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La diplomatie du bord du gouffre de l’Iran

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Le président Hassan Rouhani a justifié le nouvel accroc à l’accord de Vienne en le présentant comme la réponse au "terrorisme nucléaire israélien"
Le président Hassan Rouhani a justifié le nouvel accroc à l’accord de Vienne en le présentant comme la réponse au "terrorisme nucléaire israélien"
© Maxppp - EPA/MAXPPP

En pleine négociation sur le nucléaire avec les grandes puissances qui doivent reprendre jeudi 15 avril à Vienne, l’Iran a annoncé son intention d’enrichir son uranium à 60%. Une façon de faire monter les enchères juste après le sabotage de son usine de Natanz que Téhéran attribue à Israël.

Rendre coup pour coup, mais toujours laisser la porte ouverte à un accord avec les grandes puissances. Telle est la stratégie à haut risque adoptée par la République islamique. 

Après le sabotage de son usine de Natanz, l’un des principaux centres nucléaires du pays, l’Iran donne un nouveau coup d’accélérateur à son programme nucléaire et sort encore plus franchement des clous fixés par l’accord de Vienne de 2015 qui l’autorisait à enrichir son uranium jusqu’à 3,67%.

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En passant de 20 à 60%, les Iraniens se rapprochent de la bombe nucléaire, qu’ils se défendent pourtant de vouloir produire. Il leur faudrait pour cela arriver à un niveau d’enrichissement de 90%. 

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Une réponse au "terrorisme nucléaire israélien"

Le président Hassan Rouhani a justifié ce nouvel accroc à l’accord de Vienne en le présentant comme la réponse au "terrorisme nucléaire israélien". "Pour chaque crime, nous vous couperons les mains," a-t-il poursuivi.

Vis-à-vis de son opinion publique, le régime iranien ne pouvait pas rester les bras croisés après l’attaque de l’usine de Natanz, mais il n’a pas l’intention forcément de se lancer dans une escalade aventureuse.

"Les Iraniens sont acculés à discuter avec les Américains", analyse l’avocat franco-iranien Ardavan Amir-Aslani. "Ils ne veulent pas faire capoter les négociations en cours à Vienne. Ils n’ont pas le choix et veulent forcer les Américains à un accord."

Malgré les tensions, le dossier du nucléaire iranien se joue encore sur le terrain diplomatique. Les Iraniens affirment que leurs mesures d’enrichissement sont réversibles mais à condition que les États-Unis lèvent leurs sanctions économiques. 

L’équation diplomatique n’a plus rien à voir avec celle de 2015 qui avait abouti à l’accord nucléaire de Vienne. À l’époque, les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne avaient fait preuve de leur unité pendant tout le processus de négociations.

Une unité des grandes puissances affaiblie

Or, cette unité semble moins forte aujourd’hui. Dans son bras de fer avec les grandes puissances occidentales, la République islamique peut compter sur la Russie et la Chine, deux pays sous sanctions américaines. 

Pékin, qui achète du pétrole iranien, vient de signer un partenariat stratégique de 25 ans avec Téhéran. Un accord s'intégrant dans le projet des routes de la soie imaginé par la Chine. Un pied de nez aux États-Unis.

Lors d’une récente visite à Téhéran, Sergeï Lavrov, le patron de la diplomatie russe, s’en est violemment pris aux États-Unis et aux Européens qui ont rétablis de nouvelles sanctions contre huit responsables iraniens pour leur rôle dans la répression violente d’une vague de contestation en novembre 2019

"Si cette décision a été prise de manière volontaire en pleines négociations à Vienne (...), alors ce n’est plus malheureux, c’est une erreur qui serait pire qu’un crime", a lâché Lavrov, exhortant les Européens à prendre "des mesures pour empêcher un échec des négociations".

Les Européens – France, Allemagne et Royaume-Uni – ont certes qualifié les dernières mesures iraniennes de "développement grave",  et appelé "l’Iran à ne pas compliquer davantage le processus diplomatique", mais eux-aussi ne veulent pas rompre les négociations de Vienne. D’où leur réaction finalement assez mesurée.

Toutes les parties semblent donc coincées et forcées à négocier. "Les États-Unis et les Européens non pas le choix non plus", explique Ardavan Amir-Aslani. "En poursuivant un enrichissement de son uranium à un tel niveau, l’Iran devient un électron libre, un danger pour la sécurité régionale et internationale.»

Autant dire que la pression est grande sur les délégations réunies à Vienne. Les diplomates vont devoir faire preuve d’une grande créativité pour sortir de cette dangereuse impasse nucléaire.