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Guerre en Ukraine : avec une licorne pour emblème, des soldats membres de la communauté LGBT sur le front

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Boris porte un écusson avec une tête de licorne qui est le symbole des soldats de la communauté LGBT.
Boris porte un écusson avec une tête de licorne qui est le symbole des soldats de la communauté LGBT.
© Radio France - Gilles Gallinaro

À cause de la guerre, la Gay Pride, organisée traditionnellement au mois de juin en Ukraine, n’aura pas lieu. De nombreux ukrainiens membres de la communauté LGBT ont décidé de prendre les armes et de se battre.

Leur blason est reconnaissable entre mille, fixé sur une manche d’une veste kaki, près du drapeau ukrainien : il représente une licorne. Un écusson symbolique, pour montrer que la communauté LGBT se bat contre les forces russes, comme Pavlo 20 ans, joint au téléphone, il se trouve sur une ligne de front dans le sud du pays : "Au début, j’avais très peur de la guerre et maintenant je ne crains plus rien car nous nous battons pour nos droits et pour notre pays." Ses droits sont ceux des minorités sexuelles, bafoués en Russie, l’agresseur de l’Ukraine.

Selfie pris par Pavlo, 20 ans, membre de la communauté LGBT, depuis la ligne de front.
Selfie pris par Pavlo, 20 ans, membre de la communauté LGBT, depuis la ligne de front.
© Radio France - DR

Un emblème depuis la guerre en Crimée

Boris, 26 ans, s’apprête à rejoindre le front dans le Donbass. Sur son uniforme, il arbore lui aussi cet écusson représentant une tête de licorne. "C’est important pour moi de m’afficher ouvertement gay au sein de l’armée ukrainienne" explique le jeune homme, "car ce n’est pas seulement une guerre".

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Ils sont des centaines à porter fièrement ce blason. Cet écusson n’est pas nouveau. En 2014, lors de l’invasion puis l’annexion de la Crimée, des soldats ont choisi la licorne, cette créature issue de l’univers fantastique souvent associé à la communauté LGBT, comme signe de ralliement.

Leur objectif est de chasser les forces russes des territoires ukrainiens qu’ils occupent. Ces russes qui font, d’après Boris, régner la terreur au sein de la communauté LGBT : "On nous a rapporté des cas d’emprisonnement et de meurtre. Quand on est membre de la communauté LGBT dans les territoires occupés, il n’est pas possible de vivre en sécurité."

L'Ukraine, un pays refuge avant le guerre

Le 17 mai dernier, dans un discours à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, Olena Shevchenko, cofondatrice de l’ONG Insight, rappelait que "les niveaux de discrimination, de violation des droits et de crimes haineux ont augmenté en Ukraine depuis le début de la guerre. Pendant ce temps, aucune réglementation ou mesure spécifique n'a été mise en place dans les abris pour protéger les populations clés". Elle déplore que "les personnes LGBT n'ont pas de filet de sécurité depuis le début de la guerre;"

Pour l’artiste ukrainien Vlad Shast, 26 ans : "La communauté LGBT en Ukraine est en grand danger si la Russie gagne". Le magazine Forbes a également interrogé des soldats de l’armée s’affichant fièrement avec l’écusson licorne. Vlad Shast rappelle qu’avant la guerre, l’Ukraine était un refuge pour les personnes LGBT d'Europe de l'Est, qui ont dû fuir leur pays. "Je connais de nombreuses personnes LGBT de Russie, de Biélorussie et du Kazakhstan qui ont déménagé en Ukraine ces dernières années en raison de la discrimination dans leur pays d'origine", ajoute Yura Dvizhon, réalisatrice ukrainienne et cofondatrice d'Ukraine Pride. Mais aujourd’hui, l’avenir des personnes LGBT en Ukraine s’assombrit. Cette guerre n’est pas uniquement territoriale, elle est aussi culturelle.