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Hollande, Kepel, la mère d'Abdeslam doivent témoigner au procès des attentats du 13 novembre

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Outre François Hollande et Gilles Kepel, François Molins et Bernard Cazeneuve seront également témoins lors du procès
Outre François Hollande et Gilles Kepel, François Molins et Bernard Cazeneuve seront également témoins lors du procès
© AFP - Joël Saget / Horst Galuschka / Ludovic Marin / Thomas Samson

À trois mois de l’ouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015, l’organisation s’affine. Parquet national antiterroriste, parties civiles et défense ont été invités à communiquer les listes des témoins qu’ils veulent faire citer à l'audience. Des listes encore non exhaustives que France Inter a pu consulter.

La salle d’audience est prête. Ou presque. Il manque encore la balance, symbole de la Justice, à accrocher sur le mur du fond, au-dessus des magistrats de la cour d’assises spécialement composée. Doivent également être installés les portiques de sécurité sous lesquels des centaines de personnes passeront chaque jour. Quelques petits réglages ici ou là également. Mais dans l’ensemble, tout y est. 

Désormais c’est sur le fond de l’audience que se concentre le travail. À commencer par l’organisation des huit mois de procès qui démarre le 8 septembre prochain. Combien de parties civiles - survivants ou proches de personnes décédées - souhaitent-elles témoigner ? Quel temps sera-t-il dévolu à chaque témoignage ? Quels témoins le parquet national antiterroriste, la défense ou les parties civiles entendent-ils faire citer ? 

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Sur ce dernier point, les premières listes ont été communiquées au président de la cour d’assises spécialement composée. On y retrouve des proches des accusés, des terroristes décédés, des experts ou encore des personnalités politiques. 

Ils étaient aux manettes le 13 novembre 2015

L’association de victimes Life For Paris a choisi de faire citer un seul témoin : le chef de l’Etat à l’époque, François Hollande.Il est le seul à avoir eu une vue globale des attentats du 13 novembre : opérations militaires, opérations de renseignement, conséquences sociétales et politiques, suivi des victimes, etc. explique Arthur Dénouveaux, président de l’association, son témoignage éclairera la posture de l’État face à ces attaques.” 

Parmi ceux qui étaient également aux manettes au moment des attentats, Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, François Molins, procureur de la République de Paris, Patrick Calvar et Bernard Bajolet, respectivement chefs des services de renseignement intérieur et extérieur sont également attendus à la barre. A noter aussi la convocation de Georges Fenech, ancien magistrat et ex-député LR du Rhône qui a présidé la commission parlementaire sur les attentats du 13 novembre 2015. 

Ils sont attendus pour leur expertise sur le terrorisme

Dans la famille des universitaires, ont été choisis pour leur expertise l**’universitaire Gilles Kepel,** spécialiste de l’islam et monde arabe, Bernard Rougier qui a dirigé une étude collective sur Les territoires conquis de l’islamisme (PUF). Dans la liste également, le chercheur en sciences politiques Hugo Micheron qui a notamment travaillé sur la question de la radicalisation en prison. “Son incontestable expertise permettra d’éclairer les débats” estime Me Victor Edou, avocat de parties civiles, avant de poursuivre:

Les victimes des attentats ont besoin de comprendre et il nous paraît essentiel que l’audience soit l’occasion d’évoquer les ressorts et l’origine du djihadisme et de la radicalisation.

Est lui aussi cité le journaliste et essayiste Mohamed Sifaoui. Le nom de ce dernier avait également été soumis au président de la cour d’assises spécialement composée lors du procès des attentats de janvier 2015. Sa citation n’ayant pas été demandée dans les temps, elle a été - comme le veut le code de procédure pénale - soumise au pouvoir discrétionnaire du président qui l'avait refusée. Sont enfin attendus les journalistes Nicolas Hénin et Didier François, anciens otages en Syrie entre 2013 et 2014, et dont l’un des geôliers était vraisemblablement Najim Laachraoui, futur artificier du 13 novembre 2015. 

Sphère familiale et djihadosphère

Enfin, parties civiles, parquet national antiterroriste et défense souhaitent que la cour d’assises entende des personnes proches des accusés et des terroristes morts le soir du 13 novembre. Sont ainsi convoqués à l’audience l’ex-fiancée, la mère et la sœur du principal accusé, Salah Abdeslam. On devrait également voir à la barre les pères, mères, frères ou sœurs de certains terroristes décédés : Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh, morts dans l’assaut de Saint-Denis le 18 novembre 2015 alors qu’ils préparaient un nouvel attentat, ou les trois kamikazes français du Bataclan par exemple. 

Des djihadistes impliqués dans d’autres dossiers mais en lien avec la cellule des attentats du 13 novembre seront également appelés à témoigner, la plupart probablement par visioconférence depuis les prisons où ils sont incarcérés. On retrouve ainsi Ayoub El-Khazzani et Bilal Chatra, tous deux condamnés pour l’attentat du Thalys quelques mois auparavant, et Jennifer Clain, la nièce de Jean-Michel et Fabien Clain, les voix de la revendication du 13 novembre 2015. 

Ces derniers, comme n’importe quel témoin, peuvent évidemment refuser de répondre aux questions qui leur seront posées. On se souvient ainsi lors du procès des attentats de janvier 2015 du silence glaçant qu’a opposé Peter Cherif à chaque question du président et des avocats. En visioconférence depuis la prison où il est incarcéré, le commanditaire présumé des attaques de Charlie Hebdo, Montrouge et l’Hypercacher, s’était contenté de garder la tête baissée sur l’exemplaire du Coran qu’il tenait entre les mains.