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La liberté de la presse à l’épreuve de la méthode chinoise

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La Chine épinglée par RSF pour le manque de liberté de la presse
La Chine épinglée par RSF pour le manque de liberté de la presse
© AFP - WANG ZHAO

Sur le territoire chinois, la chasse aux journalistes est ouverte depuis 2013. Dans un rapport de publié ce mardi, Reporters Sans Frontières (RSF) passe au peigne fin tous les moyens mis en œuvre pour museler la liberté de la presse.

Depuis son arrivée à la présidence en 2013, Xi Jinping s’est doté d’un arsenal massif et protéiforme dans le but de réduire à néant la liberté d’informer. Dans un rapport de 42 pages, publié ce mardi, Reporters Sans Frontières (RSF) recense tous les moyens mis en œuvre par Pékin pour museler, punir et persécuter ceux qui osent dévier de la propagande imposée par le régime.

Cette croisade contre le journalisme a déjà porté ses fruits. Dans son avant-propos, le secrétaire général d’RSF Christophe Deloire explique que cette "nouvelle culture médiatique (…) dans laquelle s’informer librement est un crime" place aujourd’hui la Chine parmi les pays les plus hostiles à la contradiction. Au classement 2021 de la liberté de la presse, la 2ème puissance économique mondiale apparaît au 177ème rang, deux places au-dessus de la Corée du Nord, "pays dans lequel le journalisme est réduit à la propagande d’Etat" indique RSF.

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Surveillance massive et menace réelle

Reporters Sans Frontières dévoile, au fil de ce rapport, un système de contrôle effrayant et particulièrement innovant. Depuis octobre 2019, tous les journalistes chinois souhaitant renouveler leur carte de presse sont désormais obligés de télécharger "Etudier Xi, renforcer le pays", une application officielle dotée de ce que l’on appelle une porte dérobée qui aspire, modifie, espionne toutes les données personnelles. 

C’est l’une des nombreuses composantes de "La grande muraille de l’information", un appareil de censure monumental bâti par Pékin permettant de bloquer les sites considérés comme indésirables (via le tentaculaire réseau social WeChat), piocher dans toutes les conversations privées et allant même jusqu’à harceler les journalistes ciblés, la mission des "petits roses", nous expliquent les experts d’RSF, un bataillon de trolls qui discrédite immédiatement la moindre information se détournant du récit imposé, chaque jour, par le PCC (Parti Communiste Chinois).

Le rapport met au jour "l’obsession du contrôle de l’opinion publique" des dirigeants chinois et leur tendance à multiplier les thématiques interdites. Sur la pandémie de COVID, RSF s’appuie sur une enquête conjointe du New York Times et de ProPublica évoquant les 3200 directives et 1800 notes publiées, en seulement 4 mois, par l’Administration chinoise du cyberespace pour influencer l’opinion. Le Tibet, Taïwan, Hong Kong, le Xinjiang, la corruption sont autant de lignes rouges fixées par le PCC et dont le franchissement peut être passible d’emprisonnement.

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"Une invitation à prendre le thé"

Cette surveillance massive des blogs, des médias et des journaux en ligne n’empêche pas une menace réelle les auteurs de contenus. 127 journalistes sont actuellement emprisonnés ou placés dans ce que le régime appelle une "résidence surveillée dans un lieu désigné", en réalité, une mise à l’isolement total où tous les droits de la défense sont bafoués, où les personnes ciblées sont très souvent soumis, affirme l’ONG, à des actes de tortures. 

Et c’est au nom de la loi que ces journalistes sont privés de leur liberté. La "Guerre juridique" ou "Lawfare", mise en œuvre pour contrôler la contestation Hongkongaise, sert également de socle pour anéantir toute démarche journalistique à l’intérieur du pays. Des textes de loi établissant des crimes "fourre-tout" explique RSF, "espionnage, subversion, provocation de troubles" passibles de la peine capitale ou de la réclusion à perpétuité. Avant d’en arriver là, les fonctionnaires chargés de la censure, dans l’atmosphère faussement feutrée du département de la propagande, convoquent les journalistes chinois et les correspondants étrangers les plus "gênants". Des invitations "à prendre le thé" explique le rapport, généralement le dernier avertissement avant d’être arrêté ou expulsé.