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La France renforce son niveau d'alerte et déploie trois sous-marins nucléaires en mer

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Le sous-marin nucléaire lanceur d'engins "Le Téméraire", en 2016 à l'Ile Longue, en Bretagne.
Le sous-marin nucléaire lanceur d'engins "Le Téméraire", en 2016 à l'Ile Longue, en Bretagne.
© Maxppp - Claude Prigent

La France vient de rehausser son niveau d'alerte en matière de dissuasion nucléaire. Désormais, trois des sous-marins dotés de cette arme sont en mer, une situation inédite.

C'est sans doute le résultat ou tout simplement la réponse à la mise en alerte maximale des forces nucléaires russes, annoncée par le Kremlin quasiment au lendemain du déclenchement de sa guerre en Ukraine. La France notamment, seule puissance nucléaire européenne avec la Grande-Bretagne, vient aussi de relever son niveau d'alerte nucléaire : trois des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) dont dispose la Marine nationale sont désormais à la mer.

Bien sûr, nul n'apportera confirmation ou démenti à ce déploiement : la Marine nationale et les Forces armées en général ne communiquent jamais, aucunement, quant aux mouvements des forces spéciales comme des forces stratégiques, celles sur qui reposent la dissuasion française. 

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Discrétion

Rien d'étonnant : l'essentiel de la stratégie de cette dissuasion repose en effet sur la discrétion. L'adversaire doit être certain que, quel que soit le moment, la France a les moyens de répondre à une attaque par une contre-attaque, nucléaire et dévastatrice, venue de n'importe où, les SNLE ayant les capacités de se fondre dans les fonds océaniques pendant des mois. 

Quant aux mouvements de ces sous-marins nucléaire lanceurs d'engins, c'est donc en général la presse locale, et en l'occurrence le quotidien Le Télégramme, qui chroniquent leurs mouvements. À Brest, le Télégramme a donc annoncé le départ en patrouille d'un second SNLE le 1er mars, juste après la mise en alerte des forces nucléaires russes, une première depuis longtemps. 

Avec ses 16 missiles balistiques d'une portée de 8 à 10.000 km nantis chacun de six ogives nucléaires de 100 kilotonnes, chaque sous-marin nucléaire lanceur d'engins français peut donc normalement remplir à lui seul la mission principale de dissuasion. La force de frappe française est en mesure de dissuader n'importe quel agresseur de s'en prendre au territoire national, à moins de vouloir subir une réponse dévastatrice.

Situation inédite ces dernières années

En temps normal, sur les quatre SNLE français il y en toujours au moins un à la mer, et un en carénage. Chaque bâtiment est armé par deux équipages, ce qui permet de multiplier patrouilles et missions. C'est sans doute pour éviter de laisser plus d'un SNLE à quai, qu'un troisième départ en patrouille a été décidé ses dernières semaines. 

"Il faut comprendre qu'un sous-marin à quai ou en grand carénage, peut parfaitement être frappé par un tir de missile ou un sabotage, remarque le journaliste Jean-Marc Tangui, spécialiste des questions de défense qui a révélé la troisième mise à la mer d'un SNLE dans l'hebdomadaire Air & Cosmos. "En disséminant les trois SNLE disponibles", poursuit-il, "la France multiplie par trois son 'assurance-vie' ; il s'agit d'une décision parfaitement rationnelle, même si jusqu'à présent ça n'était jamais arrivé ; c'est la première fois depuis que la marine est passée à ce format de quatre SNLE qu'on en a trois à la mer simultanément".

La puissance de feu théorique combinée de ces trois SNLE, armés chacun de 16 missiles portant six ogives, représente l'équivalent de près de 2000 fois la bombe d'Hiroshima