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Incendie dans le Var : quelle est l'ampleur du désastre écologique dans la réserve naturelle ?

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Les deux tiers de la réserve naturelle de la plaine des Maures ont déjà brûlé, un "désastre écologique annoncé".
Les deux tiers de la réserve naturelle de la plaine des Maures ont déjà brûlé, un "désastre écologique annoncé".
© AFP - NICOLAS TUCAT / AFP

Les pompiers tentent toujours de fixer l'incendie dans l'arrière-pays de Saint-Tropez (Var). Le plus gros feu de l'été en France, qui a démarré lundi 16 août, a déjà parcouru plus de 8 000 hectares. Au drame humain – deux morts sont à déplorer – s'ajoute une catastrophe écologique dans la plaine des Maures.

Les soldats du feu luttent toujours contre l'incendie qui ravage le sud du Var. Attisé par les vents, il a calciné une grande partie du massif des Maures, entre Gonfaron et Cogolin, endroit exact où se trouve la réserve naturelle de la plaine des Maures. L'impact sur l'environnement est énorme. "La réserve naturelle a été dévastée à moitié". Le constat de Concha Agéro, directrice interrégionale adjointe de l'Office français de la biodiversité, est glaçant. Sur place : plus d'oiseaux ni d'insectes et une terre brulée, les flammes ont laissé place à la désolation. Derrière ces paysages, désormais lunaires, se cache une catastrophe écologique.

Quelles espèces se trouvent dans la réserve ?

Créée en 2009, la plaine des Maures est la première réserve naturelle du département du Var et s'étend sur plus de 5 200 hectares. "Un joyau de la biodiversité en France", souligne Marie-Claude Serra conservatrice du site. À l'origine de cette réserve : la tortue d'Hermann. "Le massif des Maures est l'un des rares noyau où vit cette population de tortues, avec la Corse. Cette espèce est menacée et protégée au niveau mondial. Il fallait préserver son habitat, la réserve a été fondée autour de cette tortue", explique Conga Agero, directrice adjointe de l'Office Français de la Biodiversité. Le conservatoire estime à 15 000 les individus dans le massif des Maures, mais difficile de comptabiliser le nombre réel de tortues. "C'est une espèce très discrète… Malheureusement, nous allons pouvoir le faire dans les semaines à venir : en comptant les cadavres". 

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La richesse de cet espace ne s'arrête pas là. "La tortue d'Hermann est notre symbole, mais au total plus de 240 espèces protégées, au niveau régional et national, se trouvent dans la plaine des Maures. Il y a également la Cistude d'Europe, présente dans les cours d'eau. Nous avons aussi beaucoup d'oiseaux, une centaine d'espèces différentes environ (pie-grièche, bruant ortolan, rapaces…)", ajoute la directrice adjointe de l'OFB. Autre emblème de cette faune préservée : les lézards ocellés. Cet iguane vert fluo, le plus grand d'Europe, peut atteindre 80 cm de longueur. Il est inscrit sur la liste rouge des espèces menacées. Tous ces animaux sont aujourd'hui en danger.  

Quelle est l'étendue des dégâts ?

Impossible de quantifier les dégâts pour le moment. "Les deux tiers de la réserve ont, ou sont en train, de brûler. Nous sommes démunis, on ne peut rien faire. Les pompiers passent devant nous, noir de suie. Ils font un travail colossal mais le feu avance… La seule certitude que nous avons, c'est qu'il s'agit d'une catastrophe écologique annoncée. Des années de travail et de préservation de l'environnement qui partent en fumée", confie Marie-Claude Serra. "Le feu a été très rapide, pour preuve : des espèces pourtant mobiles, comme les chevreuils et les sangliers, ont été prises au piège", ajoute-t-elle, redoutant donc des pertes considérables parmi les espèces plus fragiles. "Je pense notamment au lézard ocellé, qui était déjà en déclin. Il y avait également de nombreuses colonies de chauves-souris forestières, avec de jeunes individus… On espère qu'elles ont pu se mettre à l'abri". 

Seul espoir : les îlots de végétation qui se sont formés "grâce" aux sauts de feu. Avec l'accord des pompiers, les équipes du conservatoire ont pu commencer à inspecter les secteurs calcinés. Parmi les cendres, des carcasses de tortues d'Hermann ont déjà été retrouvées. "Elles sont mortes en essayant d'échapper à l'incendie. Elles ont essayé de se réfugier vers des cours d'eau, mais comme ils sont à sec, elles n'ont malheureusement pas pu survivre. Sachant que la réserve a été crée pour préserver cette espèce en voie d'extinction… c'est une catastrophe", déplore Marie-Claude Serra. Ses équipes tentent de sauver les individus qui ont pu survivre. "Il faut les réhydrater d'urgence et si jamais elles sont blessées, brûlées, les transporter vers le village des tortues à Carnoules pour essayer de les sauver", détaille la conservatrice.

Quel impact sur la flore ?

La flore n'a pas été épargnée. "Les flammes s'attaquent désormais à la pinède. Ces paysages exceptionnels, si beaux, qu'on appelle la savane provençale, on ne les reverra plus de si tôt. Ils sont en train de partir en fumée sous nos yeux", nous annonce Conga Agero depuis le centre de commandement des pompiers. La réserve naturelle comprenait également des habitats fragiles comme des cours d'eau ou des mares, formant des écosystèmes rares. "Des humus et lichens, parfois centenaires, des orchidées emblématiques de la région… Tout cela a disparu". 

Quels impacts pour l'environnement et l'avenir de la réserve ?

"Il faut bien comprendre une chose : lorsque l'on crée une réserve naturelle, ça indique qu'il y a de forts enjeux environnementaux et que l'urgence existe déjà. Si cette réserve disparaît, c'est une catastrophe", explique, amère, la conservatrice du site. Autre précision : la complexité de cet espace va être très difficile à reconstituer. "Il était composé d'une mosaïque de paysages et d'écosystèmes très différents et uniques. Enlever une brique, c'est prendre le risque que la maison s'écroule. Elle est en train de s'écrouler", ajoute, avec colère et frustration, Marie-Claude Serra. 

Les conséquences se ressentiront sur tout le secteur. "Le massif des Maures, en dehors de la réserve, brûle aussi. Or la forêt jouait un rôle régulateur avec la plaine, où les températures frôlent les 40° degrés l'été. Sans cette régulation, naturelle, les températures vont augmenter", détaille la conservatrice. 

Du côté de l'Office Français de la Biodiversité, on estime qu'il faudra au moins dix ans avant de revoir la nature reprendre ses droits. "C'est une estimation très optimiste. Par exemple pour les grands pins parasols, il faudra compter au moins trente ans avant d'espérer les revoir… Et cela, seulement, si aucun feu ne repasse", alerte Conga Agero. La récurrence des feux ne laisse plus le temps nécessaire à la terre pour se régénérer. Un très long travail s'annonce pour les équipes du conservatoire. "Il va falloir procéder à des analyses scientifiques, faire des prélèvements des sols. Parfois, la nature peut accepter un coup de pouce en réintroduisant certains éléments… parfois il faut malheureusement patienter. Mais on y pense déjà. On ne peut rien faire actuellement contre le feu, alors il faut être dans l'action et penser à l'après", conclut Marie-Claude Serra. 

Dans le passé, le massif des Maures a déjà été touché par d'importants incendies : en 1976, 1989 et 2003, où 20 000 hectares avait été ravagés par les flammes.