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"Il faut clarifier ça" : dans le monde du cyclisme, les injections d'anesthésiants de Nadal interrogent

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Le tennisman espagnol Rafael Nadal a remporté dimanche un 14e titre à Roland Garros.
Le tennisman espagnol Rafael Nadal a remporté dimanche un 14e titre à Roland Garros.
© Maxppp - Franck Castel

Les infiltrations reçues par Rafael Nadal pour limiter ses douleurs au pied gauche et lui permettre d'aller chercher un 14e titre à Roland-Garros suscitent l'incompréhension du monde du cyclisme qui plaide pour des règles communes à tous les sports.

A quel point peut-on malmener son corps ? Rafael Nadal avait à peine décroché un incroyable quatorzième titre à Roland-Garros qu'il expliquait naturellement, dimanche soir, les souffrances endurées durant les deux semaines du tournoi de tennis parisien et les infiltrations nécessaires pour endormir la douleur que lui fait vivre son pied gauche et parvenir à jouer. Rien de répréhensible en tennis : la pratique est tout à fait légale dans de nombreux sports, comme en football ou dans le rugby par exemple. Mais elle a aussitôt fait réagir le champion cycliste Thibaut Pinot, ironisant sur les "héros d'aujourd'hui" dans un message largement partagé depuis sur les réseaux sociaux.

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"Une zone grise"

Si aucun coureur ne remet en cause le champion qu'est Rafael Nadal, la pratique et surtout le traitement de cette affaire suscite l'incompréhension au sein du peloton du Critérium du Dauphiné. Ainsi, le champion de France Rémi Cavagna s'interroge sur les valeurs que véhiculent le sport et un athlète porté aux nues pour son courage, sa façon d'être parvenu à repousser la souffrance, à l'aide d'injections : "C'est vrai que c'est un peu bizarre de voir ça, parce que l'on sait que dans le vélo, on est vraiment très strict là-dessus du fait de notre histoire, parce que le vélo n'a pas toujours été très propre. Quand on est malade, on ne peut pas partir ! Là, cette situation est spéciale, il faut clarifier tout ça", explique le coureur auvergnat.

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Car si les infiltrations utilisées par l'Espagnol sont autorisées dans le tennis, dans le cyclisme, les injections, même locales et même pour traiter une douleur à un genou ou à une cheville, sont interdites durant les courses. C'est normal, répond-on même au sein du peloton. Mais pourquoi alors ne pas uniformiser les règles pour tous les sports, se demande le coureur de chez Trek-Segafredo Kenny Elissonde. "Nous, c'est clair que dans le cyclisme, on n'a pas le droit de faire ce genre de choses et c'est mieux, c'est la voie à suivre, car quand on commence à entrouvrir la porte à cela, c'est là que les dérives arrivent. Là, c'est une zone grise et ce n'est jamais bon."

Dans le cyclisme, des lignes "très strictes"

"C'est sûr qu'il y a un peu un traitement de deux poids, deux mesures avec certains sports. Dans le cyclisme, certains parmi les générations précédentes ont peut-être un peu abusé, du coup, nous, on est un peu catalogué comme des coureurs dopés, alors qu'aujourd'hui, je pense qu'il n'y a pas beaucoup plus propre que le vélo, en tout cas pour ce que j'ai vu." Et c'est cette distorsion et ces clichés selon les sports qui agacent aussi au sein du peloton. Mais pas question d'aller plus loin dans la polémique.

Pour certains, comme Vincent Lavenu, le manageur de la formation AG2R-Citroën, c'est seulement l'occasion de rappeler tout ce qu'a mis en place le cyclisme sans juger les autres sports. "Le vélo a choisi d'adopter des lignes très strictes qui ont permis au cyclisme de redorer le blason. On a fait en sorte que la santé des coureurs soit la principale chose à respecter", notamment à travers le MPCC. Le Mouvement pour un cyclisme crédible a été lancé en 2007 par Roger Legay, avec une charte très précise, plus stricte que les règles de l'Union cycliste internationale ou de l'AMA, l'agence mondiale antidopage et à laquelle adhèrent aujourd'hui plus de 500 coureurs et neuf des 18 équipes World Tour. Après, conclut Vincent Lavenu, "ce sont aux autorités internationales du sport de réguler tout cela".