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Hausse des contaminations, tension hospitalière : la Guyane se dirige vers un reconfinement

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Barnum permettant d'effectuer des dépistages Covid à Maripasoula, en Guyane
Barnum permettant d'effectuer des dépistages Covid à Maripasoula, en Guyane
© AFP - THIBAUD VAERMAN / HANS LUCAS

La situation sanitaire devrait contraindre les autorités à reconfiner la Guyane pour 15 jours à compter de vendredi 14 mai.

Le gouvernement n'avait pas exclu des mesures localisées en fonction de la dynamique de l'épidémie. Face à la hausse des contaminations sur l’ensemble du territoire et la tension toujours très forte dans les services de réanimation, le préfet de Guyane devrait annoncer mercredi dans la soirée le retour du confinement dans cette région d'outre-mer, frontalière du Brésil. 

Selon un document de travail de la préfecture et de l'Agence régionale de santé qui a fuité mardi et que France Inter a pu consulter, les autorités prévoient sur place le retour d'un confinement de courte durée, quinze jours à compter de ce vendredi. En Guyane, le taux d'incidence grimpe en flèche ces derniers jours (près de 320 cas pour 100 000 habitants selon les dernières données disponibles) alors que l'épidémie semble décélérer au niveau national :

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Fermeture des lieux publics

L'objectif des autorités locales est simple : limiter de façon rapide et brutale les contacts sociaux. Les restaurants, bars, salles de sport, bibliothèques et commerces non essentiels, lieux ouverts sous protocole sanitaire, vont devoir refermer leurs portes du 14 au 30 mai, d'après ce document consulté par France Inter. 

Les grandes surfaces resteront ouvertes mais une seule personne par foyer sera autorisée à y faire les courses. Pour se déplacer, il faudra de nouveau se munir d'une attestation dérogatoire. Les vols en avion seront autorisés seulement pour un motif impérieux et sur présentation d'un test PCR négatif. Les déplacements en forêt, dans les parcs, jardins ou sur les plages sont autorisés dans un rayon de 10 kilomètres autour du domicile et pour une heure maximum, idem pour les activités sportives individuelles de plein air. 

Si elles ne sont pas mentionnées dans le document, les écoles resteraient toutefois ouvertes, selon les informations recueillies. En parallèle, une trentaine de soignants militaires du ministère des Armées ont été envoyés en renfort sur place et sont arrivés en début de semaine pour faire face à la situation.

"Détérioration" de la situation sanitaire

Ces nouvelles restrictions répondent effectivement à une "détérioration" sanitaire en Guyane, où la population reste peu vaccinée. "La situation sanitaire se détériore nettement en Guyane, fortement touchée par le variant brésilien, le taux d'incidence a doublé en un mois, le nombre de personnes hospitalisées dans les services de réanimation ne cesse d'augmenter", a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal lors du compte-rendu du Conseil des ministres.

"Nous avons parlé de stratégie territoriale et nous la mettons donc en oeuvre : le préfet de Guyane a pour mission de consulter les élus locaux dans les prochaines heures pour discuter de mesures supplémentaires qui pourraient être prises", expliquait-il à la mi-journée. 

Actuellement, 25 malades sont hospitalisés en soins critiques en Guyane. "Depuis quelques jours, on a une très forte hausse, environ 30 %, des contaminations", a confirmé Clara de Bort, directrice générale de L'Agence régionale de santé (ARS), invitée de France Inter jeudi matin. "Et on était déjà sur un plateau assez haut, puisqu'on avait une incidence de 240 cas pour 100.000 habitants, pendant une dizaine de jours, avant cette forte augmentation et des contaminations qui touchent toutes les classes d'âge."

Les secteurs les plus touchés sont "l'île de Cayenne", un bassin de 12 000 habitants avec un taux d'incidence monté à 485 pour 100 000 habitants la semaine du 2 au 8 mai, et un taux d'incidence atteignant 441 sur le secteur dit des Savanes comprenant la ville spatiale de Kourou. Des secteurs déjà soumis à un couvre-feu de 19h à 5h en semaine, et le week-end du samedi 19h au lundi 5h.

Les variants très présents

Les trois variants préoccupants ont été détectés en Guyane, principalement le variant dit "brésilien" détecté pour 80% des prélèvements positifs depuis plusieurs semaines et le britannique (10 à 20%). Les cas de variant dit sud-africain restent isolés. 

Un cluster de "11 personnels du bloc opératoire de l'hôpital de Cayenne positifs au Covid-19" a d'ailleurs été détecté, a indiqué mardi à l'AFP une source proche des autorités sanitaires, confirmant une information du site Guyaweb. Selon l'hôpital de Cayenne, "10 personnels du bloc" étaient positifs "jeudi matin" 6 mai, un chiffre depuis réactualisé à 11 par les autorités sanitaires. Ces professionnels de santé positifs "n'étaient pas vaccinés" et lundi "une soignante du bloc" concernée avait contracté "une forme grave" du Covid-19.

En effet, malgré cette nouvelle hausse des contaminations, la défiance vis à vis de la vaccination persiste. Au 5 mai, seuls 1 305 professionnels de santé en Guyane avaient reçu deux doses de vaccin, ce qui représente un taux inférieur à 20 % des professionnels de santé et assimilés du territoire, en comptant les personnels administratifs des établissements, contre près de 55 % au niveau national. 

À la même date, 3,46% de la population guyanaise (10.010 personnes) avaient reçu leurs deux doses de vaccins contre plus de 13% au niveau national. Fin avril, la vaccination a pourtant été élargie en Guyane aux plus de 18 ans, sans conditions.