Publicité

Inquiet pour l'indépendance du "gendarme de la finance", un de ses membres démissionne

Par
L'AMF a été créée en 2003
L'AMF a été créée en 2003
© Maxppp - OLIVIER BOITET

L'Autorité des marchés financiers a nommé à sa tête l'ancienne directrice générale de la Fédération bancaire française. Un paradoxe que dénonce Thierry Philipponnat, l'un de ses membres, en démissionnant.

C'est une démission fracassante, au sein d'une institution financière peu habituée aux coups d'éclat : Thierry Philipponnat, membre du Collège de l'Autorité des marchés financiers (AMF), claque la porte. Il proteste ainsi contre la nomination, à la présidence du "gendarme" du secteur financier, de Marie-Anne Barbat-Layani. Elle a précédemment occupé les postes de secrétaire générale de Bercy, et auparavant de directrice générale de la Fédération bancaire française, de 2014 à 2019.

"La capture des régulateurs est un phénomène insidieux"

Un parcours professionnel et un mélange des genres intolérables aux yeux de Thierry Philipponnat. Il se justifie, notamment sur Linkedin : "Les conditions ne sont plus aujourd’hui réunies pour que l’Autorité des Marchés Financiers fonctionne effectivement comme une Autorité Administrative Indépendante. [...] De façon importante, cette question dépasse de loin la gestion des conflits d’intérêts tels qu’ils sont définis par la loi : la capture des régulateurs est un phénomène insidieux. J’ai tiré les conclusions qui s’imposent de cette conviction et j’ai remis ce jour ma démission", écrit-il ce mercredi.

Publicité

L'AMF a pour mission de veiller au respect des lois, à la protection des épargnants, et à la régulation financière. Elle est amenée "à réglementer, autoriser, surveiller et, lorsque c’est nécessaire, à contrôler, enquêter et sanctionner", explique l'AMF sur son site. Contacté par France Inter, Thierry Philipponnat estime que la présence de Marie-Anne Barbat-Layani remet en cause l'intégrité de l'autorité dans ses missions : "Qui peut croire que la personne qui, hier, représentait les intérêts de la Fédération bancaire française va, demain, établir le rapport de force nécessaire avec les entités supervisées ?" Il ajoute : "La FBF, comme les autres lobbies financiers et c'est normal, fait du lobbying, on pourrait presque dire exerce une pression, vis à vis des régulateurs, dont l'AMF."

Marie-Anne Barbat-Layani est aussi passée par Bercy, ce qui pose selon Thierry Philipponnat un problème d'indépendance politique. Ce n'est pas une question de personne, insiste-t-il, mais bien une question de principe.

Ce principe d'indépendance "est fondamental", dit-il. "Quand bien même la réalité serait celle d'une neutralité, il n'empêche que la perception sera là : 'Suis-je bien sûr que cette personne a pris les décisions en toute indépendance ?'", poursuit l'économiste. Considérant la démission de Thierry Philipponnat comme une décision personnelle, l'AMF, de son côté, ne souhaite faire aucun commentaire.