Il y a 35 ans, la télé américaine connaissait son piratage le plus mythique, jamais résolu

Publicité

Il y a 35 ans, la télé américaine connaissait son piratage le plus mythique, jamais résolu

Par
Un homme au masque de Mask Headroom a piraté la télévision de Chicago
Un homme au masque de Mask Headroom a piraté la télévision de Chicago
- Capture d'écran

Le 22 novembre 1987, deux chaînes de télévision de Chicago ont vu leurs ondes piratées par un mystérieux message porté par un personnage masqué. Un piratage jamais élucidé trente-cinq ans après et devenu culte : l'affaire Max Headroom

L'affaire est digne d'un épisode d'Affaires Sensibles : nous sommes le 22 novembre 1987. Sur les écrans de la chaîne WGN-TV, diffusée à Chicago, les téléspectateurs regardent un résumé de l'actualité sportive. Tout à coup, le signal s'interrompt. Pendant 25 secondes, on voit alors un étrange personnage muni de lunettes de soleil devant un store de magasin qui tourne. Au bout de ces longues secondes, l'image normale revient et le présentateur alors à l'antenne dit "Si vous vous demandez ce qu'il vient de se passer... Moi aussi".

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Deux heures plus tard, c’est une autre chaîne de Chicago WTTW, qui est piratée. On retrouve le personnage masqué, qui cette fois s’exprime avec une voix déformée, et lance des invectives qui semblent s’adresser à WGN, la première chaîne de télévision piratée deux heures plus tôt : elles ciblent un présentateur de la chaîne, ou une série diffusée sur ce canal.

Publicité

Si la première diffusion avait pu être interrompue par WGN au bout de 25 secondes, WTTW ne dispose d’aucun moyen de secours pour contrer cela, et la séquence dure près d’une minute trente. On y voit le personnage masqué jeter une canette de Coca et terminer fesses à l’air, se faisant fesser par une tapette.

Et puis… c’est tout. Passés ces deux piratages, on ne voit plus de trace de l’homme masqué. Mais l’enquête commence, d’abord dans les locaux des chaînes, les enquêteurs pensant d’abord à la piste du sabotage interne.

Max Headroom, personnage de fiction subversif

Il faut dire que le personnage choisi par le (ou les) pirate(s) n’est pas un inconnu : ce type au visage anguleux, aux lunettes noires et à la chevelure gominée, c’est Max Headroom. Né au Royaume-Uni en 1985, il est présenté comme le premier animateur télé virtuel – son ton décalé et impertinent, brisant souvent le quatrième mur, et devient en 1987 la vedette d’une série télévisée.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Son synopsis : dans un monde dystopique où la télévision contrôle tout (au point qu’il est interdit de l’éteindre), un journaliste rebelle, Edison Carter, est assassiné et transformé en son double virtuel, Max Headroom. Comme le présentateur (virtuel) de télévision britannique, Max Headroom n’hésite pas à remettre en question le système tyrannique dans lequel il évolue.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Au tournant des années 1980, utiliser l’image de Max Headroom (qui entretemps était devenu égérie Coca), c’est donc se poser en héritier de cet esprit de contestation. Les attaques proférées par l’homme au masque de Max Headroom semblent aussi alimenter cette thèse d’une attaque dirigée contre la chaîne de télévision.

Question d'émetteurs

Au bout du compte, les enquêteurs du FBI n’arrivent à rien. Et c’est cela qui fait l’aspect mythique du piratage Max Headroom : 35 ans presque jour pour jour après qu’il s’est produit, la prise de pouvoir sur les ondes de ces deux chaînes reste une affaire non élucidée.

Pourtant, sur le papier, les pistes étaient sérieuses : l’émetteur desservant Chicago étant placé sur une haute tour de la ville, il suffisait de s’intercaler entre les locaux des chaînes de télévision qui envoient le signal et l’émetteur, en se positionnant assez près de l’antenne pour que le signal de l’appareil pirate soit plus fort que celui de la chaîne de télé. Pour passer d’une chaîne à l’autre, les pirates ont donc dû se placer à un point proche des deux trajectoires d’ondes à la fois, probablement identifié par les autorités.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

35 ans après, ni Internet ni le FBI n'a trouvé la solution

L’enquête sur les lieux du "crime" n’a pas non plus donné grand-chose : les enquêteurs planchaient sur un hangar doté d’une porte en métal… Ce qui laisse encore beaucoup de possibilités. Ce que l’on sait en revanche, c’est que pour procéder à un tel piratage (déjà illégal à l’époque), il n’y avait pas besoin de matériel très spécialisé. Du matériel trouvé dans une boutique de radio-télécommunications pouvait suffire – et quelques connaissances techniques, orientant l’enquête vers des anciens salariés de la télévision. Mais là encore, les investigations ne donnent rien et au bout de quelques mois, le FBI finit par abandonner ses recherches.

De cette histoire, il reste donc les images (flippantes) d’un piratage jamais élucidé, un (ou des) coupables jamais identifiés, et surtout un message incompréhensible qui n’a jamais vraiment dévoilé ses secrets ni permis de comprendre le mobile de l’incident. S’il y avait déjà eu des piratages télévisés avant 1987, et qu’il y en a encore eu ensuite, et encore main, celui-ci est l’un des plus cultes pour les raisons évoquées plus haut. Et pas plus que les enquêteurs, Internet n’a réussi à savoir qui pouvaient bien être les auteurs ou autrices de ce canular. Et 35 ans plus tard, Max Headroom fait toujours autant parler de lui : l'été dernier, l'acteur et producteur Elijah Wood a annoncé son souhait de produire de nouveaux épisodes de la série télé de 1987.