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Guerre en Ukraine : comment fonctionnait le vaste réseau de désinformation que Meta vient de démanteler

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Deux exemples de sites falsifiés par le réseau russe de désinformation.
Deux exemples de sites falsifiés par le réseau russe de désinformation.
- Meta

La maison mère de Facebook et Instagram, Meta, a démantelé un réseau de désinformation sur la guerre en Ukraine, piloté depuis la Russie. Des sites de grands médias étaient imités pour diffuser de faux articles et défendre les intérêts du Kremlin.

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, c’est la plus grande opération et la plus complexe que Meta a dû mener sur ses réseaux sociaux. La société californienne a supprimé plus de 2.300 comptes, pages et groupes sur Meta et Instagram, et démantelé un important réseau de désinformation sur la guerre en Russie. Lancé en mai, celui-ci ciblait principalement l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Ukraine et le Royaume-Uni en recopiant des sites et diffusant de fausses informations pour promouvoir la Russie et critiquer l’Ukraine.

Des dizaines de sites imités

C’est un réseau tentaculaire. Plus de 60 sites web ont été créés en se faisant passer pour des grands titres de presses nationaux. Des imitations de médias reconnus, comme les journaux allemands Spiegel et Bild, le quotidien anglais The Guardian, l’agence italienne ANSA ou encore le site français 20 Minutes. Des photos de journalistes apparaissaient pour rendre les articles les plus crédible possible et faire croire qu’ils étaient les auteurs des papiers. Des liens vers d’autres publications de presse étaient aussi ajoutés.  Le laboratoire de recherche spécialisé dans le numérique DFRLab a par exemple repéré cette fausse publication d'un compte imitant celui du média allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. On y voit un faux lien vers un site appelé "20minuts.com". Jusqu'à 100.000 internautes auraient vu apparaître la publication dans leur fil d'actualité.

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Deux publication sponsorisées de page Facebook relayant des articles de faux sites.
Deux publication sponsorisées de page Facebook relayant des articles de faux sites.
- DFRLac

Les thématiques abordées étaient assez similaires, avec des critiques envers l’Ukraine et ses réfugiés, et des discours pro-Kremlin étaient relayés. Les réseaux sociaux servaient ensuite d’intermédiaires pour partager et diffuser ces articles, comme Instagram, Facebook, Twitter, Telegram ou des sites de pétition en ligne.

Plus de 100.000 euros dépensés pour ces faux sites

Meta s’est notamment appuyée  sur le travail de journalistes allemands, qui ont découvert l’été dernier la supercherie. Ils ont constaté que ces fausses informations étaient partagées par de faux comptes, dont les photos de profils étaient générées par une intelligence artificielle. Le réseau a également acheté des espaces publicitaires. "La majorité des comptes, pages et publicités sur nos plateformes ont été détectés et supprimés par nos systèmes automatisés avant même que nous commencions notre enquête ", précise Meta dans un communiqué. Le groupe s’étonne de la "sophistication" de ces faux sites : "l'utilisation de nombreuses langues a exigé des investissements à la fois techniques et linguistiques", note la maison-mère de Facebook.

DFRLab a publié une longue enquête sur ce réseau de faux sites. Il donne quelques exemples comme cette caricature du chancelier allemand diffusée par des pages Facebook en août 2022. Olaf Scholz se rend au Canada pour des entretiens sur l'approvisionnement en gaz naturel liquéfié. Les jours suivants, un dessin apparaît sur les réseaux d’après le DFRLab. Il représente l'Europe, sous la forme d'un personnage nommé "Dr. EuroReich", en train de couper un tuyau (de gaz russe) à un patient représentant l'économie allemande. En tout, le réseau a dépensé plus de 100.000 euros pour diffuser ses publicités et développer ses faux sites.

Des fausses pages Facebook relayant une caricature.
Des fausses pages Facebook relayant une caricature.
- DFRLab

Un réseau chinois visant les États-Unis

Le groupe Meta révèle également l’arrêt d’une autre opération de désinformation, venue de Chine cette fois, et visant les États-Unis et le gouvernement tchèque. Ce réseau était beaucoup plus petit et moins sophistiqué, composé de 92 groupes, pages, et comptes Facebook et Instagram, qui comptaient moins de 300 abonnés. Leur cible : les élections de mi-mandat aux États Unis. Le réseau essayait de toucher à la fois les démocrates et les républicains, ce qui est plutôt rare. Les thématiques abordées : l’accès à l’avortement et le droit aux armes à feu par exemple.