L'Iran dissout sa police des mœurs, près de trois mois après la mort de Mahsa Amini

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L'Iran dissout sa police des mœurs, près de trois mois après la mort de Mahsa Amini

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La police des mœurs, connue sous le nom de Gasht-e Ershad (patrouilles d'orientation) a été créée en 2005
La police des mœurs, connue sous le nom de Gasht-e Ershad (patrouilles d'orientation) a été créée en 2005
© AFP - Behrouz MEHRI

Mise en place en 2005, la police des mœurs est à l'origine de l'arrestation de Mahsa Amini, en septembre dernier à Téhéran. Elle a été "abolie par ceux qui l'ont créée", a annoncé le procureur général d'Iran.

Le geste suffira-t-il à apaiser la colère des manifestants ? Le régime iranien a annoncé la fin de la police des mœurs, à l'origine d e l'arrestation le 13 septembre de Mahsa Amini, à qui elle reprochait de mal porter son hijab. Trois jours plus tard, on apprenait la mort de la jeune femme de 22 ans. "La police des mœurs a été abolie par ceux qui l'ont créée" , a indiqué samedi soir le procureur général Mohammad Jafar Montazeri.

"Répandre la culture de la décence et du hijab"

Si des patrouilles ont été mises en place après la Révolution islamique de 1979 afin de faire respecter le code vestimentaire, la police des mœurs, connue sous le nom de Gasht-e Ershad (patrouilles d'orientation) a été créée en 2005 sous la présidence de l'ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Vêtus d'uniformes verts pour les hommes, et de tchador noir pour les femmes, ses membres sont chargés de "répandre la culture de la décence et du hijab". Outre le port du voile, ils vérifient la longueur des manteaux, s'assurent que les jeans ne sont pas troués, que les femmes ne portent pas de vernis à ongle. En cas d'arrestation, certaines femmes sont emmenées dans des centres pénitentiaires, d'autres sont remises en liberté après avoir signé un document par lequel elles s'engagent à respecter la loi.

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L'été dernier, le président Ebrahim Raïssi avait imposé de nouvelles restrictions vestimentaires, appelant à la mobilisation de "toutes les institutions pour renforcer la loi sur le voile", déclarant que "les ennemis de l'Iran et de l'islam voulaient saper les valeurs culturelles et religieuses de la société". La loi en vigueur depuis 1983 impose aux femmes iraniennes de porter un voile et des vêtements amples en public.

Mais ce samedi, après 11 semaines de contestation dans le pays et plus de 300 morts, le procureur Mohammad Jafar Montazeri a semblé ouvrir la voie à un infléchissement : il a annoncé que le Parlement et le pouvoir judiciaire "travaillaient" sur la question du port du voile obligatoire. Sans en dire davantage. "La meilleure façon de faire face aux émeutes, c'est de prêter attention aux véritables revendications du peuple", la plupart liées "aux moyens de subsistance et aux questions économiques", a déclaré de son côté dimanche le porte-parole de la présidence du Parlement, Seyyed Nezamoldin Moussavi.

Depuis plusieurs semaines, on observe dans la rue de plus en plus d'Iraniennes non voilées - des jeunes femmes, pour la plupart - sans que les forces de l'ordre n'interviennent.