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Jean-Yves Le Drian : quel héritage au Quai d'Orsay ?

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Jean-Yves Le Drian, arrivant à une rencontre avec Narendra Modi, premier ministre Indien, à Paris, le 4 mai 2022
Jean-Yves Le Drian, arrivant à une rencontre avec Narendra Modi, premier ministre Indien, à Paris, le 4 mai 2022
© AFP - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Pilier du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, Jean-Yves Le Drian laisse à sa remplaçante au ministère des Affaires étrangères, Catherine Colonna, une diplomatie française confrontée à de nombreuses crises et à des défis renouvelés.

Pendant cinq ans, Emmanuel Macron a laissé au fidèle Jean-Yves Le Drian, imperturbable et discret ministre des Affaires étrangères, la gestion, loin des lumières médiatiques, d'une diplomatie française à la peine sur de nombreux dossiers, gardant dans son escarcelle régalienne de nombreux dossiers comme l'Ukraine, l'Europe ou le rapprochement réussi avec le Rwanda.

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Travailleur, connaisseur des dossiers, discret : des qualificatifs unanimes de la part de ses partisans comme de ses détracteurs : Jean-Yves le Drian laisse en héritage des défis lourds à gérer, lui qui a appuyé une grande partie de son action aux Affaires étrangères sur la vision, et le réseau conséquent qu’il a développé dans ses précédentes fonctions de ministre de la Défense de François Hollande.

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L'échec du Sahel

Un poste où cet animal politique, socialiste historique passé au service d’Emmanuel Macron, a acquis une très forte popularité en tant qu’excellent VRP de l’armement français, réussissant à vendre Rafale et navires de guerre là ou d’autres avaient échoué. Mais aussi en tant que pompier providentiel au Mali, lorsque la France y était intervenue pour sauver les djihadistes avec l’opération Serval.

Le Sahel pourtant devenu aujourd’hui le principal point noir de l’action française à l’étranger.

Il y a cinq ans, Emmanuel Macron avait mis son nouveau partenariat avec l’Afrique au cœur de son action diplomatique. Cinq ans plus tard, la perte d’influence de la France en Afrique francophone est phénoménale ; le rejet n’a jamais été aussi grand.

Artisan du G5 Sahel, Jean-Yves le Drian doit aujourd’hui en constater la mort clinique, avec le départ du Mali de cette organisation la semaine dernière. Ses efforts pour continuer à impliquer de façon durable des partenaires européens au Sahel se soldent par leur départ et l’échec de la force européenne Takouba.

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En Libye, la volonté de médiation de la France, appuyée sur la proximité avec le général Haftar, héritée du quinquennat de François Hollande, n’a pas été davantage couronnée de succès.

Après avoir navigué contre vents et marées dans les remous de la difficile présidence Trump, Jean-Yves Le Drian a essuyé un terrible camouflet lors de la crise née du torpillage d’un énorme contrat de sous-marins français par l’Australie, en septembre dernier. Une rupture du lien de confiance avec les États-Unis de Joe Biden, qualifiée de "duplicité" et de "mépris", des mots très forts qui témoignent de la colère de Jean-Yves Le Drian sur ce dossier qu’il avait patiemment bâti pendant des années.

Difficile et probablement injuste pour autant d’imputer à Jean-Yves Le Drian le poids direct de ces échecs tant l’action du Quai d’Orsay a été réduite ces cinq dernières années au profit du poids grandissant de l’Élysée. Cinq ans pendant lequel les équilibres de la géopolitique mondiale ont basculé. Brexit, présidence Trump, fin du multilatéralisme, conquête d’influence russe et chinoise, ou pandémie…

Une métamorphose toujours en cours, dans laquelle la France, vieux pays aux ambitions toujours fortes, cherche encore à trouver comment se positionner : c'est la délicate mission, désormais, de Catherine Colonna, nouvelle locataire du Quai d'Orsay.