L'armée israélienne reconnaît une "forte possibilité" d'avoir tué la journaliste Shireen Abu Akleh

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L'armée israélienne reconnaît une "forte possibilité" d'avoir tué la journaliste Shireen Abu Akleh

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La journaliste américano-palestinienne, ici en 2021.
La journaliste américano-palestinienne, ici en 2021.
© AFP

L'armée israélienne a reconnu pour la première fois lundi qu'il y avait "une forte possibilité" pour que la journaliste de la chaîne panarabe Al-Jazeera Shireen Abu Akleh ait été "touchée accidentellement par un tir de l'armée israélienne".

"Il y a une possibilité élevée que Mme Abu Akleh ait été touchée accidentellement par un tir de l'armée", indique l'enquête interne de l'armée israélienne publiée lundi. Elle reconnaît, pour la première fois, "une forte possibilité" que la journaliste de la chaîne panarabe Al-Jazeera Shireen Abu Akleh ait été tuée en mai par l'un de ses soldats. Star d'Al Jazeera, la journaliste, chrétienne américano-palestinienne, avait été tuée par balle le 11 mai alors qu'elle couvrait une opération militaire israélienne dans le camp palestinien de Jénine, bastion des factions armées palestiniennes dans le nord de la Cisjordanie occupée, où une unité spéciale tentait d'appréhender des "suspects", ce qui avait déclenché des affrontements armés.

Après la mort de Shireen Abu Akleh, équipée d'un gilet pare-balles avec la mention "presse" et d'un casque, l'Autorité palestinienne et son employeur Al-Jazeera avaient immédiatement accusé l'armée israélienne de l'avoir tuée. Israël n'avait, jusqu’ici, cessé de rejeter cette accusation sur les Palestiniens et ce malgré des enquêtes journalistiques (CNN, Washington Post ou Bellingcat) et un rapport de l'ONU concluant à un tir israélien, qui excluaient toutefois qu'il ait été délibéré.

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"Touchée accidentellement"

Or lundi, l'armée israélienne a publié les "conclusions finales" de son enquête et reconnu qu'un de ses soldats avait bien tiré en direction de la journaliste en se méprenant sur son identité : "Il y a une forte possibilité que Mme Abu Akleh ait été touchée accidentellement par un tir de l'armée israélienne qui visait des suspects identifiés comme des hommes armés palestiniens."

L'armée a indiqué avoir étudié "chronologiquement" la séquence des événements, analysé les lieux, les vidéos et les sons enregistrés sur place, mené une "simulation de la scène" et que des "experts israéliens" avaient mené une analyse balistique de la balle, le 2 juillet, en présence de représentants du "Comité de coordination sécuritaire des Etats-Unis pour Israël et l'Autorité palestinienne".

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En raison du "piètre état de la balle", identifier son origine était "difficile", souligne l'armée dans son rapport, disant ne pas avoir la certitude "sans équivoque" de l'origine du tir fatal à la journaliste. "Le soldat ne cherchait pas à cibler un journaliste d'Al-Jazeera ou un journaliste en général. (...) Le soldat a mal identifié sa cible et il en est désolé", a déclaré lundi un haut responsable militaire israélien lors d'un briefing avec la presse. "Cela n'aurait pas dû se produire, il n'a pas fait ça de manière délibérée", a-t-il ajouté.

Ce responsable a indiqué que le soldat, posté à environ 200 mètres derrière la journaliste, n'avait pas vu son inscription "presse" au devant de son gilet pare-balle. Il a indiqué que la journaliste avait été atteinte par balle derrière la tête.

Pas d’enquête criminelle

Le bureau du procureur militaire israélien a de son côté lundi annoncé qu'il "n'y avait de soupçon d'un acte criminel justifiant l'ouverture d'une enquête criminelle par la police militaire" et ce, bien qu'il y ait une "forte probabilité" que Shireen Abu Akleh ait été tuée par des soldats israéliens et l’identification du soldat tireur.

"Peu importe ce que disent les Israéliens, nous connaissons déjà la vérité. Nous n’avons pas besoin qu’ils nous confirment leur implication, nous le savons déjà", a réagi auprès de France Inter Lina Abou Aqleh, la nièce de la journaliste. "Dès le départ, tout est clair dans cette affaire. Ce que nous voulons, c’est que les responsables de la mort de Shireen répondent de leur crime. Mais ce ne sont pas les meurtriers de Shireen qui lui rendront justice, nous n’attendons rien des Israéliens." Cette dernière souhaite une intervention internationale : "Nous voulons que les Nations unies et surtout que les Etats-Unis agissent. (...) La Cour pénale internationale doit ouvrir une enquête", réclame-t-elle encore.