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Israël-Palestine : pourquoi le Hezbollah libanais devrait rester en retrait

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Des militants du Hezbollah manifestent au Liban à l'occasion de la Journée Al-Quds, instaurée en 1979 par l'ayatollah Khomeiny pour protester contre le contrôle de lÉtat hébreu sur Jérusalem.
Des militants du Hezbollah manifestent au Liban à l'occasion de la Journée Al-Quds, instaurée en 1979 par l'ayatollah Khomeiny pour protester contre le contrôle de lÉtat hébreu sur Jérusalem.
© AFP - Ali Dia

Mieux armé, mieux entraîné, mieux financé que les groupes palestiniens de Gaza, l’organisation politico-militaire a déjà été en guerre directe avec Israël en 2006. Fer de lance de "l’Axe de la résistance" et championne de la cause palestinienne, elle devrait néanmoins éviter de s’impliquer dans l’escalade actuelle.

Selon la CIA, l’arsenal du Hezbollah, l’organisation politico-militaire libanaise, se compose d’environ 150 000 engins balistiques, dont plusieurs milliers de missiles iraniens de précision Fateh-110 capables d'atteindre tout le territoire israélien, une dizaine de missiles Scud, des roquettes de fabrication locale, des armes anti-char, des drones, de l’artillerie ou encore des systèmes anti-aériens.

Quant à ses combattants, "ils sont près de 45 000, avec un noyau dur de 15 000 hommes, bien équipés et bien entraînés, notamment en Syrie aux côtés du régime Al-Assad ces dernières années, et 30 000 réservistes, mobilisables rapidement", résume une source du renseignement français.

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Elle rappelle aussi les infrastructures clandestines : vaste réseaux de bunker, de tunnels et de pas de tirs au Sud-Liban, face à la frontière avec Israël ; caches d’armes, hôpitaux et centre de commandement dans la banlieue sud de Beyrouth ; bases arrières dans la vallée de Bekka, frontalière de la Syrie. 

Autrement plus puissant que les groupes palestiniens de Gaza ou les factions palestiniennes des camps de réfugiés du Liban, le Hezbollah libanais peut changer la donne s’il entre dans la confrontation, en ouvrant un nouveau front vers le Liban et en donnant une dimension régionale au conflit.

C’est un scénario redouté par Israël. Certes, l’État hébreu connaît parfaitement cet ennemi, affronté pendant un mois à l’été 2006, espionné 24 heures sur 24 et visé régulièrement par des opérations clandestines ou médiatisées, au Liban ou en Syrie. Mais se battre contre lui impliquerait, pour Israël, de s’engager dans une guerre plus délicate et plus coûteuse, avec bombardements du territoire libanais et probable invasion terrestre du sud du Liban, comme en 2006. 

Prudente retenue

En face, côté Hezbollah, si le scénario peut séduire les plus fanatisés, il parait très risqué pour ses dirigeants. D’abord depuis la guerre contre Israël en 2006, qu’il estime avoir gagnée, le Hezbollah cherche en réalité à éviter toute escalade, en dépit de la rhétorique, des menaces, des escarmouches à la frontière comme ce week-end (un militant tué en pénétrant en territoire israélien) et en dépit même des frappes israéliennes qui le visent directement en Syrie.

Ensuite, comme tous les partis du système politique libanais, avec l’effondrement économique du pays, il n’échappe pas à l’érosion de sa base et aux critiques de nombreux Libanais, qui n’accepteront pas de voir leur pays entraîné dans une nouvelle guerre aux antipodes des priorités nationales.

Enfin, même s’il se dit 100 % libanais, le Hezbollah ne peut pas se lancer dans une telle aventure sans le feu vert de son parrain iranien, dont la priorité, pour l’instant, est le succès des négociations sur le nucléaire avec les États-Unis et la levée des sanctions ; pas une confrontation avec le premier allié de Washington dans la région, Israël, via le Hezbollah.