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HISTOIRE - Gencives purulentes, abcès et mauvaises odeurs... L'hygiène bucco-dentaire exemplaire de Louis XIV

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Portrait du roi Louis XIV, par Hyacinthe Rigaud, château de Chenonceau, XVIIe siècle
Portrait du roi Louis XIV, par Hyacinthe Rigaud, château de Chenonceau, XVIIe siècle
© AFP - Manuel Cohen

Absolu, le Roi soleil le fut en tout. Aussi bien en politique que par son terrible bilan de santé, que les notes de ses médecins officiels nous ont léguées. En plus de sa fistule anale, Louis XIV a aussi grandement souffert d'une mauvaise hygiène bucco-dentaire, qui lui a valu de se faire arracher de nombreuses dents.

Dans "Grand bien vous Fasse", le journaliste Olivier Cyran a évoqué la formidable reconnaissance que le XVIIIe siècle a conférée à la profession naissante des chirurgiens-dentistes, tout particulièrement grâce aux opérations qu'imposait le traitement bucco-dentaire éprouvant de Louis XIV, qui aurait contribué à avaliser cette profession, longtemps méprisée. 

Un état de santé déplorable 

Les médecins chargés de la préservation de la santé du roi tiennent un registre quotidien durant toute la durée de son règne. Ce Journal de santé du roi entre 1647 et 1711 indique toutes les indispositions, les graves maladies dont il fut victime - dont, l'opération, ce 18 novembre 1686, de sa fistule anale. 

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Dès son plus jeune âge, le roi essuie les conséquences de la petite vérole, des excès de fièvre répétés, des douleurs chroniques fortes, de nombreux rhumatismes, des agitations continuelles et de multiples tumeurs et gonflements. Il subit une quantité indénombrable de saignées, de purgations, de lavements et de régimes médicaux, selon les usages les plus en vogue de l'époque. Son hygiène bucco-dentaire ne semble en rien avoir arrangé sa santé…

1685 : le roi n'a presque plus de dents sur sa mâchoire supérieure gauche

En avril 1676, le roi se plaint de douleurs de dents très aiguës (son médecin précise que celles-ci étaient à l'origine "fort mauvaises"). Pour le soulager, le médecin a recours à de l'essence de girolle et de thym. Un purgatif tellement fort, qu'il lui brûle souvent la bouche… 

Quelque temps après, en 1677, le roi est de nouveau atteint par ces mêmes douleurs, trouvant sa joue droite et sa gencive particulièrement enflées. Son médecin nous apprend qu'un abcès s'est formé et a commencé à suppurer. Il est alors fait usage d'un cataplasme (mélange de plantes broyées appliqué sur ladite infection), constitué de mie de pain et de lait… Le médecin affirme avoir eu recours à une incision à l'aide d'une lancette pour extraire le pus, suite à quoi la douleur semblait avoir disparu au bout de quelques jours. 

Il faut attendre quelques années, en 1685, pour que son médecin fasse à nouveau état de "la mauvaise disposition de sa mâchoire supérieure gauche" pour nous apprendre que toutes ses dents avaient été arrachées. 

On peut y lire qu'un trou semble avoir malencontreusement été effectué dans sa mâchoire, durant l'une de ses interventions… Au point que toutes les fois qu'il buvait ou se gargarisait, ce trou portait "l'eau de sa bouche dans le nez, d'où elle coulait comme d'une fontaine", laissant passer les mauvaises odeurs de manière plus accentuée qu'à la normale : 

Ce trou s'était fait par l'éclatement de la mâchoire arrachée avec les dents, qui s'étaient enfin cariées, et causait quelquefois quelqu'écoulement de sanie de mauvaise odeur, d'autant qu'il était impossible de reboucher ce trou si ce n'était par l'augmentation de la gencive.

- Antoine d'Aquin, médecin de Louis XIV de 1671 à 1693.

Le médecin est assisté d'un certain Félix de Tassy, le premier chirurgien du roi (mais non reconnu en qualité de médecin tel que nous l'entendons aujourd'hui) et d'un autre du nom de Dubois. Tous admettent alors que la seule solution pour combler le problème est "la cautérisation par le feu" qui consiste à "brûler tous les bords aussi profondément que la carie le demandait [...] avancer la régénération de la gencive par laquelle seule on pouvait espérer de boucher les quelques petits vaisseaux qui s'étaient ouverts suite à l'arrachage des dents". 

Après quoi le roi s'est plusieurs fois plaint d'une odeur forte, nauséabonde et "quasi cadavéreuse" quand il se mouchait. Résultat, affirme le médecin, du mélange de quelques mucosités corrompues produites par les zones toujours échauffées depuis leur cautérisation. Une mauvaise odeur qui, selon lui, finirait par passer.

Des douleurs épouvantables aux dents jusqu'à la fin de sa vie 

Les importantes interventions qu'il a subies ont des conséquences sur le long terme : par la suite, le roi se plaint continuellement de maux de têtes (notamment lorsqu'il souffre de rhumes), il a souvent les joues enflées… D'autant que le roi ne respecte pas les prescriptions de purgatifs et solutions buvables que ses médecins lui donnent.

Une dernière pour la route

C'est en 1707 que son médecin de l'époque, Guy-Crescent Fagon, signale que le roi, alors gêné par "la pointe d'une dent qui l’incommodait", fit tout son possible pour essayer de se l'extraire lui-même. Mais, très vite, une rougeur et un gonflement apparaissent de façon inquiétante, gagnant toute la mâchoire inférieure - la douleur pulsant jusqu'à l'arrière de la tête, s'étendant même jusqu'à l’épaule gauche, puis le bras droit. Le roi a fini par se faire arracher la dent. C'est la dernière information qui nous soit donnée par son médecin dans son journal de santé. 

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - Grand bien vous fasse : Ce que les dents disent de nous. 

📖  LIRE - Olivier Cyran : Sur les dents. Ce qu'elles disent de nous et de la guerre sociale (éditions La découverte).

📖  SOURCE HISTORIQUE - Antoine Vallot, Antoine d'Aquin et Guy-Crescent Fagon : Journal de la santé du roi Louis XIV de l'année 1647 à l'année 1711, notes réunies et rééditées par le médecin et conservateur Joseph Adrien Le Roi, 1862.