Publicité

Human Rights Watch accuse Israël de "crime d’apartheid"

Par
À Bethlehem, comme sur les autres limites des Territoires palestiniens, des barrières physiques – murs, barbelés, barrages – contraignant ou empêchent les déplacements.
À Bethlehem, comme sur les autres limites des Territoires palestiniens, des barrières physiques – murs, barbelés, barrages – contraignant ou empêchent les déplacements.
© AFP - ARTUR WIDAK / NURPHOTO

Dans un rapport publié ce mardi, Human Rights Watch (HRW) accuse les autorités israéliennes de commettre des crimes d’apartheid et de persécution à l’encontre des Palestiniens vivant dans les Territoires occupés. L’ONG dénonce "la permanence" de ces violations des droits de l’homme.

Le rapport de Human Rights Watch (HRW) publié ce mardi et intitulé "Un seuil franchi : les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution", est un signal d’alarme sur la situation dramatique dans les Territoires palestiniens occupés. Un pavé dans la mare diplomatique jusque-là ronronnante.

Un mot lourd de sens politique et historique

Le terme "apartheid" est lourd de sens politique et historique. Ce n’est pas la première fois qu’il est employé pour qualifier l’occupation israélienne en Palestine. Déjà, en 2006, Jimmy Carter, l’ancien président américain et prix Nobel de la Paix en 1982, avait assimilé les pratiques et politiques israéliennes à de l’apartheid. Un terme choc, emprunté à la situation d’Afrique du Sud, où, jusqu’en 1991, la minorité blanche avait construit un système juridique, politique, économique et social de développement séparé et de ségrégation raciale avec la majorité noire pour maintenir sa domination sur le pays. Visitant Israël et la Palestine occupée, Jimmy Carter avait alors consigné ses notes de voyage et ses réflexions dans un livre intitulé "Palestine : la paix, pas l’apartheid", qui avait fait grand bruit à l’époque.

Publicité

Depuis, en 1993, les accords d’Oslo ont été signés sur la pelouse de la Maison-Blanche entre Yasser Arafat, chef de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), et Yithzak Rabin, Premier ministre israélien, mais ils n’ont jamais été vraiment appliqués. Au fil des années, les colonies juives n’ont cessé de grignoter la Cisjordanie mais aussi la partie orientale de Jérusalem, toujours considérée comme occupée selon le droit international.

Domination, oppression, actes inhumains

La notion d’apartheid est aujourd’hui un terme juridique universel qui se fonde sur plusieurs textes de référence (Convention internationale de 1973 sur l’élimination de l’apartheid et statut de Rome de 1998 de la Cour pénale internationale). En préambule de son rapport, HRW rappelle que l’apartheid se caractérise par trois éléments principaux : une intention de maintenir la domination d’un groupe racial sur un autre, un contexte d’oppression systématique sur le groupe marginalisé et des actes inhumains.

"Sur le terrain, il se manifeste par le deux poids deux mesures en faveur des colons israéliens. Ces derniers, qui vivent dans les Territoires occupés, jouissent de tous les droits de citoyens, ce qui n’est pas le cas de leurs voisins palestiniens", explique Philippe Bolopion, directeur exécutif adjoint de HRW.

Dans ces régions, les colons disposent de leurs propres routes pour circuler. Ils ont accès à toutes les infrastructures de base comme l’eau, l’assainissement et l’électricité alors que les Palestiniens se voient imposer des restrictions arbitraires.

46 min

Pour se déplacer, les Palestiniens sont soumis à toutes sortes de points de contrôle imposés par l’armée israélienne. Résultat : ils doivent faire de longs trajets pour aller à l’école, à l’université, au travail ou cultiver leurs terres qui sont pourtant proches de leurs habitations.

Les Palestiniens, "citoyens de seconde zone"

"Les Palestiniens ne peuvent pas habiter où ils veulent", ajoute Philippe Bolopion. "Leurs terres sont confisquées, leurs oliveraies rasées ou incendiées par les colons, leurs maisons détruites par l’armée israélienne, bref, ce sont des citoyens de seconde zone."

Dans ces conditions discriminatoires, les colonies juives peuvent se développer alors que les villes et les villages palestiniens sont maintenus dans un carcan militaro-administratif qui les empêche de prospérer. Pour justifier ces mesures, les autorités israéliennes invoquent des "raisons de sécurité".

Mais pour Philippe Bolopion, cet arsenal en vigueur depuis cinquante ans est surtout fait pour "assurer la domination d’une part de la population sur une autre partie".

Pourquoi ce rapport est-il publié aujourd’hui, alors que cette politique d’apartheid est ancienne ? "D’abord, à cause justement de la permanence de ce système", poursuit Philippe Bolopion. "Il y a aussi un processus de paix dans l’impasse." 

La proclamation en 2018 de la loi sur "l’État-nation du peuple juif", le fait que le non-retrait des territoires palestiniens semble faire consensus dans la classe politique israélienne. Tous ces facteurs nous ont incités à étudier la situation sous l’angle de sa permanence.

Un appel au sursaut de la communauté internationale

Pour le moment, les autorités israéliennes, qui ont reçu le rapport et ses conclusions, n’ont pas réagi. HRW espère que l’emploi du terme "apartheid" suscitera une prise de conscience de la part de la communauté internationale.

L’ONG, dont le directeur à Jérusalem, Omar Shakir, a été expulsé le 25 novembre 2019 par les autorités israéliennes, appelle les États membres de l’ONU à créer une commission d’enquête sur le sujet et à nommer un envoyé mondial pour les crimes d’apartheid et de persécution.

"Ce que nous espérons, c’est un sursaut de la communauté internationale. Qu'elle décide de faire pression sur les autorités israéliennes afin qu’elles mettent un terme à ce système d’apartheid", conclut Philippe Bolopion.

En tout cas, l’idée centrale du rapport est de montrer qu’une telle situation, qui perdure depuis 1967, n’est plus acceptable en 2021. Ni moralement, ni politiquement.