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La Ligue Île-de-France de rugby part à la conquête des banlieues

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Le rugby francilien investit les quartiers populaires comme à Grigny, en Essonne
Le rugby francilien investit les quartiers populaires comme à Grigny, en Essonne
© Radio France - Fanny Lechevestrier

À deux ans de la Coupe du monde en France, le rugby tricolore séduit de plus en plus mais il lui reste un territoire à conquérir : les banlieues. La Ligue Île-de-de-France lance un projet d'un million d'euros et embauche 24 animateurs sportifs territoriaux pour développer la pratique du rugby au pied des cités.

La Ligue Île-de-France de rugby vient de lancer un vaste plan de développement du rugby dans les quartiers populaires. Le projet, baptisé "24 clubs - 24 QPV" (QPV pour quartier prioritaire de la ville), s'avance avec un budget d'un million d'euros pour la première année et le recrutement de 24 animateurs sportifs territoriaux en lien avec les clubs. L'objectif : démocratiser une discipline encore méconnue dans certains territoires et y développer ses valeurs éducatives. Pour Florian Grill, le Président de la Ligue Île-de-France de rugby à l'origine du projet, "le club doit être le reflet de la vie réelle et les quartiers prioritaires de la ville doivent aujourd'hui y trouver leur place".  

Nous, on ne connaît pas ce sport. Déjà, un ballon de rugby coûte plus cher qu'un ballon de foot. Naturellement, au pied des immeubles, on joue au foot.

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Pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants du projet, nous nous sommes rendus dans l'un des 72 quartiers prioritaires de la ville choisis pour lancer l'opération, à Grigny, en Essonne, au pied des cités de la Grande Borne et de Grigny 2. 

"Au début, j'appréhendais"

Ce jour-là, ils sont une vingtaine de jeunes, malgré le froid et la grisaille, à multiplier les jeux, un ballon ovale dans les mains. Parmi eux, Dora et Cédrine, 15 ans, qui, il y a peu, ne connaissaient encore rien au rugby. "Je ne vais pas vous mentir, moi, j'étais plutôt football à la base. L'idée que j'avais du rugby, c'était des brutes, un sport qui fait mal", nous explique ainsi Dora. Et Cédrine d'ajouter : "Moi, sans une initiation dans mon collège, je n'aurais jamais découvert le rugby, je ne serais jamais venue m'inscrire dans un club. Au départ, cela me faisait peur aussi.

C'est pour changer tout cela que l'Internationale française et troisième ligne du Stade Français Paris, Coumba Diallo, a décidé de s'investir dans le projet en en devenant la marraine au côté de l'ancien capitaine du XV de France Abdelatif Benazzi. Originaire de Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, Coumba Diallo ne serait elle aussi jamais allée vers le rugby sans les conseils de l'un de ses professeurs de sport : "Moi aussi, au début, j'appréhendais car le rugby, ce n'est pas commun. Déjà parce parce qu'en banlieue, on ne connaît pas ce sport. Un ballon de rugby coûte plus cher qu'un ballon de foot. Le prix est vraiment un frein dans les cités, payer son équipement, sa licence pour aller dans un club, c'est compliqué. Si, avec ce programme, on peut aller voir les jeunes, leur présenter notre sport et leur dire on peut vous aider à en faire, ce sera bénéfique pour tout le monde", explique la Francilienne. 

"Si je peux leur dire, regardez, je viens aussi d'un quartier populaire, je suis une femme, je joue au rugby et cela m'a beaucoup aidé pour prendre confiance en moi. Même à l'heure actuelle, on a toutes encore des tontons qui nous disent mais qu'est ce que tu fais avec un short ! Ce que je veux, c'est leur montrer que c'est possible. Après les jeunes, il faut aller les chercher, vraiment les encadrer, les soutenir car tu peux vite dévier, et leur donner confiance."

A Grigny, la découverte du rugby passe par des jeux collectifs, loin de la performance pure
A Grigny, la découverte du rugby passe par des jeux collectifs, loin de la performance pure
© Radio France - Fanny Lechevestrier

Et c'est justement tout le travail des animateurs sportifs territoriaux recrutés par la Ligue, comme Sofiane Faresse. Enfant de Grigny lui-même, il va dans les écoles pour présenter son club, il multiplie aussi les initiations au pied des immeubles : "C'est compliqué bien sûr parce que ce n'est pas le sport numéro un dans les cités. Il faut vraiment aller les chercher. Alors, on vient avec quelques ballons au pied des immeubles, quelques plots, avec un petit goûter aussi et cela attire quelques jeunes". Il y a également tout un travail administratif à faire pour que le sport coûte le moins cher possible aux familles : indiquer les aides, comme le PassSport par exemple et les "familles sont sensibles à notre investissement, cela nous ramène des licenciés" souligne Sofiane. 

Mais son ambition est aussi d'utiliser le rugby comme un vecteur éducatif : "Leur inculquer le respect, la cohésion via le rugby", explique-t-il. Même si, "au départ, ce n'était pas gagné. On avait des comportements où certains sortaient du terrain parce qu'ils n'étaient pas contents, il y avait pas mal d'insultes qui fusaient un peu partout. Aujourd'hui, il y a encore et encore du travail à faire mais la plus grosse partie est faite, un regard, un petit signe et ils comprennent maintenant quand ils vont trop loin". 

"C'est la famille, comme une deuxième maison maintenant. On apprend à être sociable" 

Et tout doucement, le rugby parvient à se faire une place à Grigny avec aujourd'hui une quarantaine de licenciés au club, "leur deuxième maison" comme nous ont répété plusieurs jeunes joueurs et joueuses.  "Grâce au rugby, on est beaucoup plus soudé qu'avant", nous dit ainsi Momo. Et Kelly, qui rigole à ses côtés, d'abonder : "C'est à dire que quand on joue ensemble, cela crée des liens d'amitié. Ce n'est pas comme au foot, le rugby, on ne peut pas jouer tout seul, être individualiste. Ici, c'est devenu notre deuxième famille, les garçons et les filles réunies ! On fait des soirées ensemble. On se donne rendez-vous au local pour discuter. Quand il y en a un qui n'est pas bien, ou quand on se dispute, on va au local et on parle jusqu'à ce que le problème soit réglé ! Ici, on apprend à être sociable.

Pour d'autres comme Dora, le rugby devient aussi un moyen de s'affirmer : "On en a entendu des belles phrases, vous savez, du genre t'es une fille, tu ne peux pas faire du rugby, c'est pour les garçons, il faut plaquer, après tu vas taper ton mari ! Là, on casse les préjugés ! Tout le monde fait du foot, tout le monde fait du tennis. Et bien nous, on fait du rugby et en plus, on en est fières !"

Avec 230 quartiers prioritaires de la ville en région parisienne, le potentiel est énorme. La Ligue Ile-de-France espère rapidement pouvoir embaucher 20 autres animateurs territoriaux, avec le soutien de mécènes (70% du budget aujourd'hui) et des collectivités locales, pour d'ici 2024, former quelque 4000 licenciés supplémentaires.