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L'avis du "Masque et la Plume" sur "Triangle of Sadness", Palme d'Or 2022

Charlbi Dean Kriek et Harris Dickinson dans "Triangle of Sadness", Palme d'Or à Cannes cette année
Charlbi Dean Kriek et Harris Dickinson dans "Triangle of Sadness", Palme d'Or à Cannes cette année
- Plattform-Produktion

La Palme d'or a été décernée au suédois Ruben Östlund pour "Triangle of Sadness". Le film avait fortement divisé les critiques lors de sa projection lors du festival. Qu'en pensent les critiques du "Masque & la Plume" ?

La présentation du film par Jérôme Garcin

La Palme d'or a été décernée au suédois Ruben Ostlund pour "Triangle of Sadness" - qui dans son sens originel est "triangle de la tristesse", devient en français "Sans filtre". Je ne sais pas si "Sans filtre" est très prescripteur, on verra.

Ce film nous embarque sur un yacht pour une croisière de luxe de 2 h 30 avec un couple de mannequins et influenceurs jusqu'à une tempête qui va être décisive. Ce film (qui est un film France Inter d'ailleurs) vaut une deuxième Palme d'Or ,après celle qu'il a obtenu en 2017 pour "The Square", à Ruben Östlund.

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Eric Neuhoff l'a aimé "parce que c'est un vrai film anarchiste"

"C'est un film sur la corruption des âmes, sur ce que fait l'esthétique aux gens, la fortune, la richesse et ce que c'est que le règne du paraître. Et filmé par un type qui met la beauté formelle en avant, qui sait très très bien filmer.

Ça y va au lance flammes. Il y a quelque chose d'"Une grande bouffe" avec quelqu'un qui sait tenir une caméra. Il y a là quelque chose de réjouissant, encore plus que dans "The Square" : ce côté anarchiste. C'est un film que les gens ne peuvent pas supporter".

Selon Michel Ciment, "c'est un très beau film"

"C'est un très beau film, mais c'est un film d'un pessimisme total sur la situation du monde. Ça reflète parfaitement le chaos intellectuel et moral de notre époque. Et j'ai pensé à des gens comme Ferreri, comme Buñuel- des grands anarchistes.

C'est un film qui baigne dans le pessimisme avec un sens formel, un sens de l'image… Il y a une séquence éblouissante entre une femme et un homme qui doivent régler l'addition, qui est irrésistible et jouée merveilleusement parce que les acteurs sont formidables.

C'est un choix qui d'ailleurs ne correspond pas avec le palmarès, parce que le palmarès va plutôt vers des films gentils.

Xavier Leherpeur a résolument détesté

Je vais essayer de mesurer mes mots mêmes si les premiers qui me viennent à l'idée, c'est "abject", "pujadiste"… Je trouve ça effroyable à tous points de vue. Bon, je n'ai pas réussi à être nuancé plus de 30 secondes.

Je trouve que c'est écrit à la truelle que ça se concentre sur des cibles éminemment faciles : les influenceurs, les mannequins - par principe stupides et égocentriques. Il n'y a pas vraiment d'art de la nuance, donc je ne sais pas très bien pourquoi ma critique devrait en comporter. Ensuite : des marchands d'armes. Mais oui, bien sûr, défendons les marchands d'armes !

C'est un film qui me met mal à l'aise, qui ne me fait pas rire du tout, qui accumule des clichés d'un autre temps. Ça commence par un journaliste de mode qui interviewe des mannequins - évidemment, le journaliste est folle au-delà du possible. Et j'ai l'impression qu'on nous fait rire de cibles extrêmement faciles et que si l'on rit, c'est qu'on est du bon côté de la barrière et qu'on ne fait pas partie de ce métier - mais c'est de nous qu'il parle ! Assumons un tout petit peu  : des gens qui se battent pour une note de frais, c'est ce qu'on voyait tous les jours aux terrasses des cafés à Cannes pour savoir qui allait payer !

Je suis désolé : ce mec nous crache à la gueule et ça ne me dérange pas qu'on me crache à la gueule, mais c'est vraiment d'un principe de "Si je ris avec lui, c'est que je ne suis pas concerné". Mais bien sûr qu'on est concernés !

Je suis désolé, la cible qui nous parle de la déliquescence du monde - mais on le sait, tout ça ! Mais la manière dont il le fait n'a aucun intérêt. C'est d'un stérile absolu. Et la fin, soit-disant marxiste, qu'on ne racontera évidemment pas, je la trouve effroyablement de droite".

Pour Charlotte Lipinska, "c'est un cinéaste à découvrir"

"Il y a une chose pour moi très claire, c'est qu'il n'y a rien de moins universel que l'humour. On est tous réceptif à différentes formes d'humour. Vous citiez Marco Ferreri ou Buñuel, moi je percute ça avec les Monthy Python parce qu'il y va dans une outrance, un trash… Ce fameux dîner du capitaine qui est le cœur du film, la deuxième partie du film : moi, j'ai ri, je n'en pouvais plus de rire. Mais effectivement, il y avait à côté de moi, un journaliste qui lui restait complètement de marbre. Alors on ne va pas se battre là-dessus.

Je trouve que Ruben Östlund a une faculté à tirer à son maximum la durée des scènes sur une idée - sans jamais m'ennuyer une seconde. Dans "The Square", c'était une histoire de capote qui revenait continuellement dans le film. Et là, cette première scène avec  l'addition de ce couple au resto, il nous fait 25 minutes là-dessus, sans que jamais ça ne se répète. Rappelez vous : dans "Snow Therapy", il nous fait un film d'une heure quarante qui ne tient que sur une idée qui se passait en deux secondes le comportement du mari qui s'était carapaté à l'arrivée d'une avalanche - et, juste sur cette idée-là, il nous avait fait une démonstration implacable du couple.

Alors oui, c'est outrancier. Oui, c'est trash. Mais moi, j'ai totalement ri, j'assume.

Je ne lui aurais peut-être pas donné la Palme, d'autant qu'il l'a eue très récemment, ce n'est pas comme s'il l'avait eu il y a 20 ans, donc c'est quand même très cher payé pour ce film-là, mais moi, je conseille aux gens d'aller voir ce film pour se faire leur propre idée".

Ruben Östlund lors du tournage de "Triangle of Sadness"
Ruben Östlund lors du tournage de "Triangle of Sadness"
- Bac Films

Le film sortira en septembre

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