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Jean-Luc Mélenchon trouvait-il le voile "obscène" en 2010, comme l'affirme Marine Le Pen ?

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Marine Le Pen était invitée de la matinale "Un candidat face au 7/9" mardi sur France Inter.
Marine Le Pen était invitée de la matinale "Un candidat face au 7/9" mardi sur France Inter.
© Radio France - France Inter

D'après Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a déclaré en 2010 dans "On n'est pas couché" que "le voile est une pratique répugnante et obscène". Mais lors de cette émission, Jean-Luc Mélenchon s'exprimait spécifiquement sur le voile intégral.

Marine Le Pen souhaite interdire le port du voile dans l'espace public, sous peine d'une amende. Sur France Inter mardi matin, la candidate du Rassemblement national a justifié cette proposition par le fait que d'après elle, le voile "isole et désigne celles qui ne le portent pas, qui sont agressées, subissent des pressions".

La candidate, qualifiée dimanche pour le second tour de la présidentielle, a également souligné que "des gens sur ce sujet ont changé d'avis", en visant particulièrement Jean-Luc Mélenchon : "En 2010, j'ai retrouvé des propos dans 'On n'est pas couché', où il disait 'Le voile est une pratique répugnante et obscène'. Moi je ne vais pas jusque-là, j'ai trouvé que le propos était excessif. Il disait 'Il réduit la femme à son statut de proie sexuelle que l'on doit dérober au regard de l'homme'. Voilà ce que disait Jean-Luc Mélenchon il y a douze ans."

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D'abord un débat sur la candidate voilée du NPA

Le 24 avril 2010, Jean-Luc Mélenchon, alors député européen et président du Parti de gauche, est effectivement invité de l'émission "On n'est pas couché" sur France 2. L'élu est alors interrogé sur les divergences de son parti avec le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) et particulièrement sur le fait que ce dernier ait proposé une candidate voilée sur sa liste pour les Régionales (17ème minute). Une candidature qui fait alors polémique.

"Ne les [le NPA, ndlr] jugeons pas trop vite parce que je pense que ça s'est retourné contre eux cette histoire", souligne pour commencer Jean-Luc Mélenchon. "Les Trotskistes de la LCR [Ligue communiste révolutionnaire, NDLR] ont été pendant des années les militantes féministes les plus déterminées et, à un moment donné, il ne restait plus qu'elles pour continuer à mener la bataille", souligne-t-il.

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Ensuite un débat sur la burqa

La discussion glisse ensuite sur le sujet spécifique de la burqa, puisqu' un projet de loi interdisant ce voile intégral est en construction. Jean-Luc Mélenchon est alors invité à donner son positionnement "sur la burqa". "La question qui est posée est la suivante : est-ce que c'est un traitement dégradant oui ou non ? Si c'est un traitement dégradant, alors c'est interdit, ici c'est la République", répond le député européen.

Dans ce pays, on va vivre ensemble et on ne se trimballera pas avec des fantômes qui se promènent dans la rue et qui interdisent qu'on les regarde.

"Moi je considère que c'est un traitement dégradant et je considère que c'est une provocation d'un certain nombre de milieux intégristes contre la République. Et par conséquent la République a gagné et elle va gagner encore une fois : ça sera interdit", poursuit Jean-Luc Mélenchon. "Et on le fera non seulement pour empêcher une absurdité qui consiste à accepter l'idée qu'une femme considère qu'elle est un enjeu, un gibier, qu'un homme ne peut la regarder qu'avec un œil de prédateur. Et deuxièmement, parce que c'est obscène cette histoire de burqa, ça part de l'idée que les hommes ne sont que des prédateurs."

Jean-Luc Mélenchon est ensuite questionné sur les femmes qui "portent la burqa volontairement". "Je leur donne le signal suivant : en République française, les hommes et les femmes sont égaux. J'ai le droit de te regarder dans les yeux", répond-il. "Dans ce pays, on va vivre ensemble et on ne se trimballera pas avec des fantômes qui se promènent dans la rue et qui interdisent qu'on les regarde."

Un positionnement épineux à gauche

Contrairement à ce qu'indique Marine Le Pen, dans cette émission, Jean-Luc Mélenchon ne parle donc pas du voile lorsqu'il évoque une obscénité mais bien du voile intégral : "C'est oscène cette histoire de burqa", dit-il précisément. Il explique d'ailleurs son positionnement sur le voile intégral dans une note de blog datant de la même période : "Pourquoi le port du voile intégral est-il un traitement dégradant pour les femmes ? D’abord parce qu’il est obscène. Il réduit celle qui le porte au seul statut de proie sexuelle potentielle."

Toutefois, la question du port du voile en général était alors un débat épineux pour la gauche. Et Jean-Luc Mélenchon, en laïcard revendiqué, s'est toujours tenu à distance des religions, vouant un culte à la laïcité et à la loi de 1905. Il a mis du temps à trouver sa position sur l’Islam.

À propos de la candidate voilée du NPA, Jean-Luc Mélenchon décrivait dans Marianne "une attitude immature et un peu racoleuse". "On ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale", expliquait-il. "En ce moment, on a le sentiment que les gens vont au-devant des stigmatisations : ils se stigmatisent eux-mêmes — car qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate — et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes." Par ailleurs, invité en 2017 de "L'Émission politique" sur France 2, il qualifiait le voile de "chiffon sur la tête".

Un positionnement qu'il a depuis fait évoluer. En novembre 2019, l'Insoumis signait une tribune dans Libération, pour dire "stop à l'islamophobie", avant de participer à une manifestation "contre la stigmatisation des musulmans de France". Dans cette tribune, les signataires dénonçaient notamment les "lois liberticides" qui visent les musulmans. Face au tollé quant à l'utilisation du terme "islamophobie", Jean-Luc Mélenchon avait ensuite dû se justifier et avait précisé qu'il s'agissait de "la loi votée au Sénat sur l’interdiction du voile" pour les mamans accompagnatrices scolaires et de "la loi sur l’état d’urgence". Il s'oppose par ailleurs aujourd'hui à l'interdiction du port du voile à l'université.

Jean-Luc Mélenchon considère désormais que l’islamophie est une double peine pour les musulmans qui subissent déjà plus que les autres la précarité économique. Sa manière à lui de résoudre cette contradiction, en bon marxiste est de se tourner vers le concept de "créolisation", emprunté à Edouard Glissant.

Le voile, "marqueur d'une idéologie que j'entends combattre avec la plus grande virulence"

Ce mardi sur France Inter, Marine Le Pen affirmait par ailleurs au sujet des propos de Jean-Luc Mélenchon : "Moi je ne vais pas jusque-là, j'ai trouvé que le propos était excessif." Pourtant, lors de l'émission "Des candidats et des jeunes" le 22 février dernier sur France Inter, la candidate du Rassemblement national décrivait le port du voile comme "un élément de soumission des femmes" et n'hésitait pas à aller jusqu'à dire : "Je pense que c'est un marqueur d'une idéologie que j'entends combattre avec la plus grande virulence, qui est l'islamisme, qui n'est pas une religion, qui est une idéologie totalitaire (...) Je la crois aussi dangereuse que le nazisme", affirmait-elle, sous les huées.

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