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"L'Afghanistan ne sera jamais le pays que j’ai quitté", témoigne Mursal Sayas, réfugiée en France

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Mursal Sayas a fui l'Afghanistan le 17 août 2021 et tente de reconstruire une vie en France
Mursal Sayas a fui l'Afghanistan le 17 août 2021 et tente de reconstruire une vie en France
© Radio France - Justine Leblond

Mursal Sayas, militante pour les droits des femmes, a fui l’Afghanistan le 17 août, deux jours après la chute de Kaboul. Elle raconte son exil et son intégration en France.

Il y a un an, le 15 août 2021, les Talibans prennent le pouvoir en Afghanistan. Deux jours plus tard, le 17 août, le premier avion du pont aérien entre la France et l’Afghanistan atterrit à Roissy-Charles-de-Gaulle. A bord, Mursal Sayas, 26 ans. Militante pour les droits des femmes et membre de la Commission nationale des droits de l’homme, elle n’a pas d’autre choix que de fuir son pays, laissant derrière elle ses deux enfants et sa famille.

"Tout recommencer à zéro en France"

Cheveux bouclés, foncés, coupés au carré et anneau sur le nez, Mursal Sayas, 27 ans, a le regard serein. Elle ne regrette pas d’être montée dans l’avion, il y a un an. "C’était très dur de tout recommencer à zéro en France", se souvient Mursal. "Je n’avais aucune idée de ce que ce serait de vivre ici, de ce que je ferai, de la solitude, de la tristesse". Car bien sûr, son pays d’origine, où toute sa famille est restée, lui manque. "Je passe mes jours et mes nuits à penser à l’Afghanistan, mais pour moi, la France, c’était une bonne opportunité. J’ai appris beaucoup de choses, j’ai des amis du monde entier, et surtout, je suis en vie !"

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Lorsqu’elle était encore en Afghanistan, Mursal travaillait pour la Commission afghane des droits de l'homme. Un rêve qu'elle a pu accomplir en divorçant de son mari - un mariage arrangé - qui s'opposait à son travail. Deux raisons qui la mettent directement sur la liste rouge des Talibans. Alors aujourd’hui, même si être en France n’est pas facile tous les jours, Mursal se sent soulagée. Depuis octobre 2021, elle est inscrite dans une association où elle apprend le français. Son mot préféré ? "Tranquille !", un mot utilisé par sa professeure quand elle ne se sent pas bien.

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Le plus dur, c’est d’avoir fui seule. Depuis son divorce, Mursal n’a plus la garde de ses deux enfants, un fils de six ans et une fille de trois ans, restés chez leur père. "C’est la partie la plus difficile, parce que je ne sais pas quand je pourrai revoir ma famille, mes parents, mes enfants… Je ne sais vraiment pas quand je pourrai aller les voir, que ce soit en Afghanistan ou dans un autre pays." Alors elle les appelle tous les jours : "Je peux les voir à travers WhatsApp. C'est beaucoup mieux que de vivre dans un pays sous le pouvoir des Talibans, des terroristes, des gens qui tuent leur propre peuple, violent tous les droits de l'homme, pas seulement les droits des femmes. Des gens qui n'acceptent pas l'égalité, qui n'acceptent pas l'humanité !"

Engagée coûte que coûte

Retourner en Afghanistan ? Même si les Talibans lâchaient le pouvoir, Mursal ne l’imagine pas vraiment. "Avant de quitter l’Afghanistan, je n’avais jamais pensé à l’immigration. Si je retournais à Kaboul, je ne sais pas vraiment si je me sentirais à nouveau chez moi là-bas. Sans mes amis qui sont tous partis, sans toutes les choses que l’on a construites ensemble, pour le pays. Bien sûr, j’aimerais retourner en Afghanistan et retrouver les routes, les rues, les librairies que je connais. Mais ça ne serait pas le pays que j’ai quitté."

Mursal a toujours fait de son militantisme pour les droits des femmes, sa priorité. Elle écrit en ce moment un livre, qui relate à la fois son histoire et celle de femmes afghanes qu’elle a rencontrées quand elle était encore sur place et dont elle avait récolté le témoignage. Il va être traduit en français dans l'année et sortira dans un an, en septembre 2023, aux éditions de l’Observatoire.