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JO de Tokyo : Clarisse Agbégnénou, chercheuse d'or et d'ondes positives

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 Clarisse Agbégnénou, le 30 janvier 2020
Clarisse Agbégnénou, le 30 janvier 2020
© AFP - Francke Fife

La judokate Clarisse Agbégnénou est officiellement candidate pour être porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques cet été. La plus titrée des judokates françaises espère surtout y décrocher la seule médaille qui manque à son palmarès. Elle se confie sur sa préparation et sur sa vie en dehors du judo.

Ce mercredi, le comité national olympique français a dévoilé le nom des 19 athlètes candidats (valides et paralympiques) pour porter le drapeau de la France lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, en juillet et août prochain. Parmi eux, la judokate Clarisse Agbégnénou, 28 ans. Quintuple championne d'Europe, quadruple championne du monde, médaillée d'argent aux JO de Rio en 2016, la jeune femme espère être désignée par ses pairs pour être leur chef de file. Mais plus que cet honneur, Clarisse Agbégnénou part surtout à la conquête de la médaille d'or dans la catégorie des moins de 63kg en judo. Catégorie dont elle est la numéro un mondiale. Entretien.

FRANCE INTER : Vous visez le seul titre qui manque à votre palmarès. Teddy Riner l'appelle "la médaille absolue", l'or olympique. Comment fait-on pour partir en quête de cet or là ? 

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CLARISSE AGBÉGNÉGNOU : "C'est compliqué parce qu'il y a une année qui nous est venue en trop et plein de péripéties avec. Je n'aurais pas tenu le même discours l'année dernière. Cela va se jouer au mental, parce qu'il y a beaucoup de choses à gérer en même temps. J'avais d'autres projets sur le plan professionnel et personnel. Et puis une année en plus, c'est aussi long pour le corps et la tête d'un athlète." 

Qu'est ce qui est le plus dur dans cette préparation, justement ? 

"Le plus dur, c'est de repousser ses limites, demander à son corps d'en faire plus. Cela exige de se connaître encore plus, de savoir si ton corps peut y aller. Si tes envies suivent aussi. Ce qui est compliqué, c'est qu'avec le Covid, plein de choses changent du jour au lendemain : le programme des semaines sont modifiés, les compétitions s'annulent, les entraînements aussi.. Il faut sans cesse trouver des solutions, de la force. Donc on est aussi son propre manager. Forcément c'est une charge mentale supplémentaire."

Du coup, travaillez-vous cet aspect mental ? Avez-vous des astuces pour gérer ce stress ? 

"Comme je me forme pour devenir coach de vie, cela m'aide beaucoup. Cette formation comprend un suivi thérapeutique. Le thérapeute m'aide à faire face, à prendre du recul. L'autre idée, c'est de ne pas aller à l'encontre de mes envies pour ne pas risquer de me blesser ou faire une contre-performance. J'avance au jour le jour, semaine après semaine. Et j'essaie de ne pas trop me prendre la tête non plus pour ne pas que cela soit pire."

Vous ne défendrez pas votre titre de championne d'Europe ce week-end à Lisbonne. La seule compétition prévue pour vous, avant les Jeux, ce sont les mondiaux en juin. Comment s'est fait ce choix ? 

"En compétition, c'est moi qui vais combattre et personne d'autre. Si je me force et qu'au final je ne suis pas bien, ça me dessert.  Si je n'ai pas assez d'énergie mobilisée sur l'événement, ce n'est pas la peine. Mes entraîneurs respectent cela. Ils me connaissent. Ils savent que je me connais aussi, que je ne suis pas là depuis hier. Donc ils me laissent le choix."

Les Jeux olympiques au Japon se dérouleront sans public étranger, et du coup sans vos proches. C'est un coup dur ou bien, depuis la reprise des compétitions à huis clos, vous y êtes habituée ? 

"Non, c'est toujours hors du commun. Je me rappelle qu'aux derniers championnats du monde [en 2019, au Japon, pour son 4e sacre, ndlr], il y avait ma famille. J'avais pu me balader avec eux dans les rues, sur les marchés, c'était un soutien incroyable."  

"Là c'est comme si tu disais à une petite fille : 'Tu pars sans ton doudou !'"

"Même de les voir, les entendre crier pour moi pendant les combats, c'est important. Quand j'étais dans mon combat de 11 minutes en finale des mondiaux 2019 face à la Japonaise Tashiro [le temps réglementaire au judo est de  trois minutes], heureusement que j'entendais mes amis, ma famille crier. Je me disais 'je ne vais pas lâcher, écoute tout ceux qui t'encouragent'. Donc oui, ça fait du bien. Bien sûr, on pourra s'appeler, mais c'est aussi très bien d'avoir une présence physique."

Vous vous préparez à devenir coach de vie. C'est votre votre plan de reconversion. Est ce que l'on pourrait envisager que Clarisse Agbegnenou devienne un jour coach de judo tout court, entraîneur ? 

"Je ne sais pas. Je ne ferme pas de portes. Pour l'instant, j'ai envie d'être coach de vie. Après, j'ai aussi passé mes diplômes pour être entraîneur… Mais pour l'instant, je vais rester sur mon idée et voir venir." 

Parmi les choses que l'on vous voit faire ces derniers mois, il y a la télé avec Michel Cymès. Vous participez à l'émission "Prenez soin de vous" sur France 2, qui rejoint d'ailleurs un peu votre projet professionnel. Comment s'est fait la rencontre entre vous deux ? 

"C'est un médecin qui nous connaissait tous les deux qui nous a mis en contact. Et après mon agent, Nadia, a pris le relais. Michel, je l'avais déjà rencontré sur certains événements et j'aime beaucoup sa personnalité. Mais au début ce n'était pas simple, parce c'est un univers que je ne connais pas. Moi je suis une sportive et passer à la télé, expliquer à des personnes comment prendre soin d'elles, les accompagner, c'était spécial. Mais l'équipe m'a mise à l'aise. Ils ont compris que je n'étais pas une actrice et m'ont dit de faire avec mon cœur. Il y avait juste des mots que je devais prononcer, qui devaient être dits dans la séquence. Et là, j'ai pu être naturelle. J'aime bien parler aux gens, j'aime bien les écouter. J'aime bien essayer de trouver des solutions pour les voir progresser, les accompagner. Donc c'est parfait."  

Ce passage à la télé, a-t-il changé quelque chose à votre popularité ? 

"Ce qui a changé, c'est que ce public n'est pas un public sportif. Là, je touche un autre public. Récemment, je marchais dans la rue et une dame est venue me voir et m'a dit : 'Je ne fais pas du tout de sport mais je voulais vous dire que j'aimais beaucoup votre personnalité. Merci beaucoup'. C'est fou, parce que je ne suis personne dans le fond. C'est beau, ça me touche."

Mais vous vous engagez publiquement aussi. Il y a votre implication dans l'association SOS Préma, vous vous êtes exprimée dans la foulée du mouvement Black Lives Matter...

"C'est simple, je fais le choix de ma ligne de vie. Je commence du début jusqu'à l'endroit où je veux aller. C'est comme cela que se construisent mes engagements. J'ai été un bébé prématuré et je veux faire passer le message aux parents et à ces enfants que ça va aller. Ce n'est pas une maladie. L'enfant prématuré peut développer un talent, même si il part avec beaucoup trop d'avance, il va aller beaucoup plus loin parce que quand on est prématuré, on est un guerrier! J'ai envie de dire tout ça. 

Le problème des règles menstruelles dans la pratique du sport, on n'en parle pas et pourtant il ne faut pas que cela soit tabou. Le judo n'est pas qu'un sport masculin. C'est pour ça que je veux prendre un peu plus d'ampleur. Après, je ne fais pas de politique. Quand je ne connais pas quelque chose, je ne préfère pas y aller. Mais Black Lives Matter, je l'ai relayé parce que cela me touche. De même, lorsqu'un gendarme a été renversé par un chauffard, j'ai posté un message sur les réseaux. Je suis moi-même gendarme [promue au grade d'adjudante depuis peu] mais je me suis exprimée d'abord parce que ça me touche. Ces personnes tuées sont avant tout des êtres humains, il ne faut pas l'oublier."