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L'ex-otage Sophie Pétronin est retournée discrètement au Mali, où elle vit depuis sept mois

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Sophie Pétronin, en octobre 2020, lors de son retour en France.
Sophie Pétronin, en octobre 2020, lors de son retour en France.
© AFP - Hans Lucas / Matthieu Rosier

INFO FRANCE INTER - Otage pendant quatre ans dans le Nord du Mali et libérée en octobre 2020 dans un échange impliquant la remise en liberté de plus de 200 combattants djihadistes, Sophie Pétronin, 76 ans, a regagné le Mali il y a plus de sept mois contre la volonté des autorités françaises.

Dans la soirée du vendredi 29 octobre 2021, la direction générale de la gendarmerie malienne a publié une note interne, sous forme d'avis de recherche, révélant la présence de Sophie Pétronin sur son territoire. Ce document, que France Inter et la rédaction internationale de Radio France ont pu authentifier, demande à "toutes les unités" de localiser la travailleuse humanitaire française, de l’appréhender et "la conduire sous bonne escorte" à Bamako. 

Sophie Pétronin est donc bien de retour sur le sol malien depuis plus de sept mois. D’après nos informations, quelques temps après sa libération en octobre 2020, l’ancienne otage a effectué, sans succès, des démarches pour obtenir un visa de séjour auprès des autorités maliennes. Face à ce refus systématique, elle a fini par convaincre son fils Sébastien d'actionner un plan B pour atteindre son but. Faisant mine de partir en vacances au Sénégal, les Pétronin se sont enregistrés sur un vol Genève-Dakar et se sont lancés, dès leur arrivée, dans un voyage par la route de plus de trois jours pour rejoindre le Mali.

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Le mal du pays

Sautant d’un bus à l’autre, agrippée à la selle de mototaxis, Sophie Pétronin, voilée par moments, est ainsi parvenue à franchir la frontière et regagner Bamako, escortée par son fils. Impossible de savoir comment ces deux voyageurs ont pu passer entre les mailles de la police aux frontières malienne, mais Sophie Pétronin s'est bel et bien installée dans la capitale en mars, et son fils a informé immédiatement l’imam Dicko, figure religieuse très influente au Mali, de sa présence en ville. 

Selon nos informations, Sophie Pétronin, enlevée en 2016, n’a pas supporté son retour de captivité et encore moins l’atmosphère de la petite ville suisse de Porrentruy, où elle était installée depuis son retour de captivité. Le froid, l’humidité, sa maigre pension de 750 euros de retraite lui donnaient le sentiment d’être passée d’une captivité à une autre. À 4000 kilomètres de là, au Mali, sa fille adoptive lui manquait cruellement, et elle s'était toujours jurée de la rejoindre. Sophie Pétronin et Zenabou, 19 ans, ont été séparées de force le 24 décembre 2016,  par un groupe de jihadistes affilié à Al-Qaida, sans aucune possibilité de se retrouver, jusqu’en mars dernier.

Le réveil soudain des autorités maliennes

Depuis sept mois, Sophie Pétronin vit donc à Bamako, auprès de Zenabou, avec l’assentiment de l’imam Dicko, selon nos informations. Le travail accompli par l’humanitaire franco-suisse depuis 25 ans dans le pays, sans aucune distinction ethnique ou religieuse, lui a conféré une solide popularité dans le pays. Difficile de croire que sa présence sur le territoire a mis sept longs mois à filtrer auprès des autorités maliennes. Difficile aussi d’expliquer pourquoi cet avis de recherche "à toutes les unités" de la gendarmerie nationale a mis tant de temps à être diffusé alors que nous sommes en mesure d’affirmer que les Pétronin sont bien passés par le filtre d’un poste de douane à la frontière sénégalaise. 

Derrière la révélation de la présence de Sophie Pétronin au Mali, se joue, peut-être, un nouveau round du bras de fer diplomatique que se livrent en ce moment Paris et Bamako. Le récit du retour de l’ancienne otage sur les lieux de sa captivité ne manquera pas de faire renaître la polémique sur les efforts et les moyens déployés par l’actuel gouvernement français pour obtenir sa libération. Mais l’interpellation et l’expulsion de celle que de nombreux maliens considèrent comme une bienfaitrice ne servira probablement pas non plus les intérêts des autorités maliennes.