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Gratuité des transports : en Île-de-France, on n'est plus dans l'utopie mais toujours dans la controverse

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Elargir la gratuité des transports à des villes de plus d’un million d’habitants, notamment à Paris, suscite nombre de controverses
Elargir la gratuité des transports à des villes de plus d’un million d’habitants, notamment à Paris, suscite nombre de controverses
© AFP - Hans Lucas / Hermann Click

Après Dunkerque, Châteauroux, Montpellier, ainsi qu'une trentaine de villes moyennes en France, Nantes se lance dans l’expérimentation des transports gratuits. La mesure est défendue aussi par la candidate Audrey Pulvar en Île-de-France. Utopie économiquement périlleuse ou révolution sociale et écologique ?

La gratuité des transports publics en France n’est plus une utopie : une trentaine de villes l’ont adoptée. Châteauroux, dans le Val de Loire, a été la première à l’expérimenter en 2001. Elle a été mise en œuvre par une municipalité dirigée à l’époque par la droite LR de Jean-François Maillet. Il s’agissait de recréer des possibilités de déplacement pour les plus précaires, afin qu’ils puissent retrouver le chemin de l’emploi, dans un contexte de sous-fréquentation du réseau et d’économie sinistrée. La ville peut se féliciter aujourd’hui d’avoir rendu ses transports plus attractifs. Et avec la fin des contrôles et des validations, ce sont plus de 100 000 euros d’économies par an, sans aucun licenciement à déplorer.

À Dunkerque, depuis septembre 2018, les bus sont gratuits pour les 200 000 habitants de la communauté urbaine. Comme à Châteauroux, on constate une fréquentation en hausse (+65% en semaine et +125% le week-end) mais surtout ce qu’on appelle dans le jargon un "report modal" : 48% des usagers ont abandonné leur voiture. Un gain pour le climat mais aussi pour le centre-ville et ses commerces, jusqu'alors désertés au profit des grandes surfaces environnantes.

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Montpellier et Nantes, avec respectivement 481 276 et 656 275 habitants, font franchir à cette ambition un pas supplémentaire. 

À Montpellier, la gratuité des transports a été un axe fort de la campagne du socialiste Michaël Delafosse qui a emporté la mairie. Une mise en œuvre par étapes : le week-end d’abord, puis les seniors et les jeunes la semaine. Enfin, d’ici à 2023, la gratuité sera étendue à l’ensemble  des habitants de la métropole.

À Nantes, même schéma : la gratuité des bus ou TER à compter du 24 avril, uniquement le week-end. 

En Île-de-France, un Everest à escalader

La question d’élargir ce type d’expérience à des villes de plus d’un million d’habitants suscite nombre de controverses. C’est le cas à Paris avec la proposition phare de la candidate "Île-de-France en Commun", l’adjointe d’Anne Hidalgo, Audrey Pulvar. Jusqu'ici, une seule capitale au monde (Tallin, en Estonie) a mis en place la gratuité des transports publics, mais elle compte moins de 500 000 habitants. La capitale française accorde déjà la gratuité aux plus de 65 ans et aux personnes en situation de handicap. Mais de là à l’offrir aux quelque 12 millions de Franciliens, il y a un Everest à escalader.

La présidente LR de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, y est farouchement opposée. Elle considère que les conséquences d’une telle décision seront l’appauvrissement du réseau et la dégradation des conditions de transports des franciliens. Dans un contexte de saturation des lignes de métros et de RER, quel intérêt de voir affluer de nouveaux utilisateurs qui ne paieraient pas l’investissement consenti par la région ? Des nouveaux utilisateurs qui viendraient rendre plus compliqués encore les voyages des utilisateurs franciliens.

Trop cher, trop de voyageurs

La droite en Île-de-France fait les comptes. Les transports urbains dans la région coûtent 10 milliards d’euros par an, financés par la cotisation des entreprises de plus de 11 salariés, soit environ 4,2 milliards d’euros. Auxquels s’ajoutent les 2,7 milliards d’euros des tickets et des abonnements des usagers. Le reste étant financé par les différentes aides de l’État. 

Il manquerait donc selon eux 3,6 milliards d’euros pour financer la proposition d’Audrey Pulvar. Cette dernière s’appuie notamment sur l’expertise d’Emmanuelle Cosse, ancienne patronne d’EELV et ministre de François Hollande. L’écologiste estime qu’il ne faut pas raisonner en soustraction mais en addition :

"C’est un investissement, la gratuité des transports, pas un coût."

Emmanuel Cosse se base sur les travaux de chercheurs qui ont prouvé, qu’en faisant baisser la pollution – les maladies respiratoires qui lui sont associées, le stress, les accidents de la route – le report des mobilités urbaines sur des transports gratuits fait au final pencher la balance du côté des bénéfices

Paradoxalement, son dernier successeur à la tête du parti majoritaire de l’écologie, Julien Bayou, tête de liste EELV en Île-de-France, n’a pas inscrit la mesure à son programme, alors qu'elle est défendue en interne chez lui. Mais là, sans doute, la balance risques/bénéfices est plus politique que comptable.