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L'enseignement privé catholique peine (lui aussi) à recruter des professeurs

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Dans un collège privé de Marseille, en septembre 2022.
Dans un collège privé de Marseille, en septembre 2022.
© Maxppp - Frederic Speich

Tout comme les établissements du secteur public, ceux du privé manquent de professeurs. De nombreux directeurs diocésains sont à la recherche de "suppléants", l'équivalent des contractuels. À tel point que les familles ont été sollicitées pour les aider à trouver des personnels.

"Peut-être connaissez-vous, au sein de vos familles ou dans votre entourage, des personnes intéressées par le métier de professeur en école, collège ou lycée ? C’est pourquoi nous venons vers vous", écrit la direction diocésaine de Paris dans une lettre aux parents. La démarche peut paraître surprenante. Mais à l'image du public, l'enseignement privé doit faire face à une pénurie d'enseignants. Étienne Tercinier, responsable des ressources humaines explique la raison de cette lettre : "On s'est adressé aux parents parce qu'on recrute de plus en plus de personnes en reconversion professionnelle. Les jeunes qui ont entre 20 et 25 ans ont un petit peu peur de s'engager dans le métier, ne se sentent pas suffisamment adultes, pas suffisamment mûrs pour s'engager. Et aujourd'hui, 65 % de notre recrutement, ce sont des personnes de plus de 30 ans, et même des personnes de plus de 50 ans qui se lancent dans une nouvelle carrière jusqu'à leur retraite."

Des départs d'enseignants en régions

L'enseignement catholique de Paris a démarré cette campagne auprès des parents l'an dernier. "La pénurie n'est pas nouvelle", précise Etienne Tercinier. "Mais elle s'est accélérée depuis l'année dernière avec le départ d'enseignants en province ou en grande banlieue, suite aux confinements."

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L'initiative a très bien marché. Tous les postes ont été pourvus à cette rentrée. "Il y a environ 50 000 familles dans l'enseignement catholique à Paris", ajoute le responsable DRH*. "Neuf-cents personnes ont pris contact avec nous, ce qui nous a permis d'embaucher une centaine de personnes. On a besoin de beaucoup de contractuels, comme l'enseignement publics. On les appelle les 'suppléants'. Mais cela veut dire la même chose en pratique. Ce sont des professeurs débutants qui ont des contrats d'un an, ou plus courts s'ils remplacent des personnes qui sont par exemple en congé maternité. Soit ils remplacent des professeurs absents, soit ils occupent des postes vacants parce qu'on est en pénurie de professeurs titulaires*."

L'enseignement catholique a une plus forte proportion de suppléants que l'enseignement public n'a de contractuels, et ce pour des raisons historiques. À l'origine, tout enseignant qui entrait dans le privé était suppléant car il n'y avait pas de concours de recrutement. Ceux-ci ont été créé en 1993.

Un déficit de vocation

"Nous connaissons les mêmes difficultés, dans les mêmes endroits que dans l’enseignement public", confirme Philippe Delorme, secrétaire général de l'Enseignement catholique. "Les difficultés que rencontre par exemple l’enseignement public sur l'académie de Créteil ou de Versailles, nous les rencontrons aussi chez nous. Nous constatons qu’il y a un déficit de vocation. Nous parvenons à mettre des professeurs dans chaque classe mais on a toujours des moments de tension lorsqu'il s'agit de suppléer des absences de professeurs. Notre vivier est insuffisant pour répondre aux besoins des établissements."

Par rapport au public, le privé recrute davantage par contrat et ce sont les chefs d'établissements qui choisissent leurs professeurs. C'est la grande différence. "On a une grande tradition d'accueil de suppléants et d'accompagnement des suppléants", complète Philippe Delorme. "À titre d'exemple, quand un chef d'établissement recrute un enseignant suppléant, il le rencontre lui-même, il va pouvoir lui dire sur quelle classe il va être affecté, il va le présenter à des collègues enseignants pour qu'il puisse déjà travailler en équipe. Ce nouveau professeur va être parrainé, accompagné. On a donc un système très souple, très réactif. Cela donne vraiment une liberté au chef d'établissement, ce qui fait que le système fonctionne assez bien chez nous."