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"La Carte postale" d'Anne Berest : un des très grands livres de cette fin d'année selon "Le Masque"

Le dernier livre de Anne Berest "La carte postale" a conquis les critiques du Masque & la Plume
Le dernier livre de Anne Berest "La carte postale" a conquis les critiques du Masque & la Plume
© Maxppp - FRANCK CASTLE

Dans ce roman d'enquête, le prix Renaudot des lycéens 2021 traverse son passé familial pour en retracer l'histoire marquée par la Shoah. Elle rend hommage à la mémoire de ses ancêtres dans un travail de mémoire dont l'originalité du récit a fortement saisi les critiques du Masque & la Plume.

Le livre présenté par Jérôme Garcin

Un gros roman de 528 pages, qui a figuré dans le dernier carré de la sélection Goncourt après avoir traversé un automne tempétueux. Camille Laurens, juré Goncourt, a consacré à ce roman une chronique assassine dans Le Monde et a favorisé l'entrée dans la sélection "Des enfants de Cadillac" de son compagnon François Noudelmann, qui traitait du même sujet : la Shoah. Camille Laurens fut accusée de conflit d'intérêts et de vouloir discréditer le roman d'Anne Berest en écrivant notamment : "elle entre jusque dans la chambre à gaz avec ses gros sabots à semelles rouges". 

Dans ce roman-enquête, à partir d'une simple carte postale et avec l'aide d'un détective privé et d'un criminologue, elle part à la recherche de ses aïeux morts à Auschwitz en 1942, partis de Russie et arrivés en 1929 à Paris via la Lettonie, puis la Palestine et enfin Paris, où ils seront bientôt fichés juifs étrangers. Cette carte postale d'Anne Berest a frôlé le Goncourt et remporté le Prix Renaudot des lycéens 2021. 

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Jean-Claude Raspiengeas salue "un des très grands livres de cette fin d'année"

"C'est un livre formidable. Elle a échappé à tous les prix littéraires alors que : 

C'est un des très grands livres de cette rentrée. Un roman vrai, un récit historique, une enquête contemporaine, un polar initiatique

Un récit dans lequel elle part à la recherche de l'origine de sa famille. Le ressort narratif de cette carte postale est absolument fantastique à tous les sens du terme et, en même temps, assez effrayant dans ce que ça soulève de questions. 

C'est l'exploration d'une généalogie familiale mouvante avec cette famille de juifs errants qui va traverser toute l'Europe et qui, surtout, ne pourra jamais réellement s'installer, car toujours obligée de repartir très vite. Elle parle très bien des réactions des uns et des autres. 

C'est un livre terrible sur la méticulosité effarante, effroyable, rationnelle de la solution finale et de sa mise en œuvre en France sur l'organisation des rafles, sur le zèle des autorités administratives et de la police française, sur la responsabilité de Vichy et de Pétain…

Ce livre est l'antidote absolu de ce que raconte Zemmour et de sa petite propagande, sa petite musique révisionniste sur Pétain, protecteur des juifs français

Si j'ai un conseil à donner aux débatteurs qui adorent faire venir Zemmour à la télé : placer ce livre sur la table des discussions et renvoyer Zemmour à la lecture de ce livre, car tout y est. Un livre qui comprend une énorme documentation qui provient de la mère de l'auteure, qui a accumulé pendant des années les preuves". 

Olivia de Lamberterie aime énormément ce livre, en particulier la force du duo mère/fille 

"Un livre très bouleversant et au centre duquel on peut rappeler la phrase de la petite fille : "À l'école, on n'aime pas trop les juifs". 

Une place importante est accordée à la transmission de ce que c'est d'être juif. Cette enquête est menée par un duo d'enquêtrices génial qui est constitué par Anne et sa mère. Elle cherche qui a écrit et envoyé cette carte postale. 

Ce duo explore toutes les ambiguïtés des relations qu'on peut avoir avec sa propre mère

Elle arrive à incarner tous ses ancêtres de manière vraiment géniale, notamment sa grand-mère et qui se demande comment on fait pour survivre quand ses parents, son frère, sa sœur, son sont morts en déportation…" 

C'est un livre très riche, beau, intelligent qui donne a lire un travail tout à fait remarquable

Arnaud Viviant souligne "la manière inédite de raconter la Shoah"

"C'est surtout une nouvelle génération qui s'exprime d'une manière totalement différente sur la Shoah. C'est quelque chose d'inédit par rapport à beaucoup de livres anciens sur le sujet". 

C'est presque une manière moderne de parler de la Shoah

Élisabeth Philippe applaudit "un très beau travail de mémoire"

"Elle redonne vraiment vie à ces quatre personnes en leur donnant une vraie épaisseur. Ces quatre noms n'étaient que des fantômes, qui venaient la hanter sans qu'elle sache vraiment pourquoi, puisque c'est une histoire qui ne s'est pas transmise. Rappelons que la principale témoin, la grand-mère, n'a rien dit, elle a gardé le silence. 

Ce livre vient combler le silence. Il m'a beaucoup ému. J'étais très touchée par l'enquête, notamment la relation formidable avec cette mère

Anne Berest touche aussi à un tabou ultime qui est la représentation des chambres à gaz. C'est la porte ouverte aux révisionnistes. C'est pourquoi j'aurais aimé qu'elle n'imagine pas… mais qu'elle s'en tienne à l'idée que, imaginer n'est parfois pas possible

Mais son procédé minimaliste et pudique est tellement magnifique qu'elle sauve ses moindres maladresses

Il y a un mélange de candeur, de naïveté et de très grande gravité qui est très touchant. C'est ce qui fait la beauté particulière de ce livre".

Le livre

Écoutez l'intégralité des critiques échangées sur le livre :

"La Carte postale" d'Anne Berest

9 min

📖 LIRE - Anne Berest : "La Carte postale" (Grasset)

► LIVRE OUVERT | D'autres œuvres passées au crible des critiques du Masque et de la Plume sont à retrouver ici.

🎧 Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume, réunis autour de Jérôme Garcin, pour parler cinéma, littérature ou théâtre.