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"La Communauté politique européenne va servir à resserrer les rangs face à l'invasion russe de l'Ukraine"

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Volodymyr Zelensky participera au Conseil politique européen en viso. (Ici à Kiev en juin avec les dirigeants français, italien, roumain et allemand)
Volodymyr Zelensky participera au Conseil politique européen en viso. (Ici à Kiev en juin avec les dirigeants français, italien, roumain et allemand)
© AFP - Ludovic MARIN

La toute nouvelle Communauté politique européenne, lancée à l'initiative d'Emmanuel Macron, réunit ce jeudi, à Prague, 44 pays européens, dont l'Ukraine, le Royaume-Uni et la Turquie. La Russie et la Biélorussie seront les seuls pays du continent à en être absents.

Quarante-trois dirigeants européens ont rendez-vous à Prague (Tchéquie) ce jeudi pour participer à la toute première réunion de la nouvelle Communauté politique européenne (CPE). L'Ukrainien Volodymyr Zelensky sera aussi présent au sommet, mais en visio. Il s'agit d'abord de "resserrer les rangs" face à la Russie et montrer que l'Europe est unie "par une communauté de destin", au-delà des frontières de l'Union européenne, commente Éric Maurice, porte-parole à Bruxelles de la Fondation Schuman.

FRANCE INTER : À quoi va ressembler cette nouvelle Communauté politique européenne ?

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ÉRIC MAURICE : "La CPE ressemblera à une sorte de G20 européen. L’objectif principal est d'avoir des dirigeants autour d'une table, qui discutent à bâtons rompus autant que possible de tous les sujets géopolitiques, économiques, climatiques qu’ils partagent. On parlera notamment de l'énergie, du rapport à la Russie, mais sans être sous pression pour obtenir un résultat (ce qui est le cas d'un Conseil européen).

Ce sera une réunion dans un format inclusif à l'échelle du continent européen, puisqu'il y aura les Britanniques, les Suisses, les Norvégiens, les Turcs, les Balkans occidentaux, l'Ukraine, la Moldavie et qu’on ira même jusqu'au Caucase, avec la Géorgie. On a donc une grande table qui réunit la grande Europe avec l'UE et les autres pays européens, à l’exception de la Russie et de la Biélorussie. Réunir cette Communauté politique européenne va servir à resserrer les rangs face à la déstabilisation géopolitique engendrée par la guerre russe en Ukraine, et c'est une manière de réaligner les positions des pays voisins de l'Union européenne avec les priorités européennes.

Géopolitique
3 min

On voit par exemple que la Serbie joue un jeu très ambigu vis-à-vis de la Russie et de la Chine. On voit qu'Erdogan, en Turquie, joue non seulement un rôle ambigu vis-à-vis de la Russie depuis quelques années, mais en plus il menace ouvertement la Grèce et joue un rôle déstabilisateur à Chypre, qui sont deux pays membres de l'Union européenne. On observe que, depuis le Brexit, les relations avec les Britanniques sont un peu difficiles. L’enjeu de cette réunion est donc de mettre tout le monde autour de la table et d’identifier les défis communs, auxquels il faut faire face en commun."

L’un des moments importants sera la photo de famille, avec les 44 chefs d’État et de gouvernement, avec tous les pays qui ont un pied sur le continent européen, à l’exception de la Russie et la Biélorussie. Il y a là un message politique fort ?

"Ce n'est pas anodin que cette réunion arrive quelques mois après le début de la guerre en Ukraine. Et ce n'est pas anodin non plus qu’elle ait été proposée par la France, 30 ans après l'idée de Confédération européenne portée par François Mitterrand [après la chute du Mur et au moment de l'effondrement du bloc soviétique, NDLR]. On est à un moment historique, où il est nécessaire de rappeler l'unité non seulement de l'Union européenne mais aussi des Européens au sens large, au sens continental et au sens géopolitique.

Et c’est le moment de montrer effectivement, face à la Russie, mais aussi face à la Chine ou d'autres forces déstabilisatrices, que l'Europe, même si l’on n'appartient pas à l'Union européenne, reste quand même une communauté de destin, une communauté qui a les mêmes défis à relever, et qu’il y a un espace de dialogue et de coopération qui ne concerne pas seulement les 27 États membres de l'Union européenne, mais aussi l’ensemble des pays du continent."

Mais il y a déjà plein d'accords entre l'Union européenne et la plupart de ces pays-là : la Norvège, la Suisse mais aussi la Turquie. Qu’est ce que la CPE va apporter de plus ?

"L'avantage de ce format à 44 , c'est justement le fait qu’il va décloisonner les politiques extérieures de l'Union européenne. On a le Partenariat oriental, qui incluait l'Ukraine, la Moldavie, la Géorgie. Il y a les sommets avec les Balkans occidentaux, il y a évidemment les sommets bilatéraux avec la Turquie, les négociations avec le Royaume-Uni, les relations au quotidien plus ou moins difficiles avec la Suisse, mais aussi avec la Norvège. Plutôt que d'avoir ces différents espaces de dialogue avec des sujets qui se recoupent mais avec des moyens d'action ou de discussion différents, on met tout le monde autour de la même table pour discuter de ces mêmes sujets, mais tous ensemble, sans cloisonner. On est dans une démarche inclusive, finalement à l'échelle européenne, pour agréger autour de l'Union européenne tous ces acteurs européens qui font face aux mêmes enjeux."

Et ces enjeux, si on devait les lister ? De quoi vont-ils parler très concrètement ?

"Principalement des questions de sécurité et de stabilité géopolitique, des questions énergétiques, mais à plus long terme, les questions de climat, avec la question de savoir comment va-t-on coordonner l'action climatique. On va aussi parler de stabilité économique, d'inflation, même si les moyens d'action ne sont pas les mêmes entre les États membres de l’UE et les États extérieurs. Il y aura aussi la question des migrations évidemment, notamment avec la Turquie qui reste un acteur très important. Les sujets sont assez larges. Mais Emmanuel Macron, qui est le promoteur de ce format, avait mentionné le climat, l'énergie, la sécurité comme champs de discussion principaux."

Quand le président français Emmanuel Macron avait fait cette proposition, certains pays redoutaient que cela soit une sorte d’antichambre avant une possible adhésion. Finalement ce n’est pas du tout l’objet ?

"Si la France et l'Union européenne voulaient que tout le monde vienne à ce sommet, il fallait dire clairement que ce n'était pas une alternative à l'élargissement, sinon les Balkans occidentaux, qui sont déjà très impatients, très frustrés de la manière dont leurs négociations avancent ou plutôt n'avancent pas, auraient probablement refusé de venir. Même chose pour l'Ukraine et la Moldavie. Avoir la Turquie à la table, ou le Royaume-Uni, évidemment, montre bien que ce n'est pas lié à l'élargissement."