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Harcèlement scolaire, confinements, écrans : la défenseure des droits alerte sur la santé mentale des enfants

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Le 2 septembre 2021 lors de la rentrée des classes dans une école Morlaix.
Le 2 septembre 2021 lors de la rentrée des classes dans une école Morlaix.
© Maxppp - Lionel Le Saux

Dans un rapport publié mercredi, Claire Hédon dévoile 29 recommandations pour aider les enfants et améliorer leur santé mentale. Elle pointe les effets des confinements, leur dépendance aux écrans et surtout les conséquences du harcèlement scolaire.

"La santé mentale des enfants a longtemps été un tabou, un sujet mal appréhendé", écrit Claire Hédon, la défenseure des droits. Elle publie mercredi un rapport, "La santé mentale des enfants : le droit au bien être". Pour mener cette enquête, des centaines d’enfants et de jeunes ont été consultés. À travers leurs paroles, les souffrances vécues à l’école sautent aux yeux, avec les conséquences qui s’en suivent. La défenseure des droits s’arrêtent également sur la dépendance des jeunes aux écrans, et des dérives qui peuvent en découler. Ce rapport de Claire Hédon s’interroge aussi sur les conséquences jugées "dramatiques" de la crise sanitaire sur la santé mentales des enfants. Les différents confinements ont engendré "une hausse générale des syndromes dépressifs" et provoqué "un doublement des cas chez 15/24 ans, 20% en 2020 contre 10% en 2019".

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Éradiquer le harcèlement scolaire 

La défenseure des droits s’appuie donc sur des centaines de témoignages d’enfants et de jeunes pour étayer son rapport. L’un d’eux raconte : "Au collège, ils parlent du harcèlement mais juste pour la bonne conscience. Ils ne font pas assez d’efforts par rapport à ça alors que c’est un sujet très important et que ça peut détruire des vies." 

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Claire Hédon rappelle que 700.000 enfants sont harcelés chaque dans leur environnement scolaire. "Difficultés scolaires, absentéisme, voire déscolarisation, mal-être, angoisse, voire dépression, pouvant aller jusqu’au suicide, l’actualité nous rappelle régulièrement les effets dramatiques de ce phénomène" écrit la défenseure des droits. D’après un enfant interrogé, "il faudrait commencer la prévention dès le CM1 ou CM2, et dès qu’un enfant est harcelé, il faudrait en parler directement dans la classe, pour qu’il se sente soutenu, et que le harceleur voie que la victime n’est pas isolée"

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La plupart regrette le manque d’écoute, et considère qu’on ne les prend pas au sérieux. Certains reconnaissent faire semblant d’être heureux, "jusqu’à afficher un sourire de façade pour donner l’impression qu’ils vont bien", note Claire Hédon. "Le paraître est souvent différent de ce qu’on ressent ou vit. On se cache souvent derrière un 'masque' pour ne pas sembler faible", témoigne un jeune. La défenseure des droits ajoute : 

L'école dit "ça se passe sur les réseaux sociaux, c'est pas chez moi". Or ce que nous constatons, c'est que le harcèlement démarre à l'école et ça dérape sur les réseaux sociaux.

Pour lutter contre les souffrances à l’école et le harcèlement, la défenseure des droits préconise une meilleure formation des professionnels de l’Éducation nationale. "Dès lors que des difficultés ont été identifiées chez un enfant, un diagnostic doit être établi pour qu’une prise en charge médicale et psychologique adaptée soit mise en œuvre rapidement, ce qui suppose non seulement d’augmenter le nombre de Centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) et de Centres médicopsychologiques (CMP)." Le rapport réclame aussi "le développement d’espaces d’écoute et d'expression à l'attention des enfants, dans tous les lieux qui composent leur quotidien et en particulier l’école."

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Les effets ambivalents des confinements

Le recul est encore maigre pour connaître les conséquences sur le long terme des confinements successifs à cause du Covid-19. La défenseure des droits estime pourtant que les répercussions de la crise sanitaire sur la santé mentale des enfants est "dramatique". Et pourtant, "paradoxalement, la crise sanitaire, singulièrement le premier confinement, a produit quelques effets bénéfiques pour la santé mentale de certains enfants. L’expérience a été vécue comme un moment exceptionnel mais heureux : le repli forcé sur le noyau familial a été l’occasion d’un rapprochement avec leurs parents, d’un desserrement de la contrainte scolaire et d’un accroissement du temps de loisirs."

Au début du confinement, ça a été très dur. Au collège, on se faisait disputer tout le temps. Pour mettre un masque, il fallait bien retirer le précédent, et alors on pouvait être collé pour ça !

D'autres enfants se sont sentis soulagés de ne pas aller à l'école, grâce à la fermeture des classes lors des confinements, ceux souffrant de phobies scolaires : "Les adolescents ont pu retrouver, grâce à l’école à la maison, des horaires mieux adaptés à leur rythme chrono-biologique."

Mais Claire Hédon dresse surtout un tableau noir du confinement. Elle relève par exemple l'utilisation excessive des écrans pendant le confinement, qui "ont pu augmenter les troubles du sommeil et les phénomènes d’addictions". Elle évoque également le bouleversement de la vie quotidienne, les fermetures d’écoles ou encore les restrictions de déplacements qui "ont provoqué des pertes de repères et de confiance dans l’adulte référent"

Un enfant raconte : "Au début du confinement, ça a été très dur. Au collège, on se faisait disputer tout le temps. Pour mettre un masque, il fallait bien retirer le précédent, et alors on pouvait être collé pour ça ! Les profs étaient stressés, comme si nous étions plus contagieux qu’eux. Il faudrait que les profs soient mieux formés à l’écoute."

Le rapport estime que la crise sanitaire a agi "comme un amplificateur des inégalités sociales et frappé plus durement les familles les moins privilégiées. Les plus vulnérables (jeunes, femmes, familles monoparentales, précaires etc.) ont été les plus frappés par le premier confinement, davantage exposés au risque de dégradation de leur situation financière, voire de basculement dans la précarité, et à une augmentation des troubles psychiques."

Pendant le confinement, enfants, ados, adultes, nous avons été comme en prison. Nous n’avons pas eu le droit de voir nos amis.

Parmi les 29 recommandations de la défenseure des droits, l’une demande au ministère de la santé de réaliser une étude "pluridisciplinaire et longitudinale sur les effets à long terme de la crise sanitaire, sur la santé mentale des enfants et des adolescents".

L'addictions aux écrans

La défenseure des droits alerte sur ce qu’elle appelle "les nouvelles formes d’addictions" : les écrans. Parmi les professionnels interrogés, nombreux "s’inquiètent (…) de l’usage de plus en plus fréquent des écrans par les jeunes enfants et adolescents et des dérives qui peuvent en découler", comme la dépendance, le cyber harcèlement, et altérer le développement cognitif. "On dit (au jeune) qu'il ne doit pas passer pas trop de temps devant les écrans, mais en fait, on lui demande de suivre des cours devant un écran, c'est des choses qui sont contradictoires et compliquées pour les enfants", a commenté Claire Hédon sur France Inter mercredi.

Le rapport émet des propositions, comme la sensibilisation des parents mais aussi des adolescents, avec une "éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, une information sur les dangers de la prostitution et sur la façon dont les proxénètes recrutent leurs victimes".

La défenseure des droits réclame enfin davantage de prévention à l’école "afin de mieux protéger les enfants de l’exposition précoce à la pornographie, qui plus est dans une période où l’on constate une recrudescence de la prostitution des mineurs."

Le manque de prise en charge des enfants

"Il y a urgence à agir" clame Claire Hédon. Elle déplore le manque de suivi des enfants en souffrance. 25 départements ne sont pas fournis en pédopsychiatrie, et parmi ceux qui en disposent, ces soins sont uniquement en ambulatoire", poursuit l'adjoint à la Défenseure des droits, le Défenseur des enfants Eric Delemar. 

"Pendant la crise sanitaire, les enfants en très grande souffrance ont atterri en pédiatrie, où il n'y a pas les infrastructures adéquates" pouvant les accueillir. "Tout le monde de la pédopsychiatrie alerte sur le manque de moyens, on ne peut pas avoir six mois ou un an de délai d'attente pour avoir rendez-vous avec un psy" souligne Claire Hédon. Mais il manque de personnel dans les Centres médico-psychologiques (CMP) et les centres médicaux psycho-pédagogiques (CMPP). "Une prise en charge très rapide d'un enfant en situation difficile" peut résoudre les difficultés "en quelques séances" indique Claire Hédon.

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