L'écoresponsabilité : un "nouveau capitalisme d'enfants gâtés" ?

Publicité

L'écoresponsabilité : un "nouveau capitalisme d'enfants gâtés" ?

L'écoresponsabilité est-elle gangrénée par les logiques culturelles du capitalisme ?
L'écoresponsabilité est-elle gangrénée par les logiques culturelles du capitalisme ?
© Getty - Colin Anderson Productions pty ltd

L'écoresponsabilité ne serait-elle qu'un mythe gangréné par les logiques culturelles du capitalisme ? Oui, répond l'anthropologue Fanny Parise, en prétendant que nous restons malheureusement tous "les enfants gâtés du capitalisme" en pérennisant de façon incohérente notre système de croissance.

L'anthropologue Fanny Parise questionne notre rapport à la consommation, le sens que nous accordons vraiment quotidiennement à notre manière de consommer. Elle s'attaque plus particulièrement aux limites du "capitalisme responsable". Sa dernière publication sonne comme une boîte à outils censée nous guider pour mieux déconstruire l'enfant gâté qui régnerait en nous et qui continuerait d'alimenter le fameux mythe d'un capitalisme vert dont le slogan "consommer mieux et moins" est loin de retranscrire la réalité de notre mode de vie au quotidien.

Elle a profité de son passage dans l'émission "Un monde nouveau", présenté par Mathilde Serrell, pour réaffirmer que si nous avons la conviction de faire le bien, l'intention que nous projetons dans l'écoresponsabilité est très loin d'être cohérente puisque nous échouons au bout du compte à nous affranchir du dogme de la croissance. C'est la raison pour laquelle elle appelle "à désenchanter ce phénomène d'éco-anxiété pour se tourner vers d'autres systèmes de pensée qui soient davantage en cohérence avec la réalité de nos pratiques quotidiennes et notre idéal écologique".

Publicité

Le capitalisme responsable

Et dans les deux sens du terme. Nous sommes toutes et tous, d'après l'anthropologue, des enfants gâtés qui prétendent défendre une culture post-capitalisme, tout en y restant pourtant viscéralement attachés de par notre culture. Ce mythe du capitalisme vert et responsable revêt une quantité importante de paradoxes qui doivent impérativement nous inciter à revoir notre logiciel puisque "le capitalisme responsable entend faire rimer profitabilité économique et transition éco-environnementale. Il se mue dans les pratiques quotidiennes autour de nouvelles offres qui vont de manière indifférenciée mixer le mythe du progrès sociétal par la dimension écologique. Or, le capitalisme responsable maintient nos sociétés dans un statu quo, tout en prônant l'illusion du changement par le déplacement de certaines pratiques de consommation, par la substitution d'un produit vers un autre qui renvoie à des vertus de la responsabilité".

Le "consommer moins au consommer mieux" ne serait pour elle qu'un alibi pour ne rien changer, en prétendant articuler les routines quotidiennes et un imaginaire collectif entretenant, quel qu'il soit, ce même système que nous connaissons depuis longtemps. Le consommer moins, mais mieux ne révèle en réalité, qu'"un consommer plus, mais mieux. On réorganise simplement notre vie quotidienne, notre rapport aux produits, pour se donner bonne conscience, s'adapter à l'air du temps, à l'urgence socio éco environnementale, mais tout en continuant à assurer un certain confort (matériel) de nos modes de vie, une attache à la modernité qui alimente toujours autant le système de croissance".

Renouvellement des disparités sociales et du système de croissance

Du point de vue anthropologique, Fanny Parise constate que le capitalisme responsable, c'est l'instauration d'une nouvelle culture légitime suggérée par les classes supérieures, qui donne l'illusion que les luttes des classes classiques vont s'effacer à travers elle, alors, qu'en réalité l'écoresponsabilité réinvente une nouvelle fragilité sociale : "bien au contraire, les divisions survivent et continuent à fragiliser le corps social autour cette fois-ci de principes de responsabilité qui coûtent cher aux couches sociales les plus pauvres. En fonction de notre position dans le corps social, l'écoresponsabilité peut vite devenir un impératif contraint, conditionné par un enjeu de distinction sociale".

Enfin, elle considère que l'éco-responsabilité ne ferait que réactualiser les codes d'une culture et, a fortiori, d'une position dominante dans la société car difficilement accessible à toutes et tous : "Consommer écoresponsable, c'est une nouvelle convention sociale qui va s'adapter en fonction du pouvoir d'achat de chacun. Certes, on va aller de manière honnête vers des comportements plus vertueux, mais si l'égale accessibilité à cette responsabilité verte n'est pas assurée, le phénomène va continuer de générer des logiques de distinction. Associez à cela le développement d'un dogme de croissance renouvelé qui mise désormais sur la consommation vertueuse".

📖 LIRE - Fanny Parise : Les Enfants gâtés. Anthropologie du mythe du capitalisme responsable (Éditions Payot)

🎧 RÉÉCOUTER - Un monde nouveau Fanny Parise et Marina Foïs

🎧 SUIVRE - Retrouvez toutes les émissions du Podcast "Un monde nouveau" sur le site et l'app de Radio France

pixel