise sanitaire "risquent de venir grossir les flux de l’échec ou de l’abandon dans les mois et les années à venir".

Le numérique : une opportunité à saisir

Mais la crise sanitaire a aussi accéléré la "digitalisation" de l'apprentissage, "un outil de sécurisation des parcours, surtout en période de crise", estiment les auteurs. "Beaucoup de centres de formation d'apprentis sont passés de 0  à 100 % de distanciel", observent-ils.

Le distanciel permet désormais de "créer des classes partout, au plus près des besoins des entreprises et du domicile des apprenants", y compris "dans des territoires où l’offre de formation est faible". "Nous avons les outils, c’est le moment d’innover", plaide le Think tank.

Des formation "intensives"

Par ailleurs, "au lieu des cursus traditionnels qui organisent les apprentissages sur un calendrier très étalé et peu souple", Terra Nova recommande "des méthodes plus intensives". Autrement dit, des "boot camps" : inspirées des techniques des camps d’entraînement militaires nord-américains, ces "classes intensives" permettraient de doter le jeune du "savoir-être" et des compétences utiles dès son entrée dans l'entreprise, en quelques jours ou semaines.

Rodée dans le domaine de la formation informatique, où les besoins de main-d’œuvre sont importants, les auteurs souhaitent que cette méthode soit diffusée dans d'autres domaines.

Des formations plus motivantes pour les jeunes en difficulté

Selon Terra Nova, il reste un autre problème à surmonter : la motivation. "Les décrocheurs manifestent peu d’appétit pour la formation", notamment en raison d'un "sentiment de dévalorisation en partie insufflé par l’institution scolaire". "Pour ces jeunes, la formation est donc de longue date associée à l’échec, voire à une forme d’humiliation", analysent les auteurs.

Cela concerne particulièrement les jeunes les moins favorisés économiquement pour lesquels il faut approfondir la réciprocité : de l'argent versé en contrepartie de l'engagement du jeune. "La formation n’est pas une activité "en attendant un travail" mais c’est plutôt un travail qui sert aussi de formation", insiste l'étude. Il y a donc la nécessité d'un contrat qui le rémunère le plus justement.

De plus, les jeunes défavorisés sont aussi moins "mobiles" : ils prospectent d'abord au plus près de l'endroit où ils habitent. Compte tenu de cette contrainte matérielle qui pèse lourd sur leurs choix de formation, le rapport estime que "c’est plutôt à l’offre d’aller vers eux que le contraire". Cela implique une "offre de formation mieux déconcentrée".

Des offres au plus près des enjeux des territoires

"L’adéquation de l’offre de formation aux enjeux des territoires est un défi majeur"__, souligne terra Nova. "Elle doit répondre aux besoins de l’emploi local, aux caractéristiques des publics ciblés, à la disponibilité de formateurs qualifiés, aux partenariats possibles..." L'une des adaptations envisagées est celle des groupements d'entreprise, afin qu'un jeune puisse faire son apprentissage dans plusieurs entreprises, "lorsque le tissu local ne permet pas d’offrir assez de contrats classiques".

En conclusion, Terra Nova appelle le gouvernent à "investir dans la formation, unique véritable pilule anti-chômage" et l'enjoint à "aller vite pour former les individus aux métiers en tension non pourvus qui pénalisent gravement le développement de nombreuses activités, pendant que d’autres secteurs débauchent massivement".