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INSECTES - Quand l'abeille noire donne la voie vers une apiculture plus naturelle

Les vertus de l'abeille noire pour un élevage plus adapté aux conditions naturelles
Les vertus de l'abeille noire pour un élevage plus adapté aux conditions naturelles
© AFP - WOLFGANG KUMM / DPA PICTURE-ALLIANCE

Elles font figure d'exception d'où la conservation d'un système de reproduction plus sauvage et naturel. Les abeilles noires ont su développer des moyens de résistance, d'autonomie, d'adaptation formidables qui permettraient d'allier méthodes apicoles conventionnelles et des usages plus traditionnels sinon biologiques.

Lorsqu'on parle d'abeilles, au sens large on sous-entend la superfamille des apoïdes qui comporte environ 10 000 espèces à l'échelle mondiale et environ 1000 espèces en France. Parmi elles, une espèce bien singulière, l'abeille noire, présente des qualités remarquables à un moment où, pourtant, la filière apicole constate un effondrement alarmant des insectes pollinisateurs. 

Le caractère plus sauvage des abeilles noires, comparé à ses autres congénères, leur a permis de développer des moyens de résistance et d'adaptation formidables qui doivent interroger les méthodes apicoles conventionnelles actuelles. C'est le travail qu'ont mené dans les Cévennes l'apiculteur Yves Elie et le généticien et évolutionniste Lionel Garnery, invités dans Grand Bien vous Fasse.

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Après avoir présenté les caractères naturels exceptionnels de l'abeille noire, ils expliquent combien il est plus que jamais essentiel "de penser des modes d'apiculture adaptés sur la biologie naturelle de ces abeilles noires, dans le but d'œuvrer pour la transition écologique, et protéger à plus forte raison tous les pollinisateurs sauvages".

Des abeilles qui ont beaucoup à nous apprendre

Lionel Garnery : "C'est la seule abeille mellifère, endémique, sauvage et naturelle en France comme en Europe. Cette abeille si particulière a été façonnée par le froid polaire et a nourri en miel des générations d'Européens. C'est l'une des plus anciennes abeilles sur notre territoire, et une des premières qui a colonisé son aire de répartition. C'est l'abeille originelle. 

Elle est unique en raison de son adaptation au milieu, et présente une diversité remarquable puisqu'on observe entre 26 et 29 races géographiques et que chacune est adaptée à un écosystème différent. Elle est adaptée au climat tempéré froid et à la flore ouest-européenne, aux conditions rudes de façon générale car douée de la capacité à capter le rayonnement du soleil pour se réchauffer dans les climats froids. Cette couleur noire traduit, en premier lieu, son caractère adaptatif". 

Yves Elie : "Elle est notre abeille tutélaire et représente plus que jamais cette voie d'alliance privilégiée que l'homme moderne devrait entretenir naturellement avec le monde des pollinisateurs en général". 

Leurs pratiques naturelles sont chargées d'histoire et nous invitent à revisiter un lien naturel perdu avec l'animal en général.

Allier apiculture conventionnelle avec apiculture traditionnelle

Si l'on ne peut pas se passer aujourd'hui des méthodes apicoles actuelles, il reste toutefois à inventer, pour le bien de l'abeille, une troisième voie qui conjuguerait celles-ci à un élevage naturel (telles que le font les abeilles noires). Nous pouvons retrouver une cohérence de vie avec les abeilles, affirment-ils, tout en respectant leur propre bien-être aussi bien que le nôtre.

  • Travailleuses acharnées, il ne faut pas trop les "surménager" non plus

Les deux spécialistes rappellent qu'il est important de les préserver et d'éviter de trop les faire travailler, même si leurs sens leur dictent paradoxalement de se mettre constamment au travail, il ne faudrait pas en user davantage. Comme pour les abeilles noires, il faut leur laisser leur propre marge de manœuvre naturelle : 

Yves Elie : "L'abeille est un animal pathologiquement addict au travail. Elle est en état de manque permanent et c'est lié à l'origine de son espèce. Elle est perpétuellement en quête de collecte de provisions, d'un besoin de produire du miel. Le paradoxe c'est qu'on peut très facilement la manipuler pour qu'elle puisse travailler au-delà des limites qui voudraient qu'on respecte sa propre santé. 

Mais ces colonies ont une durée d'existence fluctuante qui dépend de la durée de vie de la reine, qui varie selon le stress de travail auquel elle est confrontée. Pondre des dizaines voire même des centaines de milliers de larves d'abeilles, c'est un travail gigantesque. Si on lui demande de faire 3 journées en 24 heures, ça va nuire à sa santé". 

Aujourd'hui, on n'est pas loin des 18 heures. C'est beaucoup trop.

  • Ralentir avec le nourrissage artificiel

Là encore, comme les abeilles noires, laissons-les butiner ce dont elles ont simplement besoin.

Yves Elie souligne que ce nourrissage non naturel "contribue surtout à l'affaiblissement des colonies d'abeilles et tend à les rendre plus sensibles aux maladies car on réduit leurs capacités de défense immunitaire". 

  • Renouer avec l'élevage plus naturel des ruches-tronc

Cette apiculture traditionnelle que mènent, dans les Cévennes, les deux hommes, s'est concrétisée par la conservation des modes d'élevage traditionnels des abeilles noires via un système que l'on appelle "les ruches-tronc".

C'est, précisent-ils, "un ensemble architectural bâti autour de l'élevage biologique des abeilles noires, qui revêt un caractère géo-bioclimatique dédié au bien-être de l'abeille en général.  

Cette culture agro-culturelle contient une foule d'enseignements à appliquer de manière adaptée aux conditions qui sont, bien sûr, celles de notre environnement actuel. Ces principes d'élevage biologique ont du être adaptés au matériel moderne qui consiste majoritairement en des "ruches à cadres". 

Un apiculteur surveillant un cadre de ruche
Un apiculteur surveillant un cadre de ruche
© AFP - VIARD M / HorizonFeatures / Leemage

Une méthode plus naturelle qui vise à préserver :

La sédentarité des colonies sans intervention sur leur reproduction, leur liberté de se reproduire et de travailler quand elles en ressentent le besoin.

Il faut simplement accepter de moins produire et reconsidérer notre rapport avec les pollinisateurs, qui est loin d'être celui entretenu avec des animaux d'autres familles : 

"Rappelons que la moyenne des pertes des colonies d'abeilles se situe bien souvent au-delà de 30 %. Un problème qui reste relativement et majoritairement abstrait".

54 min

Aller plus loin

🎧  RÉÉCOUTER - La Terre au Carré : L'abeille noire des Cévennes

📖 LIRE - Yves Élie (postface Lionel Garnery) : La Vallée de l'Abeille Noire (Éditions Actes-Sud)

🎧  PODCAST - Bestioles : Pour écouter tous les épisodes de cette série, mettez ce podcast en favori sur l’application Radio France, disponible sur iOS et Android, ou via le fil RSS et Itunes.