Publicité

Il aurait pu jouer Roland Garros : le chanteur Cyril Mokaiesh

Par
Le chanteur Cyril Mokaiesh (à gauche), à côté de Richard Gasquet
Le chanteur Cyril Mokaiesh (à gauche), à côté de Richard Gasquet
- Archives Cyril Mokaiesh

SÉRIE - Ils auraient pu être professionnels de tennis et qui sait, jouer un jour le tournoi de Roland Garros. C'est le cas du chanteur Cyril Mokaiesh qui se confie sur sa première carrière.

Dans quelques jours, dimanche 22 mai 2022, débute le tournoi de tennis de Roland Garros. À cette occasion, nous avons rencontré d'anciens joueurs de haut niveau de tennis, qui ont fini par choisir une autre voie. C'est le cas du chanteur Cyril Mokaiesh et du handballeur Luka Karabatic, considérés comme des espoirs du tennis français. Ils avaient entre 12 et 14 ans et l’avenir devant eux. Ils ont persévéré, côtoyant, un peu plus tard, quelques-uns des meilleurs joueurs du monde.

Cyril Mokaiesh a joué au tennis de haut niveau jusqu'à sa majorité.
Cyril Mokaiesh a joué au tennis de haut niveau jusqu'à sa majorité.
- Archives Cyril Mokaiesh

Pour Cyril Mokaiesh, "ça a commencé devant l'immeuble à taper contre le mur et puis après j'ai pris des leçons une fois par semaine, pendant les vacances", se souvient le chanteur. "Lors des premiers tournois que j'ai pu faire, j'avais été détecté par un club, en l'occurrence le Racing Club de France à Paris, et ça a été le début d'une carrière en [catégorie] jeunes. Je me suis arrêté au moment où on passait adultes ou pros." Dans sa chambre d'adolescent, il vit et dort tennis : "Les posters, c'était Agassi que je portais très très haut dans mon cœur et qui était même sur mon plafond au dessus de mon lit. Je m'endormais en le regardant. J'aimais beaucoup Kuerten, Agassi, Safin".

Publicité

"Dans la tribu tennis il y a une espèce de fraternité" : réécoutez l'interview du chanteur Cyril Mokaiesh

13 min

"On choisissait nos lieux de vacances en fonction des tournois de tennis"

Contrairement à beaucoup de joueurs, Cyril Mokaiesh n'a pas suivi une passion familiale. "Mes parents n'étaient pas du tout du sport, mais ils se sont pris au jeu. Et puis, ma maman a sacrifié beaucoup de son temps. J'ai des souvenirs de [trajets en] voiture interminables pour aller aux tournois", se remémore-t-il. "Et puis de grandes joies, parfois de déceptions. La vie tournait autour de ça, que ce soit pendant l'année pour m'emmener à l'entraînement quasiment quotidiennement, ou après, pendant les vacances. On choisissait nos lieux de vacances en fonction des tournois de tennis."

Cyril Mokaiesh sur scène.
Cyril Mokaiesh sur scène.
- Archives CM

Quand il démarre la compétition, il croise la génération prometteuse du tennis français "Il y avait Olivier Renavand, il y avait Victor Lamm, il y avait Gaël Monfils (…) Un beau vivier de joueurs jeunes qui ont été à des niveaux différents", se souvient-il. À quinze ans, il entre à l'INSEP, l'institut national du sport, de l'expertise et de la performance. Il accède aux demi-finales du championnat de France de tennis contre Jo-Wilfried Tsonga.

"Les quatre demi-finalistes étaient sélectionnés pour un championnat d'Europe par équipes qui s'appelait la Copa del Sol", se souvient Cyril Mokaiesh, "une compétition qu'on avait gagnée. Richard Gasquet, qui avait beaucoup d'avance, nous avait rejoint dans l'équipe. Ça nous avait beaucoup aidés. Etant parmi les meilleurs joueurs de Paris, je suis passé parmi les meilleurs joueurs de France et à ce moment là, l'Insep était vraiment le tremplin et la sélection la plus importante pour un jeune pour faire partie de l'élite". Le futur chanteur partage sa chambre à l'INSEP avec Gilles Simon. Mais la musique l'appelle déjà. La guitare n'est jamais loin de sa raquette.

Le chanteur Cyril Mokaiesh, enfant, sur un cours de tennis.
Le chanteur Cyril Mokaiesh, enfant, sur un cours de tennis.
- Archive CM

Pourtant, à 18 ans, il devient champion de France. "Mais je sentais que j'étais juste en dessous", concède-t-il. "L'écart s'est un peu agrandi, au fur et à mesure des années. Quand on avait quatorze, quinze ans, on se tenait. Mais je voyais bien qu'il y avait d'autres choses qui rentrent en ligne de compte. On se forge aussi, on commence à devenir un homme et d'autres choses commençaient à m'attirer. Ça se joue à pas grand chose, mais j'avais moins la flamme."

Progressivement, le futur chanteur se détache du tennis. "Dans l'état d'esprit dans lequel j'étais, je ne pouvais pas aller plus haut, se souvient-il. Je me suis arrêté à 19 ans, j'ai senti que je n'y étais plus tout à fait. Je commençais à partir en tournée avec ma guitare. C'est assez révélateur. Je m'enfermais dans ma chambre avec un dictaphone et je commençais à écrire mes premières chansons. Je n'étais donc plus concerné par ce que je faisais".

"Le tennis aide dans tous les domaines : les valeurs de respect, d'humilité et de travail (…) nous aident à avoir la tête bien faite"

Enfin le déclic, en Suède. Cyril Mokaiesh perd dès le deuxième tour, il lui reste une semaine à attendre avant de rentrer. "Je suis pas sorti de ma chambre. J'ai écrit mes premières chansons avec mon dictaphone et ma guitare. Et là, je me suis dit non, ça ne sert à rien. Je ne peux pas investir de l'argent, de mon temps, faire semblant. J'ai toujours, toujours vécu ce sport en le vivant passionnément, même dans les moments plus difficiles. J'ai été ultra rivé sur mes objectifs et là, je sentais que je m'en éloignais complètement. Je sentais que ça allait être définitif. Ma décision a été assez rapide. De mon titre de champion de France à 18 ans, à mon arrêt, il s'est peut-être passé six mois".

Cyril Mokaiesh (deuxième à droite), avec Jo-Wilfried Tsonga (au centre) et Richard Gasquet (à sa gauche).
Cyril Mokaiesh (deuxième à droite), avec Jo-Wilfried Tsonga (au centre) et Richard Gasquet (à sa gauche).
- Archives CM.

Mais pas question pour autant d'oublier les valeurs du tennis. Elles le suivront toute sa carrière et toute sa vie. "Je pense que le tennis m'aide dans tous les domaines : les valeurs de respect, d'humilité et de travail, estime Cyril Mokaiesh. Je pense que si on mettait Rafael Nadal dans une entreprise demain, il n'aurait pas de problème à s'intégrer. Ce sont des valeurs universelles qui font que, [qu'on soit] chanteur ou infirmier, ça nous aide à avoir la tête bien faite. Préparer un album ou un concert, ce n'est pas à l'opposé de préparer des tournois ou une compétition importante". Cyril Mokaiesh a sorti cinq albums, dont son dernier, Dyade. Le tennis le suit partout, mais sans le hanter.

"Les souvenirs sur l'enfance, un miroir sur le temps qui passe"

À l'heure où la retraite sonne pour Tsonga, Monfils, Simon, Cyril Mokaiesh ne reste pas indifférent. "Ça me fait quelque chose", avoue le chanteur. "Bien sûr que ça me fait quelque chose. Je pense à eux parce que je suis très admiratif de ce qu'ils ont fait. Effectivement, c'est une page qui se tourne pour eux, [pas] pour moi. Mais ils ont fait partie de ma vie. Je les ai encouragés et j'ai vibré devant ma télé. Et puis parfois, je me suis agacé aussi. Quelque part, j'étais un petit peu avec eux. En fait, c'est un miroir. C'est comme si on tombe sur une photo de soi à douze ans, ce sont les souvenirs sur l'enfance, un miroir sur le temps qui passe".