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Ils ont été fortement sollicités pendant la Covid : qui sont les salariés de la deuxième ligne ?

Les caissiers et employés de libre-service représentent plus de 552 000 personnes
Les caissiers et employés de libre-service représentent plus de 552 000 personnes
© AFP - Thomas Morel-Fort / Hans Lucas

Ils sont boulangers, ouvriers, caissiers. Moins sollicités que les personnels soignants, ils ont néanmoins joué un rôle essentiel pendant la crise. Le ministère du travail dresse leur profil. Ils sont moins payés et plus précaires que la moyenne des salariés du privé.

Ils ont encouru un risque accru de contamination durant la crise sanitaire en continuant d’apporter à la population les services indispensables à la vie quotidienne : ce sont les "boulangers", "les ouvriers agricoles", "les caissiers" ou "les chauffeurs-livreurs". Dans 44% des cas ce sont des femmes, avec des emplois précaires et des emplois du temps parfois imprévisibles d'un mois sur l'autre. Ce sont ces professionnels dont la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion) a scruté les conditions de travail, ceux qu'elle appelle les "travailleurs de la deuxième ligne".

Ces "travailleurs de la deuxième ligne" sont ceux qui, même s'ils n'étaient pas soignants, ont contribué à faire fonctionner le pays malgré les périodes de confinement. Du boulanger à l'aide à domicile, en passant par les ouvriers du bâtiment, ils ont continué à œuvrer sans pouvoir bénéficier du télétravail. 

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4,6 millions de personnes

Dans son étude, la Dares a ainsi passé au crible une sélection de 17 métiers, soit 4,6 millions d'individus. Ces 17 métiers ont été choisis selon le degré d’exposition potentielle au Covid-19 lors de l'activité professionnelle et le fait d’avoir majoritairement continué à travailler sur site durant le premier confinement (de mars à mai 2020). La Dares a rassemblé des données disponibles, avant ou pendant l'année qui vient de s'écouler, et son rapport donne une photo de l'ensemble de ces travailleurs et des conditions d'exercice de leurs professions. 

Les plus nombreux sont les conducteurs de véhicule, les agents d’entretien et les caissiers et employés de libre-service ; viennent ensuite les ouvriers du bâtiment, les aides à domicile et aides ménagères, les métiers du commerce alimentaire (bouchers, boulangers...) ainsi que les agriculteurs.

CDD, intérim et temps partiel

Les salariés de la deuxième ligne sont deux fois plus souvent en CDD ou intérim, avec de faibles durées de travail hebdomadaires, perçoivent des salaires 30 % inférieurs (par rapport à la moyenne), connaissent plus souvent le chômage et ont peu d’opportunités de carrière. Ils travaillent dans des conditions difficiles, encourent plus de risques professionnels et subissent plus d’accidents. Ils ne sont toutefois pas plus insatisfaits que les autres salariés du privé et ont par ailleurs un fort sentiment d’utilité de leur travail.

Moins payés, moins de perspectives de carrière, plus de risques de chômage, et des mobilités plus fréquentes mais pas récompensées pour autant, les salariés de la deuxième ligne sont considérés comme des travailleurs de seconde zone, sous-estimés donc. 

Ces conditions plus difficiles se traduisent notamment dans les relevés du nombre d'accidents du travail. En 2019, ils ont déclaré deux fois plus souvent avoir eu un ou plusieurs accidents au cours de leur travail lors des 12 derniers mois (20 %, contre 11 % des salariés du privé). L’accidentologie déclarée est particulièrement élevée dans les métiers du bâtiment, de l’agriculture et de la manutention. Les contraintes physiques sont particulièrement élevées : 61 % des salariés de deuxième ligne sont exposés à au moins trois d’entre elles, contre 36 % pour l’ensemble des salariés du privé. Il en va de même de l’exposition à des fumées, poussières ou produits dangereux (65 % contre 43 %), notamment pour les ouvriers du bâtiment (80 % ou plus).

Ils ne feront pas ça toute leur vie

Le risque infectieux (mesuré avant la crise sanitaire) est par définition assez présent dans le quotidien des travailleurs de la deuxième ligne et encore plus marqué pour les aides à domicile et les aides ménagères ou les agents d’entretien, mais se situe également à un niveau élevé pour les ouvriers qualifiés des travaux publics, du béton et de l’extraction. 

Ces conditions de travail rendent difficiles la poursuite d’une activité prolongée dans ces métiers. Les salariés concernés sont ainsi moins nombreux que les salariés du privé à s’estimer capables de poursuivre le même travail jusqu’à la retraite (50 %, contre 56 %). Ce doute est exprimé au premier chef par les ouvriers non qualifiés des industries agroalimentaires, les caissiers et employés de libre-service, les aides à domicile et aides ménagères. Mais il concerne aussi d’autres métiers : les vendeurs de produits alimentaires et les travailleurs du bâtiment (à l’exception des ouvriers non qualifiés du second œuvre).

Le sentiment d’utilité sociale est très hétérogène au sein des métiers de la deuxième ligne. Selon la Dares, il est particulièrement élevé pour les aides à domicile et aides ménagères (91%), et supérieur à la moyenne des salariés du privé pour les maraîchers, jardiniers, les ouvriers du bâtiment sauf travaux publics, béton et extraction, les conducteurs de véhicule, les bouchers charcutiers boulangers et les agents d’entretien. Ces salariés sont peut-être mal payés et sous-estimés, mais la crise sanitaire aura montré à quel point leur présence est essentielle.