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Italie : cinq questions sur Giorgia Meloni, dont le parti d'extrême droite est arrivé en tête aux législatives

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Le chef du parti d'extrême droite italien Fratelli d'Italia, Giorgia Meloni, prononce un discours sur la Piazza Dante à Caserta, dans le sud du pays.
Le chef du parti d'extrême droite italien Fratelli d'Italia, Giorgia Meloni, prononce un discours sur la Piazza Dante à Caserta, dans le sud du pays.
© AFP - Eliano Imperato

Avec plus d'un quart des voix aux législatives de dimanche, le parti post-fasciste Fratelli d'Italia devient le premier parti du pays. À sa tête : Giorgia Meloni, une Romaine de 45 ans qui a su dédiaboliser sa formation pour arriver au pouvoir.

Elle pourrait devenir la première femme à diriger l'Italie, et du même coup la première cheffe de gouvernement d'un des pays fondateurs de l'UE issue d'un parti post-fasciste. Giorgia Meloni, 45 ans, a vu dimanche son parti, Fratelli d'Italia (FDI) rafler plus de 26% des suffrages aux élections législatives italiennes anticipées. Avec ses alliés Matteo Salvini de la Ligue (anti-immigration) et Silvio Berlusconi de Forza Italia (droite), elle va tenter dans les prochains jours de former un gouvernement. Voici ce qu'il faut savoir sur cette ex-admiratrice de Mussolini qui a conquis l'Italie.

Quel est le parcours politique de Giorgia Meloni ?

Elle s’engage dès l’âge de 15 ans au "Fronte della Gioventu", le mouvement de la jeunesse du Mouvement social italien, un parti créé en 1946 après la dissolution du Parti national fasciste de Benito Mussolini. Elle prend la direction du Mouvement à 27 ans. Deux ans plus tard, elle est élue député. À 31 ans, elle devient la plus jeune ministre de l'histoire de la République sous Silvio Berlusconi, elle a donc alors rejoint ce que l’on appelle le centre-droit en Italie. À 35 ans, elle crée son propre parti "Fratelli d’Italia" qui se rapproche alors des idées de feu le Mouvement social italien auquel avait succédé Alliance nationale qui lui aussi disparait après s’être rapproché du centre-droit. Il y a deux ans, elle prend la direction à Bruxelles du Parti des Conservateurs et Réformistes européens. Giorgia Meloni est une frondeuse qui est restée cohérente avec ses idées.

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Giorgia Meloni est-elle fasciste et d’extrême-droite ?

L’extrême-droite en Italie est considérée comme antiparlementaire. Elle n’existe donc pas pour les partis représentés à la Chambre des députés et au Sénat. Mais ailleurs en Europe notamment, le parti de Giorgia Meloni est qualifié d’extrême-droite. En Italie, "Fratelli d’Italia" est considéré comme un parti de droite identitaire et conservatrice. Giorgia Meloni estimait à 19 ans que Mussolini était un bon politicien. Selon ses défenseurs, à l’époque elle se faisait plutôt l’écho des pensées de son mentor Gianfranco Fini, le président du MSI qui estimait lui que "Mussolini a été le plus grand homme d’État du siècle". La droite italienne a encore aujourd’hui gardé son caractère très hiérarchisé, la parole du chef ne se contredit pas.

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Aujourd'hui, Giorgia Meloni condamne publiquement le fascisme, l'agression contre la démocratie et les lois infâmes contre les juifs. Elle le dit sans ambiguïté. Née en 1977, plus de 30 ans après la fin du fascisme, elle ne s’y est jamais intéressé du point de vue idéologique expliquent ses proches. Mais dans son propre parti, les nostalgiques ont encore leur place même si Giorgia Meloni ne cesse de répéter le contraire. Des militants, des élus sont proches notamment du mouvement "Casa pound" aux références idéologiques fascistes.

Aujourd'hui encore, les questions posées sur cet héritage fasciste dérangent et ne sont quelquefois pas autorisés dans les meetings de "Fratelli d’Italia". Giorgia Meloni elle-même a choisi de garder comme logo de son parti la flamme tricolore, symbole controversé hérité du passé fasciste, que certains de ses soutiens lui demandent pourtant d'abandonner.

Quelles valeurs défend Giorgia Meloni ?

Elle est profondément conservatrice, selon son entourage. Sa devise est parfaitement limpide : Dieu, patrie, famille. Giorgia Meloni défend la famille traditionnelle avec un père et une mère, elle qui a été élevée par sa seule mère, son père ayant quitté le foyer très tôt. Elle ne remet pas en cause la loi sur les unions civiles mais s'oppose à l'adoption par des parents homosexuels car "un enfant a le droit d’avoir un père et une mère". Elle réclame par ailleurs la pleine application de la loi sur l'avortement, en mettant l'accent sur le droit de ne pas avorter. Dans les régions où son parti gouverne, l’accès à l’avortement est d'ailleurs devenu plus compliqué.

Giorgia Meloni est chrétienne mais ne l’affiche pas de manière ostentatoire comme Matteo Salvini et défend l’État laïc. Enrico Letta du Parti démocrate, son principal adversaire, estime que "la devise de Giorgia Meloni en trois mots se résume en un seul : patriarcat". S’il reconnaît que Giorgia Meloni est la seule dirigeante d’un parti politique en Italie, il ajoute que "féminin ne veut pas dire féministe".

Devant des militants du parti d’extrême-droite espagnol Vox en juin 2022, Giorgia Meloni défendait - en criant - ses valeurs : "Oui à la famille naturelle, non aux lobbies LGBT ! Oui à l'identité sexuelle, non à l'idéologie du genre ! Oui à la culture de la vie, non à celle de la mort ! Oui aux valeurs universelles chrétiennes, non à la violence islamiste ! Oui aux frontières sûres, non à l’immigration massive ! Oui au travail honnête, non à la grande finance internationale ! Oui à la souveraineté du peuple, non à la bureaucratie de Bruxelles !"

Quid de la place de l’Italie dans l’Europe, désormais ?

Contrairement à la dernière campagne pour les élections législatives en 2018, aucun parti ne souhaite quitter l’Union européenne. Giorgia Meloni non plus. Atlantiste convaincue, elle n’est pas une européenne convaincue, en tous cas pas par l’Europe actuelle. Elle veut donner davantage de poids aux pays de l'est - elle est amie avec Viktor Orban - et du sud - elle est proche du parti d’extrême-droite espagnol Vox -, elle veut rééquilibrer les forces par rapport à l'axe franco-allemand et défendre les intérêts de l'Italie. Elle a tenté de rassurer les chancelleries européennes cet été en s’exprimant dans une vidéo en français, en anglais et en espagnol.

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Les milieux économiques ne sont pas inquiétés par la percée de Giorgia Meloni. Son entourage fait savoir qu’elle traite déjà avec Mario Draghi des dossiers chauds qui concernent l’Italie. Elle a d’ailleurs beaucoup d’estime pour Mario Draghi qu’elle sait être un point de référence pour l’extérieur et qui l’a traitée "avec dignité" - selon un journaliste qui partage ses idées - pendant ses derniers mois dans l’opposition. Giorgia Meloni n’aura pas non plus beaucoup de marge de manœuvre car le Plan de relance européen -dont l’Italie est le premier bénéficiaire avec prés de 200 milliards d’euros – est écrit pour les trois prochaines années.

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Quels sont ses liens avec les partis d’extrême-droite en France ?

Giorgia Meloni n’a jamais été proche de Marine Le Pen, pas assez atlantiste selon elle mais pas assez identitaire non plus, même si elle a trouvé des relais dans une partie de son électorat en France. Elle est plus proche de Marion Maréchal dont le mari Vincenzo Sofo fait depuis quelque temps déjà le relai entre Fratelli d’Italia (qu’il a rejoint après avoir quitté la Ligue de Matteo Salvini) et les proches de Marion Maréchal, comme le parti Reconquête d'Éric Zemmour, dont elle est vice-présidente.

Mais à la différence de la Ligue et des parties d’extrême-droite en France, Giorgia Meloni a immédiatement condamné l’attaque russe contre l’Ukraine et n’a jamais changé de positionnement depuis. S’il n’y a pas de rapprochement avec le Rassemblement national, c’est également pour se démarquer de la Ligue de Matteo Salvini, alliée du RN au Parlement européen. Giorgia Meloni a davantage de relai en Espagne avec Vox, en Hongrie avec le Fidesz de Viktor Orban ; elle était aussi liée à l’ex-stratège de Donald Trump, Steve Bannon.