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L'histoire du peuplement du Pacifique enrichie par la génétique

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Il y a environ 40 000 ans Homo Sapiens colonise l'Australie, Guinée, les Iles Salomon ou Bismark ou ici la Papouasie-Nouvelle Guinée.
Il y a environ 40 000 ans Homo Sapiens colonise l'Australie, Guinée, les Iles Salomon ou Bismark ou ici la Papouasie-Nouvelle Guinée.
- Wikipedia / Taro Taylor

On connaissait, grâce aux vestiges archéologiques, la date d'arrivée des premiers hommes modernes dans le Pacifique. Une vaste étude génétique publiée ce mercredi complète l'histoire fascinante du peuplement commencé il y a 40 000 ans. Deux espèces aujourd'hui disparues ont, par métissage, légué des gènes d'intérêt.

L'archéologie et la linguistique ont déjà fourni les premières informations sur le peuplement dans le Pacifique Sud. Une première migration a conduit à l'arrivée, il y a environ 40 000 ans, des premiers hommes modernes, exclusivement dans l'Océanie proche. Homo sapiens colonise alors l'Australie, la Papouasie-Nouvelle Guinée, les Iles Salomon ou l'archipel de Bismarck.

Ce n'est que beaucoup plus tard que l'Océanie lointaine (Vanuatu, la Nouvelle Calédonie, la Micronésie ou encore la Polynésie) verra arriver ses premiers occupants, il y a 4 000 ans. Ces deux temps distincts, la génétique le confirme. Dans l'étude qui parait ce mercredi dans la revue Nature, l'équipe internationale co-dirigée par Etienne Patin et Lluis Quintana-Murci, tous deux chercheurs à l'Institut Pasteur, montre que le séquençage du génome de 317 habitants de cette région du Pacifique, permet d'aller beaucoup plus loin. 

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Elle révèle d'abord une grande dynamique de peuplement et un brassage génétique complexe. Le travail mené sur quasiment une décennie apporte "un argument supplémentaire pour dire qu'à la Préhistoire, l'homme savait déjà voyager puisqu'il a été capable d'arriver jusqu'en Australie et dans les différentes iles de l'Océanie" pour Etienne Patin. 

Océanie proche et lointaine
Océanie proche et lointaine

Double métissage avec les espèces disparues

Des métissages apparaissent avec deux espèces archaïques : l'Homme de Néandertal et l'Homme de Denisova, aujourd'hui disparues. Mais alors que l'apport génétique de Néandertal est assez bien étudié, ce qu'ont légué les Denisoviens aux hommes modernes reste mal connu. Et ce que montre cette étude, c'est la grande diversité du métissage. Car si l'on retrouve en moyenne 2,5% de gènes néandertaliens chez ces populations, l'héritage dénisovien est plus hétérogène. "Cet homme de Denisova s'est métissé à au moins quatre occasions et avec des proportions différentes, allant de 0% à plus de 3%. Ce qui est particulièrement intéressant, c'est que ces hommes modernes, ces Homo Sapiens, se sont métissés avec différents groupes de Denisova", détaille Etienne Patin. "_A partir des populations actuelle_s" complète t-il, "on arrive à retracer une diversité génétique plus complexe dans cette population de Denisova. C'était complètement sous-estimé et cela nécessite maintenant d'être validé au niveau de l'archéologie". A ce jour, les paléogénéticiens ne disposent que d'un seul un spécimen de cette espèce archaïque, mis au jour dans une grotte de l'Altaï en Sibérie. La découverte d'autres fossiles ailleurs permettrait de valider cette diversité génétique ici révélée.

Héritage de gènes impliqués dans l'immunité

Le séquençage du génome a aussi permis de constater que l'occupation de l'Océanie lointaine est issue d'une migration d'un groupe sorti de Taïwan, qui a peuplé les îles et atolls isolés après avoir traversé les Philippines. Toutes les populations modernes conservent aujourd'hui en elles la trace d'un double métissage passé : avec l'Homme de Néandertal et l'Homme de Denisova. Mais alors qu'on trouve une proportion assez similaire d'environ 2,5% de gènes hérités de Néandertal, la part des gènes dénisoviens est plus hétérogène. De presque 0 %  à 3,2%.

Ces gènes, suivant qu'ils sont issus des ancêtres néandertaliens ou dénisoviens, ont permis une adaptation à ces nouveaux environnements mais ils sont associés à des avantages sélectifs différents. "Alors que la néandertalitude se voit par des mutations associées à différents phénotypes , la pigmentation de la peau, le métabolisme ou le développement neuronal, l'héritage des Dénisoviens a apporté presque exclusivement des mutations bénéfiques pour la réponse immunitaire", explique Lluis QUintana-Murci, responsable de l'Unité Génétique évolutive humaine et professeur au Collège de France.  Au fil des études, il apparait selon le chercheur que "tout ce qu'on a acquis de Néandertal ou Denisova a facilité l'adaptation de notre espèce au climat, aux ressources nutritionnelles et ici pour Denisova et le Pacifique, aux pathogènes". En somme, ces populations ont bénéficié d'un double métissage_._

Mieux appréhender la santé actuelle des populations océaniennes

Ces informations qui seront approfondies avec une étude centrée sur les Polynésiens, permet d'éclairer l'histoire biologique de ces populations. Elles sont indispensables pour mieux interpréter l'adaptation à l'environnement, en particulier la résistance aux maladies infectieuses. Et parce que certains gènes sont impliqués dans le métabolisme des lipides, elles pourraient être utiles pour tenter de comprendre ce qui rend plus vulnérable la santé de ces populations à des changements de mode de vie. C'est dans le Pacifique que l'épidémie mondiale d'obésité touche le plus fort pourcentage de la population.