Publicité

Internet pour tous ? Au-delà de 75 ans, c'est souvent la fracture numérique

Par
Couple âgé en téléconsultation avec un médecin
Couple âgé en téléconsultation avec un médecin
© Getty - .

La crise de la Covid-19, si elle a boosté l'activité numérique pour le travail et les divertissements, a aussi révélé l'importance de la fracture entre ceux qui sont connectés et ceux qui ne le sont pas ou ne connaissent pas assez bien les usages d'internet pour les démarches indispensables et essentielles.

On trouve des chiffres globalement rassurant sur l'usage d'Internet quand on cherche des statistiques, et on apprend par exemple que 89% de la population française est aujourd’hui connectée à Internet selon les dernières études marketing. Mais on apprend aussi assez vite au détour de multiples études que par exemple en 2019, 15% de la population n'avait pas utilisé Internet au cours de l’année. On envierait presque ces évadés de la connexion si l'on ne savait pas à quel point toute vie sociale ou citoyenne est aujourd'hui quasi obligatoirement inscrite sur la toile. 

Plus précisément pour l'Insee, près de 17% de la population française est concernée par une véritable fracture numérique. Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques, une personne sur six n’utilise pas Internet, et plus d’un usager sur trois manque de compétences numériques de base. C'est-à-dire que même avec un accès internet, et même équipé d'une tablette ou d'un ordinateur, tout le monde ne connait pas le langage et les codes de la communication numérique. Pour l'Insee toujours, une personne sur quatre ne sait pas s’informer et une sur cinq est incapable de communiquer via Internet. Les personnes les plus âgées, les moins diplômées, aux revenus modestes, celles vivant seules ou en couple sans enfant ou encore résidant dans les DOM sont les plus touchées par le défaut d’équipement comme par le manque de compétences.

Publicité

Pour être plus précis, une personne de plus de 75 ans sur deux n'a pas d'accès à Internet depuis son domicile, alors que seuls 2% des 15-29 ans ne sont pas équipés. C'est également le cas d'un tiers des personnes peu ou pas diplômées, et de 16% des ménages les plus modestes. En tant de crise, plus encore que d'habitude, ces manques sont devenus des handicaps. 

Pas d'internet, donc pas de mail, donc pas d'inscription

La société Bluelinea, dont l'objet est l'accompagnement des ainés, a réalisé auprès des personnes âgées, 250 heures d’entretien et sondé plus de 1600 personnes de plus de 70 ans. Sans surprise, elle a constaté que les retraités en général sont plutôt bien équipés et assez habiles, ce qui laisse augurer de bonnes compétences pour l'avenir, mais au-delà de 80 ans, les choses deviennent plus complexes.

Pour son président Laurent Levasseur, "si le téléphone reste l’outil de communication privilégié des plus de 70 ans, le confinement les a obligés à utiliser de nouveaux moyens. Mais il reste une fracture numérique selon l’âge et le milieu de vie".  

"D'après nos entretiens, c'est à peine 29% des plus de 70 ans qui sont équipés d'une connexion internet", dit Laurent  Levasseur, "et si elles n'ont pas ça, elles n'ont donc pas d'adresse e-mail, et donc aucune chance d'être inscrites sur bien des sites administratifs par exemple". 

Pas d’adresse mail, pas d’inscription sur les sites Internet comme Doctolib par exemple, si utiles en ces temps de crise pandémique.  

38% des usagers ne savent pas chercher sur Internet

Une autre question se pose, c'est celle de la compétence numérique. La crise a également révélé à quel point il était utile d'assister les personnes âgées, ou éloignées d'internet, pour faire leurs démarches. 

"En supposant que vous soyez équipés, il ne suffit pas de posséder une tablette ou un smartphone pour maîtriser les fondamentaux du numérique", souligne Laurent Levasseur. 

Ainsi, selon l’Insee cette fois, 38% des usagers apparaissent manquer d'une compétence numérique dans au moins un de ces domaines : la recherche d'information, la communication, l'utilisation de logiciels et la résolution de problèmes. 2% ne savent pas utiliser un ordinateur, même s'ils ont l'équipement nécessaire. 

Cela étant, les personnes très âgées sont en Ephad et prises en charge, ou alors elles ont au moins le téléphone. Le téléphone est le fil de la survie pour beaucoup, en période difficile. Mais même avec cela, pour avoir rendez-vous dans un centre de vaccination par exemple, il ne suffit pas de donner une convocation. "La personne a besoin de s'organiser, de vérifier qui pourra la conduire et comment. Une somme de complications en chaine que seuls les humains savent résoudre, et en prenant du temps", conclut Laurent Levasseur. 

Le numérique, ça fonctionne mieux quand il y a des humains derrière en somme.