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Jeux olympiques : les athlètes auront interdiction de donner leur opinion politique sur le podium

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Colin Kaepernick, Eli Harold (gauche) et Eric Reid posent un genou à terre pendant un match des 49ers de San Francisco contre les Cowboys de Dallas en 2016.
Colin Kaepernick, Eli Harold (gauche) et Eric Reid posent un genou à terre pendant un match des 49ers de San Francisco contre les Cowboys de Dallas en 2016.
© Maxppp - John G Mabanglo

La commission des athlètes olympiques a tranché : il sera interdit pour les sportifs de protester sur les podiums et les terrains de sports pendant les Jeux olympiques de Tokyo. Cette règle, déjà existante, a été confirmée par les athlètes eux-mêmes. "Une bonne chose" pour Jean-Loup Chappelet, spécialiste du sport.

La commission des athlètes du CIO (Comité international olympique) recommande l'interdiction de protester sur les podiums et les terrains de sports lors des Jeux olympiques de Tokyo (23 juillet-8 août). C'est le résultat d'une enquête publiée ce jeudi 22 avril, qui porte sur la règle 50 de la charte olympique, concernant la liberté d'expression des athlètes pendant les JO. Cette règle interdit déjà la démonstration d'opinion lors des JO. Plus des deux tiers des 3 547 athlètes interrogés l'ont donc confirmée dans cette enquête, jugeant qu'il n'est pas "approprié de manifester ou d'exprimer son point de vue pendant la cérémonie d'ouverture, sur le podium ou sur un terrain de sport".

Un danger pour la liberté d'expression des athlètes ?

Cette règle représente-t-elle un danger pour la liberté d'expression des sportifs aux Jeux olympiques ? Pas vraiment, répond Jean-Loup Chappelet, professeur émérite à l'Université de Lausanne, spécialiste du sport et des politiques publiques. "C'est une décision qui a été approuvée par les athlètes à une large majorité. Il y a eu une consultation après tout un processus qui a duré depuis un an." L'enquête sur la règle 50, fruit de 11 mois de travail, fait suite aux nombreuses manifestations de sportifs américains contre le racisme. "On a commencé à reparler de cette règle après le genou de Colin Kaepernick", rappelle Jean-Loup Chappelet. En 2016, Colin Kaepernick, star du football américain, est le premier athlète américain à poser le genou à terre lors de l'hymne américain. "Ça s'est ensuite répandu dans d'autres sports, donc la question est revenue sur le devant de la scène.

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Une dimension commerciale

"Les podiums des Jeux olympiques sont les endroits les plus médiatisés, en quelque sorte. Si un athlète monte sur le podium, il est filmé, alors, c'est à ce moment-là qu'il ferait une démonstration d'une dimension politique." Or, explique Jean-Loup Chapelet, il existe également une dimension commerciale et c'est pour ça qu'intervient cette interdiction. "Si cet athlète est financé par un sponsor, peut-être qu'il n'agit pas uniquement pour des raisons politiques, mais aussi pour se donner plus de visibilité à lui et à son sponsor."

Aux JO de Mexico en 1968, les Américains Tommie Smith (centre) et John Carlos lèvent leurs poings gantés pour protester contre les inégalités raciales, en plein mouvement des droits civiques.
Aux JO de Mexico en 1968, les Américains Tommie Smith (centre) et John Carlos lèvent leurs poings gantés pour protester contre les inégalités raciales, en plein mouvement des droits civiques.
© Getty - Bettmann

Voir le verre à moitié plein

Malgré tout, le professeur voit cette décision d'un bon œil. "On peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. Avant, ce genre de démonstration était interdite partout  : sur les lieux de compétition, dans le village olympique, dans le centre de presse. Maintenant, rien n'est interdit, sauf sur le podium, le terrain de compétition et lors des cérémonies d'ouverture et de clôture."

Paix, solidarité et égalité

En effet, la majorité des athlètes ont répondu qu'il était "approprié de manifester ou d'exprimer son opinion dans les médias, lors de conférences de presse et dans les zones mixtes". Alors, la commission des athlètes conseille "de multiplier les possibilités offertes aux athlètes d'exprimer leur opinion durant les Jeux olympiques". Elle propose par exemple, d'adapter le serment olympique pour y inclure la cohésion et la non-discrimination et de fournir des tenues siglées des mots "paix", "solidarité" et "égalité".  "C'est une bonne chose que la règle soit éclaircie, que le principe de liberté d'expression soit en quelque sorte réaffirmé, avec ces trois petites limites : podiums, terrains et cérémonies", conclut Jean-Loup Chappelet.