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La France, "mauvaise élève" de l'intégration des réfugiés sur le marché du travail, selon un rapport

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Hussain, demandeur d’asile originaire d’Afghanistan, a posé pour l'exposition "Avec mes bagages", destinée à promouvoir l’intégration des exilés sur le marché du travail.
Hussain, demandeur d’asile originaire d’Afghanistan, a posé pour l'exposition "Avec mes bagages", destinée à promouvoir l’intégration des exilés sur le marché du travail.
- JRS France

Un rapport publié par JRS, une organisation de défense des demandeurs d'asile et réfugiés, juge la France "à la traine dans l’Union européenne" en matière d'intégration de ces migrants dans le marché du travail.

L'organisation JRS France (Jesuit refugee service) qui lutte contre l'exclusion des demandeurs d'asile et des réfugiés, vient de publier un rapport "Bien accueillir les réfugiés et mieux les intégrer". Le rapport établit une analyse comparative des dispositifs français et européens en matière d’intégration professionnelle des demandeurs d'asile et des réfugiés. Et le jugement que les auteurs en tirent, concernant la France, est sévère.

La "mauvaise exception française" dans l'Union européenne

Ils jugent que la France est "à la traîne dans l’Union européenne" en matière d’accueil des demandeurs d’asile, en particulier pour leur accès au marché du travail, depuis "la suppression de leur droit au travail" avec la circulaire Cresson, en 1991. Selon l'étude de JRS, la France partage la dernière place avec la Hongrie pour l’accès effectif au marché du travail des demandeurs d’asile. Elle fait partie des cinq États de l'UE qui leur refusent encore l’accès aux formations professionnelles et des sept États qui n’ont pas de politique linguistique pour les demandeurs d’asile, décrit le rapport.

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La France fait aussi figure de "mauvais élève" en ce qui concerne le cadre législatif et réglementaire pour l’accès des réfugiés à l’emploi. "Elle se situe, par exemple, juste derrière la Roumanie et la Lettonie, détaille le rapport. En matière de reconnaissance des diplômes, la France est en bas de l'échelle, aux côtés de la Grèce, de la Roumanie et la Hongrie.

De nombreux obstacles à l'intégration dans le marché du travail

Premier obstacle : La procédure de demande d'asile est longue, elle peut prendre plusieurs années. Or, pendant la durée de la procédure, "les demandeurs d’asile n’ont accès ni au travail ni aux formations ni aux cours de français", déplore-t-elle. Pour Guillaume Rossignol, directeur adjoint de JRS France, interrogé par France Inter, il faudrait pourtant "démarrer le processus d'intégration le plus tôt possible, dès l'arrivée sur le territoire. Je pense que les autres pays européens sont beaucoup plus pragmatiques, analyse-t-il, puisqu'ils se disent : 'pourquoi ne pas permettre à des personnes présentes sur le territoire de travailler ?'. Alors qu'en France, on les considère comme des déboutés en puissance, et c'est une erreur".

Par ailleurs, les auteurs soulignent "la lourdeur des règles applicables à la délivrance d’une autorisation de travail", nécessaire en France pour accéder au marché du travail. Pour l'obtenir, il faut une promesse d’embauche ou un contrat de travail. Seuls six autres pays européens (Autriche, Chypre, République Tchèque, Hongrie, Luxembourg, Pays-Bas) exercent cette procédure. 

Enfin, "la question des professions réglementées et des emplois fermés pour les réfugiés demeure un des grands obstacles pour l’accès au travail. En France, 20% des emplois sont fermés aux étrangers issus de pays tiers soit 5,4 millions d’emplois dont plus d’un million dans le secteur privé.", constate le rapport. Les emplois de la fonction publique sont fermés aux étrangers non communautaires (hors UE). De même que toutes les professions réglementées (qu'on retrouve dans les domaines du médical, des professions libérales, de l’artisanat...).

Les "bonnes pratiques" ailleurs en Europe

L'organisation recommande d'autoriser les demandeurs d’asile à percevoir une allocation de retour à l’emploi pour promouvoir leur autonomie et de mettre à profit le temps de la procédure "pour identifier et évaluer leurs compétences", suggère l'organisation qui cite en exemple "tous les pays nordiques". Elle souhaite aussi une mise en relation avec les potentiels employeurs, comme cela se fait en Finlande et aux Pays-Bas avec le programme "Recommend a refugee", et un encouragement à l'entreprenariat.

La reconnaissance des diplômes est aussi un enjeu pour les auteurs. Elle pourrait notamment permettre d’ouvrir l’emploi dans le secteur public aux personnes exilées. Cela s'est produit exceptionnellement au cours du premier confinement, via les dispositifs de réserve sanitaire et l'opération "#Renforts-Covid" : "sans avoir satisfait aux épreuves de vérification de connaissances, les réfugiés diplômés hors Union Européenne, exerçant dans leur pays d’origine la profession de médecin, chirurgien-dentiste ou pharmacien, pouvaient être recrutés par les établissements publics de santé, sous un statut contractuel, en attendant l’obtention de leur titre". Pour l'association, il faudrait poursuivre ces dispositifs, "comme cela se fait dans d'autres pays européens".