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Hongrie : comment des médias indépendants continuent de se faire entendre malgré la mainmise d’Orban

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Placardée partout, la photo du leader de l'opposition Peter Marky-Zay barrée du mot "dangereux !"
Placardée partout, la photo du leader de l'opposition Peter Marky-Zay barrée du mot "dangereux !"
© Radio France - Louise Bodet

Difficile pour les médias indépendants hongrois d'exister hors de la ligne de mire du Premier ministre Viktor Orban. Au moment où ce dimanche il brigue un quatrième moment, des journalistes continuent de se mobiliser pour apporter une information libre.

En Hongrie, l’ultraconservateur Viktor Orban brigue un quatrième mandat consécutif. Il fait face pour la première fois à une opposition unie, de la gauche radicale à la droite dure. Le scrutin de ce dimanche est marqué par la guerre en Ukraine, qui met en exergue le tropisme russe de Viktor Orban et l’a contraint à reconfigurer sa campagne. Mais l’homme fort de Budapest peut, comme d’habitude, compter sur des médias aux ordres. Rares sont les voix alternatives en Hongrie, et elles sont carrément inaudibles en province.

Des médias d'Etat au pas

C’est une scène inimaginable en Europe de l’Ouest, et encore moins de toute façon dans un pays qui se revendique comme une démocratie. Dix journalistes vedettes de TV2, grande chaîne privée hongroise, votent ce dimanche Viktor Orban et le revendiquent face caméra.

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En Hongrie, le rouleau compresseur Orban est partout : sur les murs, dans le métro, sur les réseaux sociaux, et dans les médias publics bien sûr. Le Premier ministre y occupe matin et soir la première place dans les journaux télévisés de M1, la principale chaîne du pays. Et ce au détriment du chef de file de l’opposition, Peter Marki-Zay.

"On a 5 minutes de temps de parole à la télévision d’Etat", déplore ce maire conservateur d’une ville de province de 49 ans, intronisé leader de l’opposition l’automne dernier. "Même sur les réseaux sociaux, un enfant ne peut pas regarder un dessin animé sans être interrompu toutes les deux minutes par une publicité qui nous dénigre."

Imprime, toi aussi

Viktor Orban a la main sur l’ensemble des médias publics et ses amis détiennent, via une fondation, la plupart des médias privés hongrois. C’est donc un combat parfaitement asymétrique que mène Nyomtass Te Is, ou littéralement "Imprime, toi aussi", un collectif qui édite un journal un toute indépendance. Une newsletter, mais directement dans le courrier : une modeste feuille A4 pliée en deux, distribuée dans les gares et les boîtes aux lettres. On peut y voir aussi l'héritage du Samizdat, ce système clandestin de circulation d'écrits dissidents en URSS et dans les pays du bloc de l'Est.

Ericka qui présente le dernier numéro du journal
Ericka qui présente le dernier numéro du journal
© Radio France - Louise Bodet

Ce soir-là, au 1er étage d’un restaurant de Budapest, une cinquantaine de personnes s’activent, dont Ericka, professeure de langues :

Ce sont des extraits d’articles reformulés de manière simple afin que tout le monde puisse comprendre. Des volontaires qui travaillent gratuitement distribuent ce petit journal dans les villes de province et les villages"

C’est à la campagne, où vit la majorité des Hongrois, que le système médiatique est le plus verrouillé. Selon Laszlo Janos, ancien journaliste, fondateur de Nyomtass Te Is il y a 4 ans, "le Fidesz [le parti de Viktor Orban - Ndlr] a tout fait dès le début pour éloigner de l’information les gens vivant en province. Il dépense sans compter et en une journée il envoie ses message partout, dans les endroits les plus reculés de la Hongrie."

Un avenir dans le journalisme

Parmi les bénévoles présents, Soma, 19 ans, étudiant en journalisme, est optimiste : "Bien sûr que cette initiative peut changer les choses !" Il veut croire à un avenir dans le journalisme indépendant :  "les médias fiables sont peu nombreux, mais ils existent et ils ont besoin de renouvellement, donc ça va être dur, mais je pense que je peux arriver à être journaliste ici en Hongrie. Je ne veux pas quitter mon pays, car j’ai une responsabilité envers lui."

Soma, 19 ans, étudiant en journalisme en Hongrie
Soma, 19 ans, étudiant en journalisme en Hongrie
© Radio France - Louise Bodet

La semaine dernière, Nyomtass Te Is a été distribué à plus de 1,3 million exemplaires. C'est l’histoire du pot de terre contre le pot de fer, dans un pays qui ne compte plus qu’un seul quotidien indépendant du pouvoir politique.