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"La Ruse" : film classique bien fait ou remake ennuyeux ? L'avis du "Masque et la Plume"

Détail de l'affiche de "La Ruse" par John Madden avec Colin Firth, Matthew Macfadyen...
Détail de l'affiche de "La Ruse" par John Madden avec Colin Firth, Matthew Macfadyen...
- Warner Bros. France

L'histoire de la fabrication d'une fake news pendant la Seconde Guerre mondiale, ou comment les Anglais ont fait diversion et tenté de faire croire aux Allemands à un débarquement en Grèce. Qu'en ont pensé les critiques du "Masque et la Plume" ?

La présentation du film par Jérome Garcin

"La Ruse du Britannique John Madden, le réalisateur de "Shakespeare in Love", ou d'"Indian Palace" deux films qui ont eu beaucoup de succès. Il revient avec un film de guerre "classique - sport", si j'ose dire, sur l'opération de désinformation "Mincemeat" en 1943 par les services secrets britanniques pour faire croire aux nazis à un débarquement des Alliés en Grèce alors qu'il s'agissait de la Sicile.

Un casting avec Colin Firth, Kelly McDonald, Pénélope Wilton et Johnny Flynn dans le rôle d'un certain Ian Fleming, l'auteur de James Bond, alors officier dans l'armée britannique…"

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Eric Neuhoff : "Un film anglais classique, mais bien fichu"

Pour le journaliste, La Ruse "est un film très classique, et revendiqué comme tel. Madden n'est pas un génie, mais un très bon artisan. Et ce talent-là se prête à cette histoire qu'on ne connaissait pas bien.

C'est un film "à l'anglaise" avec surtout, des acteurs prodigieux. Colin Firth est le genre de comédien qui, même quand il ne dit rien, laisse passer toute la gamme des sentiments sur son visage et dans son regard…

L'histoire est un peu compliquée. Les Britanniques inventent un type qui n'a pas existé, retrouvé noyé sur les côtes espagnoles pour que les franquistes donnent son cadavre aux nazis et croient que le débarquement aura lieu en Grèce. Pour cela, ils fabriquent tout un passé avec même des faux tickets de théâtre, une photo de sa fiancée… Ils écrivent une fausse lettre d'amour. Elle est lue à voix haute. Et on voit sur le visage de cette vieille secrétaire qui a écrit cette lettre, qu'elle a raconté toute son histoire d'amour. Et ça m'a bouleversé.

J'aime beaucoup un film anglais qui se termine à 8 heures du matin en disant : "Allons boire un verre". Il n'y a qu'eux pour trouver un bar ouvert à cette heure-là. Et c'est ce qu'il faut faire en sortant de ce film classique mais très bien fichu."

Eva Bettan : "Un film très ennuyeux"

Pour la critique de France Inter : "Il vaut mieux boire le verre avant, voire deux ! Cela aidera à le supporter. Ce film est extrêmement ennuyeux. Quelque chose qui devrait être passionnant est barbant. C'est du cliché de British : ils sont forcément impassibles.

L'idée d'inventer une mystification, de faire croire qu'un homme a existé est formidable. Mais cette piste est très mal utilisée. On les voit mettre un ticket dans la poche du cadavre, mais on s'en fiche ! Sur l'invention d'un homme, Hitchcock a fait beaucoup mieux dans "La Mort aux trousses".

La guerre se déroule en sous-sol. Il y a une histoire romantique, mais c'est un triangle amoureux nul. Et quand il devrait y avoir du suspense, le moment où enfin le cadavre arrive quelque part : c'est mou !"

Pierre Murat : "Un remake d'un film bien meilleur"

Pierre Murat est d'accord avec Eva Bettan. Et surprend tout le monde : "C'est très embêtant. Ce film est le remake du film "L'homme qui n'a jamais existé" de Ronald Neame sorti en 1956. Personne ne le dit, surtout pas les producteurs de La Ruse !

C'est la même histoire, mais le film ancien a un grand avantage : il est plus court, et beaucoup moins sentimentaliste.

Le film de 1956 nous épargne l'histoire d'amour à laquelle on ne croit pas. C'est Clifton Webb qui joue le rôle de Colin Firth, mais avec une sécheresse et un humour très britannique. Ça va vite, ça pète... Surtout c'est beaucoup plus romanesque puisque… Ce n'est peut-être pas vrai. Mais à ce moment-là, il vaut mieux filmer la légende plutôt que la réalité.

La version de 1956 invente un Irlandais proche des nazis envoyé à Londres pour vérifier si le type existe ou pas. Cet homme est interprété génialement par Stephen Boyd. Le film prend un tournant très hitchcockien puisqu'on est presque avec le méchant pour savoir s'il va réussir à remonter la piste. Donc, plutôt que de voir La Ruse, je conseille L'homme qui n'a jamais existé de Ronald Neame !"

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Charlotte Lipinska  : "Une histoire incroyable gâchée par un scénario un peu lourd"

Selon la critique, "la grande différence est qu'entre les deux films, les dossiers ont été déclassifiés et donc on connaît aujourd'hui tous les détails de cette opération qu'on ne connaissait pas à l'époque de "L'homme qui n'existait pas".

Le film de 1956 comblait les "trous" par de la fiction. Alors qu'aujourd'hui, les dossiers sont déclassifiés depuis milieu des années 1990. L'équipe du film d'aujourd'hui a eu accès à une foule d'informations et a eu un souci du détail extrême. Elle veut une reconstitution de A à Z, très fidèle avec le moindre ticket, le moindre cil mis dans une lettre… Tout est archi vérifié, validé. J'ai trouvé cela passionnant. C'est un peu l'ancêtre du "Bureau des légendes".

"La Ruse" montre comment on fabrique des fausses preuves sans les moyens technologiques d'aujourd'hui.

Mais là, où je rejoins Eva et Pierre, c'est sur ce scénario très appesanti par une couche sentimentale entre les agents secrets britanniques, et par le soupçon d'accointance communiste sur le frère de l'un d'entre eux. C'est dommage : cela alourdit beaucoup le propos alors que l'histoire de cette opération est très intéressante !"

ECOUTER | Le Masque et la plume sur La Ruse

Aller plus loin

L'opération Mincemeat dans Affaires sensibles, et dans l'émission Rendez-vous avec X

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