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La FFF envoie un brassard "One Love" aux clubs de foot amateurs, certains dénoncent une "grande hypocrisie"

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Le brassard "One Love" qui fait tant parler depuis le début de la coupe du monde au Qatar.
Le brassard "One Love" qui fait tant parler depuis le début de la coupe du monde au Qatar.
© AFP - SEBASTIAN GOLLNOW / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

La Fédération française de football a envoyé des brassards "One Love" à des clubs amateurs, ainsi qu'une lettre leur demandant de les porter pour montrer leur "unité contre toute forme de discrimination". Une initiative qui détonne avec la position affichée à la Coupe du monde au Qatar.

La Coupe du monde au Qatar bat son plein, mais les polémiques et critiques demeurent, notamment au sujet du brassard arc-en-ciel "One Love", signe de soutien aux minorités LBGTQI+ et de lutte contre les discriminations. Au départ, huit sélections européennes, dont la France, l'Allemagne et le Danemark, s'étaient engagées, à porter le brassard sur les pelouses du Qatar. Elles  ont renoncé à ce geste symbolique face aux menaces "sportives" de la FIFA.

De son côté, la Fédération française de football, avant même le début de la compétition, s'était dit réticente sur le fait que son capitaine, Hugo Lloris, porte ce brassard durant le Mondial. Quelques jours plus tard, dans le journal L'Équipe, le président Noël Le Graët avait déclaré : "On applique les directives de la FIFA, point final. (...) Je trouve très bien que la FIFA ait pris la décision que tout le monde porte le même brassard. À la Coupe du monde, je suis la position de la FIFA."

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"La fédération s'achète une conscience"

Mais à la mi-novembre, la FFF a envoyé à un certain nombre de présidents de clubs amateurs deux brassards "One Love", ainsi qu'une lettre leur demandant de les faire porter aux capitaines de leur équipe durant les matchs afin de  "montrer son unité contre toute forme de discrimination". De quoi provoquer la colère de certains dirigeants de clubs ou d'associations militantes.

"On le prend comme une grande hypocrisie de la Fédération française de football, qui est incapable de donner des instructions à des footballeurs professionnels mais qui oblige presque les clubs amateurs à porter ce brassard", réagit Cédric Garnier, le président du club de foot de Bretteville-sur-Odon, près de Caen, qui compte environ 280 licenciés.

Il a reçu deux brassards "One Love" et cette initiative de la FFF l'agace : "La fédération s'achète une conscience. Le football amateur a besoin de 1000 autres choses que de brassards de capitaine." "Ce qui nous dérange encore plus c'est qu'il y a aussi cette notion de 'n'hésitez pas à communiquer' sur le fait de porter le brassard. Mais moi, je n'ai pas envie forcément de communiquer là-dessus dans le sens où j'ai peur de l'effet boomerang, que l'on prenne à partie mon club en disant 'vous, vous le portez, pourquoi les pros ne le portent pas ?'", ajoute Cédric Garnier. Le président du club conclut : "Je n'ai pas envie d'être l'avocat ni le juge de la Fédération française de football. Il faut qu'elle assume." Il dénonce aussi le fait qu'un club passe "pour le vilain petit canard" si ses joueurs ne portent pas le brassard.

Le dirigeant l'assure, le club soutient évidemment la cause et ses joueurs porteront le brassard, mais il tient à passer un message à faire passer à la FFF. "Pour qui nous prennent-ils ? Descendez de votre plateau doré à Paris. Cette discrimination, je la combat depuis dix ans au club. On est vigilant au moindre petit geste, et souvent ces gestes ne proviennent même pas des joueurs adultes. Ce sont souvent les parents de jeunes enfants qui peuvent avoir des remarques déplacées donc nous, on traîne aux abords des terrains pour contrer cela."

Des effets positifs constatés néanmoins

À l'autre bout du pays, au sein du FC Latour Bas Elne, dans les Pyrénées-Orientales, l'équipe a également reçu deux brassards "One Love". D'ailleurs, plusieurs équipes, dès la catégorie des -15 ans, ont déjà joué avec. Le président, Lorenzo Rubio, dénonce lui aussi "l'hypocrisie" de la Fédération mais remarque toutefois des effets positifs chez les jeunes.

"Des joueurs et joueuses qui se sont portés volontaires quand je leur ai présenté le brassard. Certains étaient au courant de la signification, d'autres ont demandé ce que c'était. Avant même que je réponde, certains ont dit 'oui, c'est le brassard interdit au Qatar'. D'autres ont dit 'oui, c'est le brassard pour défendre lez LGBT. Ç**a les a fait réagir et c'est intéressant de provoquer des discussions et en même temps ça permet de créer de la cohésion et de consolider ce lien de solidarité." Au sein du club ces deux brassards "One Love" seront portés chaque week-end.

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Ce brassard fait décidément beaucoup parler, à tel point que le collectif Rouge Direct contre l'homophobie dans le football demande à la ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra et à Noël Le Graët, président de la FFF, de porter ce brassard samedi soir au Qatar, alors qu'ils assisteront au quart de finale de la France face à l'Angleterre. Rouge Direct craint que "la présence d’un membre du gouvernement français", à la Coupe du monde organisée par le Qatar "équivaillle à un brevet officiel de respectabilité pour cette monarchie autoritaire, liberticide, esclavagiste, écocide et homophobe". Le collectif note qu'il est tout de même "possible d’assister à un match du Mondial sans tout à fait renier la valeur universelle des Droits de l’Homme", en portant le brassard.