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La fin des dinosaures s'est produite au printemps (on le sait grâce à des os de poissons)

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Vue d'artiste de la chute de l'astéroïde Chicxulub
Vue d'artiste de la chute de l'astéroïde Chicxulub
- Joschua_Knuppe

Le règne des dinosaures a pris fin au printemps il y a 66 millions d'années. Ce détail de la saison, mis en évidence grâce à l'analyse poussée aux Rayons X d'os de poissons, permet de mieux comprendre pourquoi d'autres espèces, les mammifères par exemple, ont survécu à cette extinction de masse.

Tout a commencé en 2017 lorsque Mélanie During, une jeune paléontologue aux cheveux roses a rapporté du Dakota des fossiles de poissons. Des esturgeons et des spatulaires parfaitement conservés dans une gangue, figés au moment de leur mort il y a 66 millions d'années qu'elle a ensuite pu passer aux rayons X. Ceux du synchrotron européen ESRF basé à Grenoble en l'occurrence, devenu au fil des années un outil privilégié pour les découvertes en paléontologie. Le niveau d'énergie des rayons X est tel qu'il permet  de scruter dans les moindres détails la matière. Pour les poissons étudiés, ce sont les os et les branchies qui ont été étudiés, jusqu'aux détails des cellules. 

Melanie During devant une coupe d'os de spatulaire
Melanie During devant une coupe d'os de spatulaire
- Uppsala Universitet

Car les cellules osseuses chez ces vertébrés sont des témoins de la croissance, un peu comme les cernes des arbres. "Parmi tous les poissons étudiés, la densité et le volume des cellules osseuses peuvent être tracés sur plusieurs années et indiquent si c'était le printemps, l'été, l'automne ou l'hiver", explique Dennis Voeten, chercheur à l'université d'Uppsala dans un communiqué de l'ESRF.  Après des années d'analyse, "on a découvert que ces animaux s'étaient tous arrêtés de vivre en même temps, à la même période de l'année", complète Sophie Sanchez, paléontologue à l'Université d'Uppsala en Suède. "La squeletto-chronologie nous a montré que tous les animaux sont morts au moment de la reprise de la croissance rapide du squelette quand on est au printemps". 

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Le régime alimentaire dévoilé

En parallèle, l'équipe a effectué une analyse des isotopes du carbone pour déterminer le régime alimentaire annuel d'un poisson. Elle a révélé que les animaux avaient tout juste commencé à reprendre leur croissance saisonnière qui coïncide avec un bloom de zooplancton, autrement dit une forte disponibilité de nourriture à ce moment précis. Ce plancton a enrichi le squelette du poisson avec un certain isotope du carbone et ce signal selon Mélanie During "confirme que la saison d'alimentation n'avait pas encore atteint son apogée et que la mort est survenue au printemps".

"Le synchrotron a aussi permis d'identifier dans les branchies des petites particules appartenant à l'astéroïde qui a frappé la terre il y a 66 millions d'années à la fin du Crétacé", poursuit la scientifique co-autrice de l'article paru dans Nature.  

Fossile de poisson
Fossile de poisson
- Melanie During

Pourquoi certains animaux ont survécu

La présence de ces poussières montre que ces animaux sont tous morts quelques minutes après l'impact qui a donc eu lieu au printemps. Un détail qui pourrait sembler futile au regard d'une datation encore très floue (66 millions d'années) or il est, au contraire, capital. Car le printemps est la saison où la majorité des vertébrés entrent en reproduction pour pouvoir assurer la survie des générations futures, ajoute Sophie Sanchez. La collision avec l'astéroïde ayant eu lieu dans l'hémisphère Nord, c'est là que l'impact a été le plus fort même si au sud, l'automne est aussi une saison majeure, celle où les animaux font des stocks pour passer l'hiver et entrer en hibernation.

L'extinction massive des dinosaures a cependant épargné certains individus... Les oiseaux par exemple, qui sont les descendants des dinosaures. Peut-être ont-ils survécu à la crise du Crétacé, parce que leur façon de se nourrir est opportuniste. Ils mangent ce qu'ils trouvent : des vers enterrés, des graines, ce qui est disponible. D'autres animaux comme les reptiles ont, quant à eux, peut-être été capables de rester plusieurs mois sans se nourrir, ce qui expliquerait leur survie au cataclysme.