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Hôpital : un lit sur cinq fermé faute de soignants, d'après le Conseil scientifique

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Un patient malade du covid en service de soins intensifs à Strasbourg en juillet 2021.
Un patient malade du covid en service de soins intensifs à Strasbourg en juillet 2021.
© AFP - FREDERICK FLORIN

Selon un avis du Conseil scientifique daté du 5 octobre, 20% des lits théoriquement disponibles dans les hôpitaux français (CHU et CHR) sont fermés par manque de personnel soignant. Mercredi, le gouvernement a reconnu des "fermetures temporaires" et dit lancer une large enquête sur le sujet.

C'est au détour d' un nouvel avis du Conseil scientifique sur la situation épidémique que l'on apprend qu'un lit d'hôpital sur cinq n'est pas utilisé faute de moyens humains. Consulté fin septembre par le ministère de la Santé sur "la question d’un allègement des mesures visant à limiter la circulation du virus", le Conseil s'est permis de "répondre avec une vision élargie par rapport à la saisine". Le groupe d'experts a donc mené une enquête dressant un état des lieux en cette rentrée 2021 : une photographie des places disponibles dans les CHU et les CHR de France. 

"Quelle que soit la région, un pourcentage significatif de lits sont fermés en raison du manque de personnel et ce, dans tous les secteurs de soins", écrivent les membres du Conseil scientifique qui précisent que cette situation leur semble plus grave que lors des automnes précédents. Dans ce contexte, le Conseil exprime donc son inquiétude concernant la capacité du système hospitalier "à répondre à une éventuelle nouvelle vague, même plus faible".

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Des hôpitaux fragiles au seuil de l'hiver

Pour les membres du Conseil scientifique, "les pouvoirs publics doivent porter une attention particulière à la situation très fragilisée, y compris dans les services pédiatriques et dans les hôpitaux avec un nombre significatif de lits fermés". L'avis souligne les risques encourus à l'approche des pathologies hivernales. Les fermetures de lits concernent "tous les secteurs de soins (médecine dont soins critiques, chirurgie et obstétrique), mais aussi à un moindre degré les services de pédiatrie (réanimation et hospitalisation conventionnelle) qui dans certaines régions sont déjà en tension alors que nous sommes qu’au début des épidémies automnales et hivernales virales hors COVID."

La question n’est pas tant de rouvrir des lits, ce qui va être extrêmement difficile, mais plutôt d’éviter la poursuite de la fermeture des lits.

Le plus inquiétant reste sans doute que les hôpitaux ont déjà multiplié les solutions de court terme sans arriver à rétablir la situation avec "un recours déjà important et en augmentation aux heures supplémentaires et à l’intérim", alors que par ailleurs un rapport de la Drees établissait en septembre que "27 000 lits d’hospitalisation complète ont fermés" définitivement depuis 2013 "soit une baisse de 6,5 % en sept ans"

Un constat d'échec d'Olivier Véran

Interviewé par le journal "Libération", le ministre de la Santé Olivier Véran a reconnu mercredi "une hausse de près d'un tiers des postes vacants chez les paramédicaux par rapport à l'automne 2019". Olivier Véran poursuit : "Un certain nombre d'unités dans des hôpitaux sont obligées de fermer temporairement, ou de réduire la voilure, faute de soignants, faute surtout de pouvoir en recruter." Par ailleurs, entre 2018 et 2021, un peu plus d'un millier d'étudiants infirmiers en formation ont "démissionné avant la fin de leurs études" explique le ministre qui assure qu'une "enquête sera lancée" pour qu'on "en comprenne les raisons". À la sortie du Conseil des ministres mercredi 27 octobre, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a lui annoncé l'ouverture d'une enquête "auprès de l'ensemble des établissements de santé pour objectiver la situation et son exploitation est en cours".

Une situation attestée par des responsables hospitaliers comme Patrick Goldstein, chef des urgences du CHRU de Lille qui parle chez nos confrères de franceinfo de "situation exceptionnelle, c'est une crise dans la crise". "L'erreur que l'on a commise", estime Patrick Goldstein, "c'est d'imaginer qu'on était en résolution de crise, avec la pandémie qui diminue. Aujourd'hui, il y a une crise sociale à l'intérieur de l'hôpital, la situation est très tendue".