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"La loi de Téhéran" de Saeed Roustayi : le film de l'été sinon de l'année d'après "Le Masque & la Plume"

L'acteur Payman Maadi dans le film "La Loi de Téhéran" de Saeed Roustayi (2021)
L'acteur Payman Maadi dans le film "La Loi de Téhéran" de Saeed Roustayi (2021)
- Wild Bunch Stars

Le jeune réalisateur iranien signe son second long métrage, très applaudi à l'occasion de sa présentation à la dernière Mostra de Venise. Ici, verse dans le polar social et traduit la cruauté du pouvoir iranien, réalisant un film très documenté, que les critiques du "Masque & la plume" ont trouvé magistral.

Le film présenté par Jérôme Garcin

C'est un thriller qui a reçu une standing ovation au dernier Festival de Venise. 

Dès la scène d'ouverture, c'est une descente musclée de la police de Téhéran dans une cache de dealer. On sait ce que l'on va voir : la traque d'un parrain de la drogue, Nasser Khakzad, joué par Navid Mohammadzadeh. Traque menée par un flic aux méthodes brutales, Samad, joué par Payman Maadi. 

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Ça se passe dans un pays où la vente de crack a explosé, où la plus petite possession de drogue est punie de la peine de mort par pendaison. Il y aurait 6,5 millions de toxicos en Iran. C'est le deuxième film de ce réalisateur, après "Life and a day". C'est un choc où l'on apprend toutes les méthodes que trouvent les trafiquants, qui ont toujours une longueur d'avance sur les flics et vont jusqu'à utiliser des catapultes ou creuser des tunnels pour faire passer leurs marchandises. 

C'est un des plus gros succès populaire en Iran du cinéma contemporain

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Xavier Leherpeur en est sorti "estomaqué tant il l'a trouvé magistral"

XL : "Quand j'ai vu le film, je me demandais pourquoi le distributeur y croyait si peu. 

C'est le meilleur film de l'été, et un des meilleurs de l'année. Ça m'a estomaqué

Je le trouve stupéfiant de maîtrise scénaristique et de maîtrise de mise en scène. Le scénario ne connaît aucun temps mort et aucune rupture de rythme. Ça dure 2h15 mais qu'on ne voit pas du tout passer. C'est un film qui repose sur la possibilité, pour la mise en scène, d'installer des décors, des ambiances, des moments anxiogènes extraordinaires. 

La poursuite, au tout début du film, qui s'achève sur une note à la fois ironique et terriblement tragique, donne déjà des indices sur la suite. Il n'y a rien d'inutile, il n'y a rien de grave, car le scénario a été épuré au scalpel. Il y a des idées de réalisation, de mises en scène extraordinaires comme au moment où on arrête un des parents qu'on place dans une cellule. Cette cellule où, dès que la porte s'ouvre, arrivent 10, 20, 30 prisonniers qui repoussent constamment ce prisonnier qui nous intéresse, dont l'histoire est racontée, au fond de la cellule. Il crée en réalité un jeu de pouvoir, de manipulation. 

C'est constamment et remarquablement écrit, mis en scène et interprété, jusqu'à la scène finale qui m'a coupé le souffle, et que j'ai trouvé magistrale - à l'image du film".

Pour Eric Neuhoff c'est "du pur cinéma, le film de l'été voire même de l'année"

EN : "C'est vraiment le film de l'été, sinon de l'année. Il sait tout faire ce réalisateur. La première séquence vous embarque tout de suite. Par la suite, on se retrouve dans une cellule bondée, on voit comment ça se passe dans un commissariat ou une prison à Téhéran. C'est hallucinant tout ce qu'il y a. On voit aussi que la rivalité entre les flics, la corruption règne pratiquement à tous les niveaux. 

Il a plein d'inventions : on arrête à l'aéroport trois obèses qui planquent de la drogue dans leur intestin ; il y a un père infirme qui est une ordure totale, qui se sert de son fils pour trafiquer sa came ; l'ordure présumée se révèle plus ambigüe que prévu. Il y a une descente dans un bidonville où échouent les drogués dans des chantiers de rénovation. 

La séquence finale, c'est un truc de pur cinéma

Charlotte Lipinska : "c'est un grand film"

CL : "Le film est assez incroyable. Souvent, je trouve que les grands polars disent beaucoup de la société, du contexte dans lequel ils s'inscrivent. Là, c'est plus que le cas, à travers le démantèlement de ce trafic de drogue. Tout nous est donné à ressentir et à voir de la société iranienne actuelle, surtout urbaine : la pauvreté, la corruption, la débrouille, le système D, comment s'organise le trafic de drogue... 

Toute la première partie, on est du point de vue de la traque, du point de vue du flic qui va peu à peu monter les échelons pour arriver au baron de la drogue. 

Dans la deuxième moitié, on bascule sur un autre point de vue qui est plutôt celui du dealer. Je trouve qu'il y a aussi une équité de traitement sur ces deux personnalités. Je ne l'ai pas vue venir. Mais la façon dont on va découvrir ce gros poisson arrêté qui veut offrir un meilleur avenir à sa famille, on comprend aussi pourquoi il s'est lancé là-dedans et avec tout d'un coup une scène qui est carrément une bulle de poésie. Avec un petit garçon au parloir qui vient rendre visite à son oncle et lui il fait une démonstration de ce qu'il a appris. C'est magnifique, ça vous serre le cœur. 

C'est vraiment un grand film

Ils sont tous absolument excellents en termes d'interprétation. Et le titre original du film, c'est "6,5" puisque effectivement, le voyage se clôt avec cette indication, il y a quelques années il n'y avait qu'un million de toxicomanes en Iran et qu'aujourd'hui, ils en sont malheureusement à 6,5 d'où ce titre original". 

Nicolas Schaller salue "un très grand polar"

NS : "C'est vraiment un film incroyable. Il y a même toute la force documentaire des films de William Friedkin, réalisateur de "French Connection", sur une quête autodestructrice, parce que on comprend comment ces personnages se plantent, se battent vraiment pour pas grand chose finalement. 

La force du cinéma, c'est d'arriver à faire rentrer un aspect de vérité documentaire, d'analyse de la vie dans les prisons, des descentes chez la famille d'un prétendu dealer, de la montée en tension pour protéger les enfants, avec l'idée de passage de relais d'un personnage à l'autre, là, c'est une question de survie. 

D'abord, on est auprès du flic qui a besoin de démanteler ce réseau parce qu'il est lui-même impliqué, et qu'il a besoin de se dédouaner, puis, après, quand il finit par trouver ce gros dealer, le projecteur est sur celui-ci parce qu'il a besoin de sortir de prison. C'est ce tour de survie dans une société complètement folle, ce passage de flambeau que je trouve passionnant, donnant une vue panoramique de la situation qui est dingue. 

C'est vraiment un grand, grand polar

Le film 

🎧  Écoutez l'ensemble des critiques échangées à propos de ce film sur le plateau du Masque et la Plume :

"La Loi de Téhéran" de Saeed Roustayi

8 min

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