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"La bergère rentrant des moutons", ou l'histoire folle d'un tableau spolié de Pissarro tranchée par la justice

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Le tableau "Bergère rentrant des moutons" de Camille Pissarro est au coeur d'une vraie bataille judiciaire
Le tableau "Bergère rentrant des moutons" de Camille Pissarro est au coeur d'une vraie bataille judiciaire
- Musée d'Orsay - RMN

Ce mardi, le tribunal judiciaire de Paris a étudié une procédure engagée par l'héritière d'un tableau de Camille Pissarro spolié par les nazis pendant la guerre. Elle demande à une université américaine… d'abandonner les poursuites engagées contre elle.

C'est l'histoire, vieille de plus de 80 ans, d'un tableau impressionniste, qui est étudiée ce mardi au tribunal judiciaire de Paris. "La Bergère rentrant des moutons", un tableau de Camille Pissarro, est au cœur d'une bataille entre Léone Meyer, 81 ans, rescapée de la Shoah, et l'université de l'Oklahoma, qui l'a reçu en legs en l'an 2000.

La juge des référés doit se prononcer ce mardi à la fois sur une demande de séquestre de ce tableau, et sur une assignation ordonnant à l'université de l'Oklahoma de cesser ses poursuites contre Léone Meyer. 

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Pour comprendre comment on en est arrivé à cette situation, il faut faire un bond de 70 ans en arrière : en 1940, une famille juive, les Meyer, met à l'abri, dans le coffre d'une banque de Mont-de-Marsan, ce tableau qu'ils possèdent. Mais le tableau est saisi l'année suivante par les nazis

Un accord signé entre la propriétaire et l'Université

Sa trace n'est retrouvée qu'en 1951 en Suisse, puis à New-York en 1957, où un couple de collectionneurs américains le rachète. En 2000, il est cédé en legs à la Fondation de l'université d'Oklahoma. Sauf qu'en parallèle, de l'autre côté de l'Atlantique, la fille adoptive de Raoul et Yvonne Meyer, Léone, se met en quête du tableau spolié

Elle retrouve sa trace en 2013 et lance des négociations avec l'université américaine, qui aboutissent à un accord en 2016 : d'après cet accord, Léone Meyer était reconnue comme propriétaire du tableau, mais en contrepartie, celui-ci devait être d'abord exposé cinq ans en France, puis repartir aux États-Unis, et alterner ensuite d'un pays à l'autre tous les trois ans. En France, il est donc exposé au Musée d'Orsay.

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Le Musée d'Orsay ne veut pas du tableau

L'accord stipule aussi que Léone Meyer devait faire don, avant sa mort, du tableau à une institution culturelle pour qu'elle assure ces allers-retours triennaux. Or le Musée d'Orsay a refusé le don, jugeant que la logistique et l'assurance du tableau seraient trop coûteuses. 

Face à ce "cadeau empoisonné", Léone Meyer dénonce désormais cet accord, et c'est là que s'est engagée la bataille judiciaire, la propriétaire du tableau demandant qu'il puisse rester en France. La justice américaine a donné raison à l'université de l'Oklahoma et ordonné à Léone Meyer d'abandonner les procédures lancées en France, sous peine de millions de dollars de sanctions. 

Vers une mise sous séquestre ?

Problème : la plaignante et ses avocats ne peuvent rien faire contre cette décision américaine. C'est pour cette raison que les avocats ont engagé une procédure similaire en France, mais dans l'autre sens : ils demandent à la justice d'ordonner à l'université d'Oklahoma d'abandonner ses poursuites… engagées donc pour forcer Mme Meyer à abandonner les siennes. Alors que l'avocat de l'université, Me Olivier de Bacque, affirme que "un contrat, c'est sacré", l'avocat de Mme Meyer, Me Ron Soffer, réplique : "Une transaction est sacrée mais ce qu'il y a encore de plus sacré, c'est de restituer un bien spolié par la Gestapo". 

La justice était aussi saisie d'une demande de mise sous séquestre du tableau impressionniste, ce qui permettrait de bloquer le départ du tableau aux États-Unis jusqu'à ce que la procédure soit définitivement close. Les décisions seront rendues le 10 mai prochain, la décision sur le fond étant attendue pour le 2 juin.